Propagande d'état et journalisme de latrines

Le bétisier des déclarations de Manuel Valls ne cesse de s'alourdir.

Cela pourrait prêter à rire s'il ne s'agissait pas d'un premier ministre dit "de gauche" qui, jour après jour, instaure l'autoritarisme et le déni de démocratie contre les salariés de ce pays et l'ensemble du peuple français. 

D'abord, dit-il, "la CGT est isolée". Il suffisait pourtant de voir, dans la dernière manifestation, l'imbrication des ballons et drapeaux de la CGT, de FO, de la FSU et de solidaires (sans oublier évidemment ceux de nos jeunes étudiants et lycéens plus déterminés que jamais), pourcomprendre que c'est seulement dans ses rêves et dans ses tentatives désespérées de désinformer les français et de laisser pourrir le mouvement !

Autre ineptie : "la CGT est minoritaire". C'est incontestablement le contraire : c'est Valls et sa clique qui sont minoritaires. Ils le sont au niveau du parlement, où ils ne disposent pas de la majorité qui leur permettrait de faire passer proprement la loi travail, c'est à dire sans usage du 49-3. Ils le sont dans l'opinion, qui rejette à 80% tout ou partie de la loi travail. Et, depuis peu, ils sont minoritaires à l'aune de la représentation syndicale : par la voix de son nouveau secrétaire, la CGC vient de virer sa cuti, en se déclarant opposée à l'article 2 de la loi et en demandant qu'une concertation soit ouverte. Ce sont donc trois syndicats, regroupant près de 60% de la représentativité qui, aujourd'hui, exigent la remise à plat de la réforme. 

 Enfin, la dernière ineptie en date de ce trite sire, nostalgique de l'époque la plus sombre et la plus antisyndicale de notre hitoire, c'est de demander à la CGT d'arrêter les manifestations sous prétexte qu'elle n'est pas capable de contrôler des casseurs qui ne font pas partie de ses effectifs. 

 Mais, monsieur Valls, est-ce le rôle d'une organisation syndicale d'empêcher les dégradations ? Jusqu'à présent, nous croyions que c'était la fonction de la police. Dans cette optique, l'accusation "d'ambiguité" du service d'ordre de la CGT n'a aucun sens et relève tout simplement de la propagande sordide et abjecte dont vous êtes coutumier.

Propagande abjecte que relaient allégrement les média de la presse écrite et audiovisuelle : la CGT est un bouc émissaire tellement commode qu'on ne prend même pas la peine d'expliquer cet acharnement contre un seul syndicat, alors que Force Ouvrière, la FSU et Solidaires prennent également une part active au mouvement.

Propagande d'une presse de latrines (qui dévoie l'éthique du journalisme indépendant et libre), parce qu'elle se garde bien d'accomplir son devoir d'information, en mentionnant que le "débat" parlementaire sur la réforme du travail se fait en violation de la loi Larcher, qui rend obligatoire la consultation des partenaires sociaux en cas de modification substantielle du droit du travail, qui rend obligatoire la consultation des partenaires sociaux en cas de modification substantielle du droit du travail, qui fait fi de toute neutralité "journalistique" et qui invite sur un plateau un syndicaliste dontre trois ou quatre débatteurs pour tenter de le mettre en pièces, comme des charognards s'y prendraient face à une proie isolée. Ceux qui tiennent aujourd'hui le haut de la scène médiatique, y compris maleheureusement sur les scènes publiques que nous entretenons par les impôts que sont les redevances, sont les tenants d'un libéralisme fou, débridé et décomplexé. 

Cette propagande scélérate aux ordres des multimilliardaires qui détiennent la plupart des chaînes TV, des radios et des journaux de la presse écrite n'en ont que faire de préciser que les syndicats opposés à la loi travail sont aujourd'hui majoritaires en terme de représentativité et que l'entêtement du pouvoir à vouloir faire passer la réforme contre vents et marées va à l'encontre d'une autre loi, celle sur la représentativité de 2008. Ils n'en ont que faire, car informer objectivement ne fait absolument pas partie de leur éthique.

Propagande, enfin, dont l'indécence se résume en un seul argument, entendu sur France 2, une chaîne bien en vue dans les allées du pouvoir : "Ils ont été jusqu'à saccager l'hôpital ou était l'enfant des deux policiers morts". Vouloir instrumentaliser ce drame est le comble de l'indécence et ce mélange des genres est, à lui seul, très significatif. Et encore plus significatif, si on considère le silence radio autour du blessé grave de la manifestation de jeudi, auquel seul Médiapart a consacré un article.

Lorsque désinformation d'état et journalisme de latrines se donnent la main, la démocratie est vraiment en danger. Et les restrictions apportées à la liberté de manifester ne sont pas pour rassurer.

Messieurs les journalistes,  le communiqué du syndicat CGT de vos confrères vous tend un mirroir. Expliquez-nous comment vous pouvez encore vous regarder dedans.

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