COVID : traitement préventif (vaccin) ou curatif (médicament) ?

Lorsqu'on analyse les arguments des opposants aux vaccins, on observe surtout une exigence de rigueur dans les évaluations de ces derniers qu'ils sont loin d'appliquer à leurs analyses sur les traitements qu'ils préconisent.

Ils sont pitoyables, ces décérébrés qui croient pertinent d'arborer l'étoile jaune en symbole de la prétendue persécution que subissent les non-vaccinés. Il n'y a pas de plus sûre façon de discréditer une cause que de se livrer à des excès aussi grossiers ! Que signifie cette comparaison grotesque et indécente entre la ségrégation de quelques milliers de non vaccinés à la porte des restaurants et des cinémas, pour empêcher la formation de clusters, et le génocide idéologique de six millions d'êtres humains pour le seul "crime" d'être juifs ? Quand on prétend faire référence à l'Histoire, encore faut-il la connaître ! Bien entendu, Cette remarque préliminaire ne s'adresse pas à l'ensemble des antivaccins, mais seulement à ceux qui s'appuient sur ces "coups de com" douteux. A l'attention des autres, il est important de reprendre les arguments afin de pouvoir leur répondre.

Le COVID : les prétendues pistes des traitements médicamenteux

C'est le premier débat qui agite les antivaccins : peut-on administrer un traitement médicamenteux et, ainsi, se passer du vaccin ? On pourrait déjà répondre qu'il est de beaucoup préférable de prévenir la maladie que de la traiter une fois déclarée. Si on est venu à bout de la diphtérie et de la poliomyélite, c'est bien par les campagnes de vaccination.
Nous pouvons écarter d'emblée la piste de l'hydroxychloroquine. Si le professeur Raoult avait voulu plomber cette piste, il ne s'y serait pas pris autrement : d'abord, le fait de ne pas faire de groupe témoin comme le recommandent les protocoles modernes, soi-disant par souci déontologique de ne pas priver les patients d'un traitement efficace, est significatif d'un à priori en faveur de ce traitement. Ensuite, la sélection des patients n'est pas exempte de tout biais, à commencer par l'exclusion de la cohorte des patients dont le traitement a été arrêté pour cause d'effets secondaires ou par décès. Enfin, les risques cardiologiques liés à l'administration aux doses proposées par le professeur Raoult n'ont pas été documentés, ce qui est fâcheux sachant que ces effets plus qu'indésirables sont signalés dans le Vidal. Cela est d'autant plus irresponsable que les publications de l'étude marseillaise peuvent être pris - même si ce n'est pas l'intention des auteurs - pour une incitation à une automédication préventive.
Cela amène un député du Gard, lui-même généticien, à interpeller le professeur Raoult : "« pourquoi n’avez-vous pas mené une étude clinique digne de ce nom, dès le départ, qui aurait pu définitivement répondre, oui ou non, l’hydroxychloroquine a un effet ? Vous saviez très bien que ces pseudo-essais cliniques n’étaient absolument pas recevables par qui que ce soit ». Ce à quoi le professeur répond avec un aplomb déroutant que « moins il y a de gens dans un essai, plus c’est significatif». Dans toutes les tables utilisées en statistiques pour une comparaison de deux moyennes ou une analyse de corrélation, la significativité d'une différence est en relation directe avec le nombre de données, mais le "grand scientifique" que se prétend Didier Raoult ne craint pas le paradoxe. Une autre étude est également l'objet de sévères critiques méthodologiques, celle du professeur Peronne. Le programme Recovery, après n'avoir trouvé aucune donnée permettant de conclure à l'efficacité de l'hydroxychloroquine, décide d'abandonner les études sur celle-ci. Enfin, une méta-analyse portant sur 29 études, parue dans la revue américaine Clinical Microbiology and Infection, conclut à l'inefficacité de l'hydroxychloroquine et souligne la dangerosité du cocktail en association avec l'Azithromycine, préconisé par le professeur Raoult. Au vu de ces données, on ne voit pas comment les autorités de pharmacovigilance pourraient conseiller l'utilisation de l'hydroxychloroquine dans le traitement du COVID.
L'intérêt s'est focalisé sur l'Ivermectine à la suite d'expériences in vitro qui démontrent une action virucide de cette molécule, par destruction en 48 heures du matériel génétique du COVID. Si on peut concéder que cette piste de traitement médicamenteux, administré à titre préventif ou curatif, pouvait de prime abord s'avérer intéressante, une mise au point de l'INSERM datant du début de l'année dénonce des biais méthodologiques sur plusieurs études : concernant l'une d'entre elle dont les résultats suggèrent une diminution de la mortalité sous l'effet de l'Ivermectine, la publication de l'INSERM mentionne que les deux groupes sont difficilement comparables, car les patients traités avec l’ivermectine étaient également plus nombreux à avoir aussi reçu des corticoïdes. Ce point est explicitement reconnu par les auteurs de l'étude qui mentionnent la nécessité "d'études randomisées [comparaison entre traitement et placebo, double aveugle] pour confirmer ces données". Il y en a une, publiée par la revue JAMA au début de l'année 2021, portant sur 400 sujets, 200 dans le groupe témoin, 200 dans le groupe traité, ces derniers n'ayant reçu que le traitement à l'Ivermédine. Cette étude conclut à l'absence de différence significative entre les deux groupes.
On ne peut rien conclure non plus à partir d'une tentative de synthèse portant sur la situation en Inde : celle-ci fait état de plusieurs régions, soit ayant préconisé l'usage de l'Ivermectine sans appliquer la mesure (Goa, Tamil Nadu), soit ayant décidé d'une stratégie préventive dont on ne sait pas finalement si et à quel degré elle a été mise en oeuvre (Uttarakhand). La comparaison des courbes de mortalité entre ces états (par glissement sur 7 jours) ne permet de tirer aucune conclusion en faveur de l'Ivermectine, celles de Goa et de l'Uttarakhand ayant la même allure, avec seulement un décalage de quelques jours dans le pic de l'infection. Comment l'auteur de la synthèse peut-il affirmer, sur de telles bases, que "l’Uttarakhand pourrait bien être un indice clair de l’efficacité d’une politique de prévention générale du Covid-19 à base d’ivermectine" ? Parmi les états de l'Inde, le seul qui pourrait amener à une investigation plus poussée est celui de l'Utar Pradesh, qui a connu tout au long  de la période donnée une très faible incidence de la maladie, dont l'auteur de la synthèse suppose qu'il est dû à la distribution, à une incidence inconnue, d'un cocktail de traitement comprenant (mais pas seulement) l'Ivermédine. Mais là aussi, la fréquence de prise de ce cocktail n'est pas indiquée et il serait illusoire d'en tirer des conclusions définitives. Que l'Inde ait bien résisté au variant Delta est une bonne nouvelle, mais la raison en est inconnue et il est illusoire de l'attribuer de façon formelle à l'Ivermectine.
Un article du Parisien résume clairement les raisons qui empêchent le médicament d'être inscrit au tableau des traitements contre le COVID 19. A sa lecture, on se rend compte que la controverse prend une dimension politique, menée par des élus ignorants qui croient accroître leur notoriété en défendant l'indéfendable. Ainsi, Florian Philippot qui, à partir d'expérimentations sur le hamster, se demande ce qu'on attend pour passer aux traitements humains. Ces interférences du politique devraient faire réfléchir et aider à comprendre pourquoi l'OMS déconseille l'usage de l'Ivermectine, au moins jusqu'à ce que des essais thérapeutiques dignes de ce nom aient tranché sur son efficacité.

Les vaccins sont-ils dangereux ?

Ce qui précède est démonstratif du parti pris des antivax, qui exigent beaucoup plus de rigueur  pour  les expérimentations vaccinales que pour les essais médicamenteux. Or les essais sur les vaccins produits en Occident ont été menés avec toute la rigueur des protocoles imposés par les agences du médicament, avec des cohortes importantes en nombre, une expérimentation en double aveugle et des essais poussés jusqu'à la phase 3.
De plus, en Europe,  la Grande Bretagne, où le variant Delta est devenu prédominant, a connu du 20 au 26 juillet une baisse spectaculaire des infections (-21,6% par rapport à la semaine précédente, selon le Parisien du 28 juillet) du nombre des infections. Pourtant, le pays ne distribue pas d'Ivermectine, mais plus de 80% de la population adulte a reçu au moins une dose de vaccin. Alors comment les détracteurs du vaccin peuvent-ils attribuer une action bénéfique à l'Ivermectine à New Delhi, tout en la déniant à la vaccination à Londres ?

Les effets secondaires à court terme ont récemment été dénoncés dans un article de blog récent comme beaucoup plus importants que ceux des autres vaccins, tous vaccins anti-COVID confondus. Mais, en l'absence de précisions donnés sur leur gravité, il n'est pas possible d'évaluer la balance bénéfices/risques. Les statistiques de l'agence nationale de santé et du médicament (ANSM) sont beaucoup plus précises et contredisent les conclusions avancées par l'auteur :
- Au 24 juin, plus de 50 988 000 injections ont été réalisées en France au 24/06/2021. Le vaccin Pfizer se taille la part du lion avec 39 233 000 injections, devant le vaccin Moderna (4 682 000 injections), le vaccin Astrazeneca (6 545 000 injections), et le vaccin Jansen (524 000 injections).
- Les fréquences d'effets secondaires sont les suivantes  : Pfizer : 55349 cas (0,14%) ; Moderna : 5150 cas (0,11%) ; Astrazeneca : 20528 (0.31%) et Jansen (0.03%).
- Le pourcentage d'effets secondaires graves par rapport au nombre total d'effets secondaires : Pfizer : 29%, soit 0.04% des doses reçues ;

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Moderna : 15% (0.02%) ; Astrazeneca : 18% (0.06%) ; Jansen : 45% (0.014%). Ces derniers pourcentages sont à comparer avec celui des décès dans la population générale depuis le début de l'épidémie : 111302 depuis le début de l'épidémie, soit 0,17% de la population française. Avec les vaccins à ARN (Pfizer et Moderna), les risques de mortalité dus au COVID sont donc respectivement 4 fois plus élevés et 8 fois plus élevés que les risques d'effets secondaires graves, et encore cette estimation ne tient-elle compte que des décès et non des hospitalisations qui auraient pu être évitées par une vaccination de masse. La balance bénéfice-risque pour la France penche d'autant plus en faveur de la vaccination que la courbe ci-dessus en échelle logarithmique  (source OMS) montre un déclin continu du nombre de décès depuis début mai 2021, précisément dans la période à partir de laquelle les campagnes vaccinales commencent à prendre de l'ampleur.

Pour conclure, il faut en finir avec l'allégation selon laquelle les vaccins seraient dans une "phase expérimentale": Les antivaccins voient dans le fait que les autorisations de mise sur le marché (AMM) sont délivrées à titre temporaire une volonté de prendre les populations pour cobayes, alors que cette procédure existe depuis toujours et qu'elle est de pratique courante, tant pour les vaccins que pour les médicaments. Cette pratique est simplement la reconnaissance qu'on ne peut pas avoir de recul sur des effets à long terme et inaugure une "phase 4" assurée par la pharmacovigilance. Cela a été, est et sera toujours le cas pour tous les vaccins mis sur le marché et on doit se féliciter d'avoir à sa disposition de telles procédures, qui garantissent une sécurité qui n'existait pas aux périodes balbutiantes de la vaccination : rappelons que Jenner avait inoculé l'agent pathogène de la variole à des volontaires et que Pasteur, en injectant de façon répétée un vaccin à base de moelle de lapin, aurait pu provoquer chez ses patients un choc anaphylactique (phénomène inconnu à son époque) qui lui aurait d'autant plus été reproché qu'il n'était pas médecin. Les protocoles actuels sont codifiés pour apporter un maximum de sécurité et on ne peut que s'en féliciter.

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