Macron brique sa statue de Président des riches

On ne change ni une équipe qui perd, ni une politique désastreuse. En cette rentrée de septembre, Emmanuel Macron est bien décidé à maintenir son équipe (à part Nicolas Hulot qui vient enfin de démissionner) et le cap de ses réformes, malgré les effets pervers qui s'accumulent. Il ne s'arrêtera que lorsque de 60 millions de faux "privilégiés", il aura fait 60 millions de vrais pauvres.

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C'est dans un contexte de marasme fiscal que le Gouvernement affronte la rentrée budgétaire de 2018 : les recettes fiscales du premier semestre 2018 sont en baisse de 2,3% par rapport à celles de 2017 et de 4,7% si on ajoute à ce pourcentage les effets de l'inflation : En un diagramme (ci-contre), Alternatives Economiques nous apprend, sous le titre  "Comment Emmanuel Macron appauvrit l'état en faisant des cadeaux aux plus richesque ce n'est ni en raison des recettes de TVA ou de l'impôt sur le revenu, encore moins en raison des taxes sur les carburants qui ont explosé, mais en raison de la réforme de l'ISF dont l'assiette se limite maintenant à la fortune immobilière et de la "Flat tax", cette disposition qui limite à 30% les prélèvements fiscaux et sociaux des revenus des placements financiers. Le coût conjugué de ces réformes est de 10 milliards d'euro, soit 39% des recettes de l'année précédente. Toutes ces mesures fiscales et leur résultat dévoilent l'étendue de l'incompétence de ces apprentis sorciers, qui détruisent beaucoup plus qu'ils ne construisent, tant au niveau national que dans les collectivités locales dont ils détruisent les ressources par la limitation des dotations aux communes et par la suppression de la taxe d'habitation. Un vent de démission qui souffle parmi les maires des petites communes en est la conséquence.

Le marasme est aussi économique : "la cigale Macron ayant dépensé avant l'été, elle se trouve fort dépourvue quand vient la bise économique" (Marianne). les coupes budgétaires et la baisse du pouvoir d'achat consécutives à la diminution des aides sociales et à la ponction sur les retraites font sentir leur effet pervers, un ralentissement de la consommation encore aggravé par l'inflation, qui annule les effets de la baisse des cotisations sociales salariales. Aussi, au deuxième trimestre, la France faisait-elle figure de mauvais élève de l'Europe avec une croissance de 0,4% contre 0,8% pour l'ensemble de la zone Euro. 

C'est donc dans ce contexte que sont sont ouverts les arbitrages du budget 2019, avec "trois dossiers chauds", soit autant de sujets qui fâchent :

- La réduction des aides sociales est à l'ordre du jour : elles représentent, selon Alternatives Economiques 1% du PIB, ce qui, pour Emmanuel Macron, représente "un pognon de dingue" pour une efficacité, selon lui, discutable. Alternatives Economiques consteste cette vision, en faisant remarquer que sans ces aides, ce serait 22% des français qui vivraient sous le seuil de pauvreté. Après aides sociales, ce taux descend à 14,1%. C'est 5 millions de français qui sortent de la pauvreté grâce à ces aides sociales. "La France compte beaucoup moins de pauvres que le reste des pays développés et leur niveau de vie moyen est plus proche du seuil de pauvreté que dans les autres pays", nous dit l'éditorialiste d'Alternatives Economiques. Un président qui cherche à plomber ce dispositif, pourtant fort utile, est bien le Président des riches !

- L'Assurance chômage,  que Macron souhaite modifier en profondeur à l'occasion des négociations entre les partenaires sociaux qui vont s'ouvrir en septembre. Il en énonçait les principales et la finalité dans une déclaration au congrès en Juillet 2018 :  "Je souhaite que les partenaires sociaux révisent les règles de l'assurance chômage afin que, dans cette période de reprise économique, nous puissions non seulement nous assurer qu'elles récompensent bien davantage la reprise d'activité mais aussi qu'elles incitent à la création d'emploi de qualité".

La première question, qui vient à l'esprit au vu de ce qui est dit plus haut, est "quelle reprise économique ?" lorsque le Gouvernement a tout fait - malheureusement avec succès - pour plomber l'économie. La deuxième question est : quels moyens comptez-vous mettre au service de votre grande ambition d'un retour massif à l'emploi ? Or une simple information, fournie par Médiapart, nous informe sur l'esprit de cette réforme : un renforcement du contrôle des chômeurs assuré par 1000 agents de Pole-Emploi en 2020, contre 200 aujourd'hui, mais à effectif constant pour l'agence, ce qui signifie que le contrôle et la répression seront privilégiés par rapport à l'accompagnement. 

L'éditorialiste d'Alternatives économiques cité plus haut dévoile en quelques lignes les grands traits de la réforme : la dégressivité des allocations réémerge comme le serpent de mer, afin, prétendûment, d'inciter les chômeurs à un retour rapide à l'emploi. D'où la troisième question : peut-on décemment parler de "création d'emploi de qualité" si l'emsemble de ces sanctions vise les chômeurs à accepter les emplois qui se présenteront, quels que soient leurs qualifications (verra-t-on un jour des ingénieurs promus aux postes de technicien de surface ?) ou l'importance du trajet à parcourir ? Une autre mesure montre bien qu'il s'agit, avant tout, de réduire le "pognon de dingue" : la remise en

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question du cumul allocation chômage-petits boulots : sous le prétexte officiel et fallacieux que cette disposition est une machine à fabriquer des travailleurs pauvres, on va encore appauvrir ceux qui ont la chance de pouvoir maigrement compléter leurs revenus ! Une seule des dispositions envisagées va dans le bon sens, mais ce n'est pas une idée du Gouvernement : la création d'un bonus-malus à la charge de l'entreprise pour les contrats courts, mesure réclamée par la CGT depuis des années (!!!)

Enfin les retraites : nous avons déjà consacré un article complet à la réforme  et nous y renvoyons le lecteur. Concernant les mesures contenues dans le budget 2019, le pouvoir d'achat des retraités apparait encore une fois comme une variable d'ajustement : après les mesures de non-revalorisation des pensions décidées par Hollande, après une augmentation de la CSG qui n'a pénalisé que les retraités, ils sont encore mis à contribution sous la forme d'une perte de pouvoir d'achat de 2%. "Les retraités sont clairement devenus une cible du Gouvernement" commente l'éditorialiste. 

En résumé, une politique fiscale en faveur des plus riches, qui provoque un déficit dont on fait payer les conséquences aux classes moyennes, aux pauvres, aux chômeurs, aux retraités. Aller chercher l'argent là où il n'est pas, pourrait être le slogan de ce président. N'est-ce pas la définition d'un Président des plus riches qui attend sans doute un "ruissellement" qui ne viendra jamais, vu que la politique du Gouvernement fait tout pour l'empêcher

 

 

 

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