Ne pas laisser Macron choisir parmi les propositions de la CCC

Macron avait promis une application "sans filtre" des propositions émises par la convention citoyenne sur le climat. Mais la réalité est toute autre et le garant de cette convention, qui n'a voulu recevoir aucune association de défense de l'environnement au moment des débats, découvre aujourd'hui, mais un peu tard, qu'il a été manipulé.

Sans qu'il n'y ait aucunement lieu d'en être étonné, Cyrille Dion, qui avait accepté le rôle de garant de la convention citoyenne pour le climat (CCC) découvre - ou fait semblant de découvrir - aujourd'hui que c'était une mascarade à des fins de "greenwashing". Il s'en exprime sans détour dans une adresse au chef de l’État  et lui rappelle les engagements qu'il avait pris dans une pétition dont le texte est court : "Parce que vous l’avez promis, et parce que la crise climatique à venir ne s’accommodera pas de demi-mesures, nous vous demandons de tenir votre engagement formel et public de reprendre “sans filtre” les propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat, en les soumettant au référendum, au Parlement ou à application réglementaire directe". 

Il est vrai que, parmi les recommandations de la CCC, il y a des sujets qui fâchent, mais qui mériteraient largement une consultation populaire auprès des électeurs concernés : Prenons l'exemple de l'interdiction d'extension de toute activité portuaire, qui intéresse les associations de défense de l'environnement à deux titres : les nuisances sonores que subissent les riverains des aéroports et la défense de l'environnement : ainsi, l'aéroport Charles de Gaulle, avec son extension T4, amènera 40% de vols de plus, ce qui, d'une part, aggravera la situation des riverains déjà privés de 3 ans de vie en bonne santé du fait des nuisances aériennes. Malgré l'avis de la Convention, le projet est toujours dans les cartons;

Nous avions, au moment de la mise en place de la CCC, exprimé des réserves sur sa représentativité : tout statisticien dirait qu'un échantillon de 150 personnes, même tirées au sort, ne peut être représentatif d'une population de 62 millions d'âmes et nous maintenons cette critique. Cependant, une fois le fait accompli, le Gouvernement doit jouer le jeu en évitant de faire un tri entre ce qui lui plait et ce qui lui déplait dans les propositions du CCC. Il ne doit pas non plus le faire par le biais de l'Assemblée Nationale, largement pourvue de godillots à la botte du pouvoir qui votent comme un seul homme les lois les plus scélérates. La seule façon démocratiquement légitime de traiter les questions que soulèvent les propositions est donc un débat public à large participation , suivis de consultations populaires sur les différentes questions. Mais c'est probablement ce que le Gouvernement cherche à éluder, car, comme le mentionne la pétition, un sondage Louis Harris place largement en tête l'environnement dans les préoccupations des français.

Macron avait promis une application "sans filtre" des propositions émises par la convention citoyenne sur le climat. Mais la réalité est toute autre et le garant de cette convention, qui n'a voulu recevoir aucune association de défense de l'environnement, découvre aujourd'hui, mais un peu tard, qu'il a été manipulé. La pétition de Cyrille Dion, en ligne depuis 36 heures, a déjà recueilli, au moment où j'écris, plus de 281000 signatures. Malgré les réserves qu'on pouvait légitimement exprimer devant la constitution de cette convention elle-même, il faut Commencer par la signer, car il ne peut pas être question de laisser Macron modifier à se guise les règles du jeu qu'il a lui-même définies.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.