En savoir plus sur les dix engagements environnementaux de l'émission "pour la terre"

En réponse aux menaces que l'activité humaine fait peser sur la survie de notre espèce, dix engagements environnementaux préconisés par l'émission "pour la terre". Ces mesures doivent être comprises comme le minimum destiné à contraindre les gouvernements à faire enfin leur part. Mais comment aller plus loin ?

Un jour par semaine sans viande ni poisson : Le  rapport du GIEC d'Aout 2019 incite à la limitation de la consommation carnée en pointant son impact dans les termes suivants : «L’intensité des émissions dues à la viande rouge signifie que sa production à un impact disproportionné sur le total des émissions de gaz à effet de serre.  C'est principalement l'élevage bovin qui est en cause : Aux États-Unis, révèle le GIEC, la viande de bœuf représente à elle toute seule 36% des gaz à effet de serre dus à l'alimentation. En ce qui concerne l'eau, la production d'une tonne de viande bovine nécessite plus de 15000 litres d'eau et si la trajectoire actuelle est maintenue, la consommation globale pourrait doubler d'ici 2050. De plus, 40% des céréales mondiales et 250 millions de tonnes de soja sont consommées pour cet élevage, mobilisant un tiers des surfaces cultivées et incitant à la déforestation pour augmenter encore la productivité du secteur.
Les élevages de porcs  et de volailles sont moins émetteurs de gaz à effet de serre (GES) que l'élevage de ruminants et trois fois moins consommateurs en eau, mais présentent d'autres inconvénients en termes de pollution chimique des nappes phréatiques, des rivières et des littoraux (quantités excessives d'azote et de phosphore rejetées dans l'environnement, accumulation dans le sol de cuivre et de zinc, présents dans l’alimentation des porcs). 
On peut confronter le bilan de tous les animaux d'élevage en établissant, à partir d'un décodeur du Monde, le rapport entre le pourcentage d'émissions de GES et le pourcentage de consommation : plus ce rapport est élevé, plus l'élevage est émetteur de gaz à GES : sans surprise en raison de ce que nous avons dit avant, on trouve la viande bovine en premier, avec un rapport de 3,36. En second, la viande ovine et caprine avec 1,46. Puis suivent le porc (0.26), le poulet (0.25).
Pour ceux qui ont souscrit à cet engagement, la réduction devra logiquement porter essentiellement sur la viande bovine et le choix des autres viandes consommées tenir compte de l'ensemble de ces données, en sachant que d'autres critères peuvent entrer en ligne de compte : élevage extensif contre élevage intensif, mouton de pré salé ou de pâturages montagnards qui ne sont pas mobilisateurs de terres agricoles, n'entrainent pas de déforestation et sont moins gourmands en eau, etc.
Il n'y a plus aujourd'hui de terre-neuvas en raison de la disparition complète des bancs de morue de Terre Neuve, victimes de la surpêche. Car la pêche est une activité économique aujourd'hui industrielle, dont l'efficacité est synonyme de raréfaction des ressources. C'est la principale raison pour laquelle il faut également limiter la consommation de poisson, avant même toute considération sur l'impact environnemental de la pêche, différent selon le espèces pêchées.
Le choix des poissons à consommer dépend de plusieurs critères : provenance, saison, espèce menacée ou non, technique de pêche... Le poisson d'élevage peut sembler un choix qui n'épuise pas les ressources halieutiques, mais peut se révéler, selon Greepeace, "une fausse bonne idée" en raison d'impacts spécifiques sur l'environnement.

Remplacer gobelets et bouteilles d'eau en plastique par une gourde : On connaissait déjà la pollution des mers par le continent plastique. Celui-ci ne peut que s'étendre, car il faut savoir que tout rejet plastique termine tôt ou tard à la mer. Mais, plus grave que ce que nous voyons est ce que nous ne voyons pas. Car nos rejets se scindent avec le temps en microparticules qui terminent en partie dans notre alimentation : mettriez vous dans votre menu une carte de crédit par semaine ? Non, bien sûr, mais c'est pourtant, selon un rapport émanant d'une université australienne, l'équivalent de ce que nous avalons en microparticules. Une autre étude - canadienne celle-là, nous apprend que chaque individu absorbe 520000 microparticules par an s'il ne boit que de l'eau minérale contre seulement 4000 s'il se contente de l'eau du robinet. L'engagement proposé se justifie donc d'abord par un souci individuel de santé. Sur ce point précis, la part des pouvoirs publics serait d'inciter à l'utilisation de bouteilles en verre - moins polluantes car le verre c'est du sable - au besoin en taxant les bouteilles en plastique. Il serait également possible de consigner les bouteilles comme cela était fait autrefois et cette consignation pourrait également s'étendre aux bouteilles en plastique (comme cela se pratique déjà en Allemagne) , dans l'attente de leur élimination totale.
Mais cela est loin d'être suffisant : il suffit d'observer dans un supermarché pour voir à quel point nous sommes cernés par le plastique : impossible de trouver du lait dans une bouteille en verre, la plupart des produits, même quand extérieurement ils paraissent conditionnés dans un étui en carton, se révèlent être enveloppés dans un film plastique et celui-ci, faute de pouvoir être recyclé, termine dans la poubelle des déchets ménagers.
Au Canada, le premier ministre Justin Trudeau constate que moins de 10% des déchets plastiques sont recyclés et annonce, pour 2021, une loi interdisant le plastique à usage unique. Le Huffington post recommande 8 alternatives au plastique applicables du supermarché à la salle de bain. Les pratiques individuelles, si elles aboutissent à une diminution sensible de la consommation plastique, peuvent amener les fabricants à modérer leur utilisation de plastique et les gouvernements à légiférer enfin dans le même sens.

Planter des fleurs pour les abeilles : Les insectes pollinisateurs occupent indirectement une place essentielle dans la chaîne alimentaire : La pollinisation est essentielle pour la reproduction des plantes sauvages comme des plantes cultivées. Elles participent à la productivité agricole et leur déclin est synonyme de baisse de rendement pour 75% de notre agriculture.  Une citation attribuée à Einstein va même jusqu'à dire que si les abeilles disparaissent, l'humanité n'a plus que 4 ans de survie devant elle. L'effondrement avéré des populations d'abeilles pose donc un problème écologique majeur et pourtant, il aura fallu la mort de 30% des ruches pendant l'hiver 2018 pour que les pouvoirs publics daignent enfin faire semblant de s'intéresser au problème. 
Une des principales causes de la disparition des abeilles est l'usage démesuré de pesticides par une agriculture qui, pour des objectifs de court terme, scie la branche sur laquelle elle est assise. Ces pratiques, à long terme, ne servent qu'à engraisser les marchands de poison. L'interdiction totale des pesticides, si un parlement, coupant court aux actions de lobbying de Bayer et autres empoisonneurs, se décide à la prononcer, risque d'arriver trop tard. L'engagement proposé, en l'absence de toute autre mesure venant du législateur, paraît donc bien dérisoire et ne peut servir qu'à limiter temporairement les dégâts.

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Mais il peut être accompagné d'autres astuces visant à lutter contre la disparition des abeilles : laisser se développer les fleurs sauvages, planter de la sauge, du romarin ou du thym, donner de l'eau aux abeilles en période de canicule, leur acheter ou leur construire un abri, comme celui de l' image ci-contre, ce sont des gestes simples qui peuvent aider à la préservation des insectes pollinisateurs.
Les pesticides ne sont pas les seules causes du déclin des insectes pollinisateurs : il y a aussi le frelon asiatique, qui est un tueur en série pour les abeilles. Ici, il n'y a rien à faire que de surveiller périodiquement les environs pour détecter leurs nids (photo ci-dessous) et de prévenir immédiatement les services de la mairie, qui se chargeront de leur destruction.
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Privilégier les fruits et légumes de saison : Qu'il soit maritime ou aérien, le transport de fruits et légumes exotiques plombe le bilan carbone de nos assiettes. Aussi faut-il entendre par "légumes et fruits de saison" ceux qui sont "de saison" chez nous et non aux Antilles, en Afrique du Sud ou en Amérique latine. Pour respecter cet engagement, il faut donc une traçabilité qui permette au consommateur de vérifier la provenance de ces produits et de préférer des pommes produites en France plutôt qu'en Pologne et des haricots verts français plutôt que kényans. 
Mais le critère de la distance parcourue ne doit pas être le seul. La culture des tomates produites dans le sud de l'Espagne, outre le fait qu'elles n'ont aucun goût et une valeur nutritive limitée, se révèle très gourmande en eau, au point que les prélèvements dans les fleuves et les rivières aboutissent à un assèchement progressif, avec toutes les perturbations environnementales que cela induit, comme c'est le cas pour le Tage. Il faut donc aussi considérer la provenance et l'empreinte environnementale des produits pour les éliminer de nos assiettes.

Donner du temps à une association pour la nature : Ici, il n'y a pas peu à dire : on n'a que l'embarras du choix entre les nombreuses associations qui s'occupent de faire échec à des projets insensés (Europacity, T4, etc.), de protéger des espaces naturels ou tout simplement de faire du ramassage de déchets. Ajoutons seulement qu'il n'y a pas besoin de faire partie d'une association pour ramasser des bouteilles plastiques abandonnées en pleine nature ou des mégots de cigarette qui traînent sur les trottoirs

Éliminer de sa boîte mail les messages inutiles : On aurait tort de croire Internet parfaitement écologique parce qu'il évite du transport de courrier : le stockage de nos E-mails consomme également de l'énergie. Il faut donc, dès que la conservation d'un message apparait inutile l'effacer de sa boite mail. On peut aussi limiter le nombre des SPAM et des messages publicitaires en se désinscrivant systématiquement auprès des annonceurs importuns. A noter également que le "streaming" (Netflix, Youtube...) est lui aussi très consommateur d'énergie.A chacun d'en tirer les conclusions qu'il voudra en terme d'utilisation.

Acheter des vêtements de seconde main : L'industrie du textile est la deuxième plus polluante dans le monde, après celle du pétrole. A titre d'illustration, on peut prendre l'exemple d'un vêtement banal, par exemple un T-shirt ou un jean en coton :
Il y a d'abord la culture du coton, très gourmande en eau ; pour produire la matière première, il faut au moins 2700 litres d'eau par pièce, "soit ce que consomme un individu en trois ans". Pour un jean, c'est entre 7000 et 11000 litres. Il y a ensuite l'empreinte carbone de la fabrication, auquel s'ajoute le transport de la matière première et du produit entre ses différentes étape de finition, organisé de telle façon que 40000 km (soit presque le tour du monde) sont parcourus avant d'arriver jusqu'au consommateur : le coton est cultivé aux États-Unis et expédié en Chine, où le T-shirt est fabriqué. Il retourne ensuite aux États-Unis où il est imprimé. Puis, s'il est vendu en Europe, il va traverser l'Atlantique jusqu'à arriver au consommateur. Ce parcours ubuesque est motivé par les délocalisations dans des pays où la main d’œuvre est moins chère. La nuisance du textile ne s'arrête pas là, car, toujours selon Alternatives Économiques, les microfibres textiles qui se répandent dans les océans équivalent à 50 milliards de bouteilles plastiques et la culture du coton utilise à elle seule 25% des pesticides sur le marché.
Il y a donc urgence à limiter la consommation de textile, mais les industriels du secteur créent les besoins  par la "mode jetable" reposant sur "un réassort perpétuel et des rabais constants" rendus possible par la compression des coûts, en particulier ceux de la main d’œuvre.
Du côté de la réutilisation, il y a d'abord les collectes de vêtements de seconde main par Emmaüs ou d'autres associations caritatives similaires. Cela représente le tiers des 600000 tonnes de vêtements achetés en France par an. Il est également possible d'allonger la durée de vie de ses vêtements en les proposant à la revente sur des sites tels que le bon coin... ou en les gardant plus longtemps en les reprisant si besoin ou en les faisant repriser par des professionnels.
Le textile est un exemple typique d'industrie linéaire qui ne recycle que 13%  de ses déchets. Ceci est dû en partie au recours à des matières mixtes rendant le recyclage beaucoup plus complexe.
Enfin, on peut limiter l'impact de sa consommation textiles en les achetant, quand on en a les moyens, auprès de "marques éthiques" : ce sont des marques qui utilisant des matières premières dont l'empreinte écologique est minimisée par les modes de production, le recyclage, ou le périmètre de fabrication limité à la métropole.
Un encadré de l'article d'Alternatives Économiques résume : "on peut réduire l'usage de matériaux synthétiques. Le lin, le chanvre, l'ortie sont peu utilisés alors qu'ils sont moins nocifs pour l'environnement que le polyester, mais aussi le coton. Allonger la durée de vie des vêtements, les acheter de seconde main et privilégier les textiles à base de matériaux recyclés ou recourir à la location de vêtements font aussi partie des solutions". Celles-ci sont donc multiples. A chacun de voir celles qui s'adaptent le mieux à ses possibilités, y compris budgétaires.

Chauffer son logement à 19° maximum : Pour le jour et si vous n'êtes pas trop frileux, une température de 19° est suffisante pour votre bien-être. Il faut noter que la nuit, on a moins besoin de chaleur et on dort même beaucoup mieux s'il ne fait pas trop chaud. On peut donc baisser le thermostat à 15° pendant les périodes de sommeil. Et, si on en a les moyens et la possibilité, équiper son logement en panneaux solaires qui fourniront l'énergie pour chauffer.

Ne pas prendre sa voiture pour les trajets de moins de 3 km : Ces trajets courts représentent environ 10% de la distance totale parcourue en voiture. Leur élimination aurait donc un impact réel sur l'environnement.
Pour aller plus loin avec les trajets plus longs, privilégier le covoiturage est la première solution qui vient à l'esprit. Dans notre vie quotidienne, point n'est besoin de Blabla-car pour cela : se rendre au travail ou à une réunion d'association peut se faire avec une seule voiture pour les personnes habitant la même commune ou deux communes voisines.
Pour celui qui décide d'aller visiter Barcelone et les environs et pense avoir, pour cela, besoin d'une voiture, deux solutions s'offrent à lui : soit faire le trajet Paris-Barcelone avec sa voiture personnelle, soit voyager avec le train et louer une voiture sur place. On peut raisonnablement penser que la deuxième solution a un impact carbone beaucoup moins élevé que la première et ne coûtera pas forcément un prix plus élevé, parce que compensé par l'économie en carburant et l'absence d'usure de la voiture. C'est donc la deuxième solution qu'il faut privilégier.

Ne pas prendre l'avion pendant un an : Le sujet est d'actualité avec la polémique qui enfle autour du terminal T4 de Roissy, qui vise à assurer une augmentation de 38% des vols aériens, au détriment de la santé des riverains et au prix d'une pollution chimique et d'un impact carbone toujours croissants. Les suédois ont récemment prouvé en s'imposant une limitation volontaire du recours à l'avion (flygskam) qu'il était possible d'en diminuer la part parmi les moyens de transport et d'inciter par leur exemple les gouvernements à adopter des mesures favorisant les alternatives à l'avion.
Mais la Suède n'est pas, comme la France, une des premières destinations touristiques mondiales et des raisons purement économiques expliquent probablement les réticences des pouvoirs politiques français à suivre la même voie. L'engagement de ne pas prendre l'avion pendant une durée limitée paraît plutôt dérisoire, sauf s'il amène, chez celles et ceux qui le rempliront, une prise de conscience que beaucoup de déplacements nationaux et intra-européens peuvent être remplacés par un autre moyen de transport. C'est donc un début, mais on peut aller plus loin par un "boycott préventif" contre la menace que fait courir le T4 : tant que cette menace persiste, s'opposer au lobbying de la DGAC en faveur de l'extension d'ADP en refusant de prendre quelque vol que ce soit, quitte à sacrifier des envies de pays lointain.

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