La pute de Goldman-Sachs

Barroso s'était engagé, après la fin de son mandat de président de la CE, à ne pas faire de lobbying auprès de la commission européenne. Mais les engagements des hommes politiques sont faits pour être reniés, c'est bien connu !

Barroso polit son image de renégat de la cause européenne : A la fin de son mandat de président de la CE, ce calamiteux personnage avait défrayé la chronique en se faisant embaucher par Goldman Sachs, la banque qui a provoqué la crise grecque et l'a gérée à son avantage, afin d'en tirer un maximum de profits.
En acceptant ce poste dans la banque qui a ruiné la Grèce, il s'est rendu encore un peu plus complice des conséquences désastreuses qu'a eues pour les grecs la politique d'austérité imposée par les soins de l'institution qu'il présidait à leur pays. Mais cette fois-ci, c'était pour accompagner le Brexit et conseiller les britanniques dans leurs négociations, aux dépens de l'institution dont il venait de quitter la présidence. A la suite de cette prise de fonction, on aurait pu penser qu'il serait interdit de séjour dans les couloirs de Bruxelles, mais il était inutile d'attendre de celui qui lui a succédé à la présidence de ce panier de crabes - celui-la même qui a organisé l'évasion fiscale à l'intérieur même de l'Union - qu'il ait le minimum d'éthique nécessaire pour mettre ce triste personnage hors d'état de nuire : Junker s'était contenté de dire "qu'il ne l'aurait pas fait", mais qu'ayant  respecté le délai légal de 18 mois au delà duquel il était dégagé de ses obligations, l'ancien président était dans son droit. Argumentation à laquelle les employés de plusieurs institutions européennes n'adhéraient pas, dénonçant « un nouvel exemple de “pantouflage” irresponsable, très préjudiciable aux institutions communautaires et, bien que pas illégal, moralement malhonnête ». Dans un deuxième temps, ce collectif balayait l'argument de la légalité en déplaçant le débat sur le terrain des traités, dont un article peu connu invoque« les devoirs d’honnêteté et de délicatesse quant à l’acceptation, après cette cessation, de certaines fonctions ou de certains avantages ». Malheureusement, ces "devoirs d'honnêteté et de délicatesse" ne font l'objet d'aucune précision supplémentaire, ce qui donne libre cours à l'éthique de façade propre aux institutions européennes. 

A la suite d'une pétition citoyenne demandant le retrait de la pension servie par l'Union Européenne, Barroso avait cru désamorcer la crise en prenant l'engagement formel de ne pas faire de lobbying au nom de Goldman-Sachs (« Je n’ai pas été engagé pour faire du lobbying pour le compte de Goldman Sachs et je n’en ai pas l’intention ») et, bien entendu, Junker l'avait cru ou fait semblant de le croire. Nous ne sommes pas surpris d'apprendre aujourd'hui qu'il n'a pas tenu des engagements que dès le départ, il n'avait aucunement l'intention d'honorer.

C'est un collectif d'ONG qui a dénoncé les nouvelles crapuleries de cet individu peu recommandable : un des vice-présidents de la commission européenne a du reconnaître une rencontre avec Barroso, mentionnée dans le "registre de transparence" relatif au lobbying européen. Au cours de cette réunion, ils ont parlé «dossiers de commerce et de défense ». Aucune transcription de cet entretien n'a été effectuée.

Il faut donc voir dans ces collectifs d'associations un vrai potentiel au service de l'information et de la résistance contre les lobbies. Selon le Monde, elles sont "les nouvelles bêtes noires des entreprises". Elles ont gagné en compétence technique et, fortes de leurs nouvelles qualifications, se regroupent pour mutualiser les frais de justice aux fins d'attaquer les entreprises pour des entorses à la réglementation, des atteintes à l'environnement ou à la santé publique, les problèmes d'obsolescence programmée. etc. Au niveau européen, elles sont aussi vent debout contre les lobbies, dont elles dénoncent inlassablement la proximité avec les décideurs européens et enregistrent quelques succès, comme le vote récent contre la pêche électrique par le parlement européen. Mais, s'il faut voir dans ces associations une capacité réelle de résistance contre les lobbies, leurs résultats sont décrits comme "éphémères" par le Monde, car c'est trop souvent le pot de terre contre le pot de fer. L'avenir nous dira si le rapport de force peut s'inverser.

 

 

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