Verdict Lagarde, justice de friqués !

De toutes les justices de classe, la plus écœurante est celle de la cour de justice de la République (CJR), comme en témoigne le verdict rendu en faveur de Christine Lagarde, poursuivie pour avoir dilapidé 400 millions d'euro d'argent public par le moyen d'un arbitrage rendu en faveur de Bernard Tapie.

S'il est vrai que la CJR n'a pas suivi les réquisitions du procureur de la République, qui demandait la relaxe pure et simple, la décision qu'elle a prise est encore pire : alors que le moindre justiciable est condamné à de la prison ferme pour avoir volé cinq kilos de nouilles chez un particulier (qui au demeurant, n'avait pas porté plainte), madame Lagarde est, pour sa part dispensée de peine ! France 3 midi pyrénées fait le parallèle avec la justice des "misérables" de Victor Hugo où, pour avoir volé du pain, Jean Valjean est condamné à quinze ans de bagne. Le principe de base n'a pas changé, même si aujourd'hui - et c'est heureux - la sévérité des peines prononcées n'est plus la même.

Revenons à l'affaire Lagarde et à sa conclusion : madame Lagarde est bien reconnue coupable : son recours à l'arbitrage, selon la cour, était légitime, mais pour n'avoir pas demandé d'explications devant le résultat qui, selon ses propres dires, l'avait consternée et stupéfiée. Y a-t-il eu seulement une demande d'explications concernant cet arbitrage ? Que non, répond le tribunal, qui commente : "une demande d'explications [...] s'imposait pour comprendre le processus d'une sentence arbitrale aussi choquante. Une telle demande aurait, sans nul doute, permis de découvrir, comme l'a fait plus tard la cour des comptes, une modification de la rédaction du recours d'arbitrage", qui aurait conduit à l'annulation de celui-ci".

Un tel constat vaut reconnaissance de la complicité de madame Lagarde dans une escroquerie aux frais du contribuable et elle est donc déclarée coupable par le tribunal. L'article 432-16 du code pénal aurait dû s'appliquer dans toute son intégrité, car il s'applique rigoureusement au cas de madame Lagarde : "Lorsque la destruction, le détournement ou la soustraction par un tiers des biens visés à l'article 432-15 résulte de la négligence d'une personne dépositaire de l'autorité publique ou chargée d'une mission de service public [...], celle-ci est punie d'un an d'emprisonnement et de 15000 euro d'amende. L'énoncé de ces deux articles de loi rend l'affaire parfaitement claire : l'auteur du détournement est sévèrement puni par la loi, mais la "négligence" des personnes détentrices de l'autorité est également punissable. A ce titre, ce n'est ni du populisme, ni du lynchage (n'en déplaise aux beaux esprits dont parle Médiapart) que de proclamer que madame Lagarde, reconnue coupable, aurait du être condamnée, mais la voila protégée par la décision arbitraire d'une dispense de peine ! 

Cette constatation devrait conduire à une large remise en cause de cette juridiction d'exception qu'est la CJR, cette "usine à gaz" dont la seule raison d'exister semble être de blanchir les puissants. C'est ce que disait François Hollande en énonçant une promesse de campagne, non tenue comme tant d'autres : "Je ferai voter une loi supprimant la cour de justice de la République. Les ministres doivent être des citoyens comme les autres".

C'est aussi ce qu'exprime la pétition exigeant "un vrai procès pour Christine Lagarde". Il ne faut pas se faire d'illusions : cette pétition, qui a déjà recueilli près de 200000 signatures, n'a aucune chance d'être suivie d'effet. Cela ne m'a pas empêché de la signer, car plus il y aura de citoyens ordinaires qui y adhéreront, mieux s'exprimera notre indignation devant cette honteuse justice de classe.

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