De Rugy bombe le torse, Médiapart persiste et signe

L'intervention de François de Rugy sur le journal de France 2 a-t-elle convaincu les citoyens ? En tout cas, elle n'a nullement impressionné Médiapart, qui contre-attaque par la publication de deux articles.

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Au journal télévisé de France 2 c'est, selon ses dires, un "homme blanchi" qui se présente devant les téléspectateurs. Il s'appuie sur des rapports d'enquête relativement cléments, mais qui ont tout de même pointé plusieurs irrégularités. Il dénonce une cabale faite à base de « photos volées, de ragots, d'approximations, d'éléments extérieurs à ma fonction ». Il balaie d'un revers de main toutes les accusations portées contre lui :
Les diners fins ? Seuls trois sur douze ont été épinglés par la commission d'enquête et il s'engage à rembourser les frais litigieux. Mais le sieur de Rugy n'aurait pas remboursé ces dépenses indues sans les révélations de Médiapart, ce qui lui ote toute crédibilité pour en contester les conclusions ! 
Les aménagements dans l'appartement de fonction ? Ils étaient, selon la commission d'enquête parlementaire, justifiés, à l'exception d'un dressing de 17000 euro. Une autre enquête émanant de Matignon, confirme que les données fournies par Médiapart sont exactes et estime qu'a l'exception du dressing, l'exécution des travaux était conforme  aux règles de la commande publique, mais aurait pu être réalisée à un coût moindre.
Le logement social ? Il n'en a jamais eu. De fait, c'est la seule information erronée qu'ait publiée Médiapart, mais dès le 12 juillet, le journal en ligne publiait une rectification.
L'utilisation litigieuse de ses frais de représentation ? Selon lui, il s'agirait d'une "avance" qui a été remboursée.
Quand on le questionne sur "l'éthique" de ses agissements, il change très rapidement de sujet. Il n'est même pas sur qu'il sache comment ce mot s'écrit.

Mais surtout, il éructe comme une idée fixe sa haine contre Médiapart, et le "journalisme de démolition" que, selon lui, il incarne : pour lui et ses avocats, c'est une affaire Médiapart qui va commencer et l'affaire de Rugy est close. Au vu de ce qui est énoncé plus haut, on a du mal à comprendre quel pourrait être l'angle d'attaque de cette procédure annoncée. Fabrice Arfi, collaborateur du journal en ligne, indique que Médiapart maintient l'intégralité de ses informations et commente : « On est très habitué à ce genre de triple salto arrière pour bomber le torse de la communication. C'est le cœur très léger qu'on attend les procédures judiciaires »

En effet, Médiapart n'entend pas se laisser intimider et contre-attaque par la publication successive de deux articles : le premier  dénonce cette enquête comme une "mascarade" : il s'agit d'une enquête interne à l'assemblée nationale, qui ne dispose pas des compétences nécessaires à cette mission ; Charles de Courson, ancien magistrat de la cour des comptes, met en doute l'indépendance de cette enquête : « On a chargé un collaborateur de savoir si le patron avait fauté . C’est ni fait ni à faire ». Le rapporteur admet n'avoir eu aucune facture détaillée de nourriture et Médiapart dénonce l'amateurisme de cette enquête : "Dès lors, comment prétendre estimer le coût d’un repas ? Voire le recalculer ?" Quant aux autres points abordés par les enquêtes de Médiapart, ils ne sont même pas évoqués. En somme, c'est sur la base d'une enquête qui n'est que du vent que François de Rugy se prétend blanchi !

Si l'enquêteur a négligé d'interroger l'ensemble des convives de ces repas litigieux, Médiapart l'a fait à sa place et c'est l'objet du second article, qui mentionne d'abord les conclusions du rapport sur le caractère public ou privé de ces diners : trois d'entre eux, selon les conclusions même du rapport, sont d'ordre strictement privé et leur financement sur fonds publics était injustifié. Sur les neuf restants, trois étaient des "diners à thème". Et des autres, il n'est fait nulle mention et on ne saura jamais de quelle nature ils sont. De Rugy, qui fustige les approximations de Médiapart, se dit blanchi sur la foi d'un rapport approximatif.

Parmi les convives, le "mur du çon" cher au Canard Enchaîné pourrait ici revenir à Séverine de Rugy, qui estime que des dîners se déroulant dans l'enceinte de l'Assemblée Nationale ne sont pas, ne peuvent pas être des diners privés. Dans le fatras d'explications embarrassées qu'elle a fournies, figure cette "perle" : « Ça correspond à un cercle amical qui, à partir du moment où il se trouve à l’Assemblée nationale par exemple, n’est plus un cercle amical. C’est aussi du relationnel… enfin c’est purement du relationnel, etc., et des discussions avec les gens. On n’est pas là pour se taper la cloche. Des photos, soi-disant "volées" (il faudra que de Rugy prouve cette accusation !) augurent de ce que cela aurait été si on avait été là pour se taper la cloche ! Mais des diners soi-disant "à thème", il n'y a aucun compte rendu pour la bonne raison que, selon même les invités qui ont pu être interrogés, de thèmes, il n'y en avait pas.

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De Rugy a été pris la main dans le sac sur plusieurs affaires. D'explications crédibles, il n'y en a pas et il ne peut pas y en avoir car quand on a été pris sur le fait, il est trop tard pour se justifier. Donc qu'il se ridiculise en maintenant ses attaques contre Médiapart. Cela nous promet un spectacle digne de celui que nous a fourni Fillion, car le journal en ligne a tout ce qu'il faut pour sa défense et ne croit même pas nécessaire d'en cacher les éléments.

C'est un article de fond d'Edwy Plénel que nous voulons choisir pour clore cette discussion : il réfute les accusations : non, monsieur de Rugy, "nous ne sommes ni des délateurs ni des nihilistes, pour reprendre les éléments de langage du pouvoir macronien, simplement des journalistes animés par le souci d’élever et d’améliorer la démocratie grâce aux prises de conscience provoquées par nos enquêtes". Ce qui aide à cette prise de conscience, c'est que la nouvelle circulaire diffusée par Edouard Philippe sur l'exemplarité des membres du Gouvernement et les réflexions de l'Assemblée sur celle des députés sont des aveux implicites des débordements rapportés par Médiapart. A défaut d'être prises en compte par nos élus et nos ministres (les précédentes initiatives similaires ne l'ont jamais été !), elles serviront au moins à informer les citoyens sur l'état de pourriture de notre "république hôtelière qui discrédite la France". Elles démontrent également l'inconsistance des discours à géométrie variable de nos élus : le même de Rugy, rappelle le journaliste, se défendait contre les révélations de Médiapart en  récusant "l’exemplaire modèle suédois de transparence et de contrôle des dépenses gouvernementales, alors même qu’en 2017 il en faisait l’éloge, promettant  de s’inspirer des bonnes pratiques étrangères auprès des parlements en pointe sur certains sujets : la Suède, sur les questions de transparence ". Et Edwy Plénel conclut : [ces pratiques] "sont  une violence symbolique pour la masse des citoyens qui se paye ensuite d’un discrédit accru, de colères et de ressentiments. Autrement dit, ce ne sont pas nos révélations qui ruinent la République, mais les pratiques qu’elles dévoilent". Alors va-t-on exécuter Médiapart comme autrefois, au Moyen-Age, les porteurs de mauvaises nouvelles ?

 

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