Loi sécurité globale : le pouvoir entre le marteau et l'enclume

La loi "sécurité et liberté" est votée dans un contexte de brutalités policières. Les manifestations de citoyens indignés par ces exactions et une majorité opposée à la création d'une commission pour réécrire la loi provoque une crise place le Pouvoir dans une situation plutôt inconfortable.

La simple annonce de la loi "de sécurité globale" a déchaîné un flot de violences, de la part de policiers qui se croyaient déjà protégés par son article 24 : le 21 novembre, Michel Zecler, un producteur de musique, est tabassé dans son studio par trois policiers sans aucune raison. Ou plutôt si : il y en avait une : la victime de cette agression sauvage avait le tort d'être noir ! Pour couronner le tout, ils balancent une grenade lacrymogène dans le local et s'en prennent aux témoins. Ces policiers croyaient sans doute que cette nouvelle loi leur assurerait rétroactivement l'impunité et cela aurait sans doute été le cas s'ils n'avaient pas eu la bêtise de commettre leur forfait devant une caméra de surveillance.Dans la nuit du 23 au 24 novembre, c'est un camp de réfugiés qui est violemment pris à parti sur la place de la République, sur ordre du préfet de police Didier Lallemant. Cela aurait du porter le pouvoir législatif à réfléchir aux conséquences de cette loi, mais non ! Car c'est dans ce contexte que se manifeste l'irresponsabilité de la majorité qui, avec l'appui de la droite, vote la loi de sécurité globale et son article 24, qui est une forme d'encouragement à tous les débordements policiers.  Les apprentis sorciers qui nous tiennent lieu de députés peuvent être fiers de leur bilan : la simple annonce de cette loi scélérate semble avoir déchaîné les plus bas instincts de nos forces qui se prétendent "de l'ordre".

La légitime indignation que soulèvent ces affaires dans l'opinion oblige les responsables à réagir à retardement : Bien tardivement (cinq jours) le ministre de l'intérieur ordonne la suspension des policiers et la saisie de l'IGPN. Mais derrière l'hypocrite indignation  qu'il exprime se cache un soutien inconditionnel au préfet de police Didier Lallemant en attendant que, sous la pression d'élus de la majorité qui, eux aussi, commencent à s'affoler,  celui-ci devienne fusible de premier rang pour une opération où sa responsabilité est engagée : l'évacuation musclée du camp de réfugiés. De plus, Darmanin oublie de dire que l'article 24 répond à une exigence du syndicat de droite Alliance. S'il voulait transformer la police en milice au service du pouvoir, il ne s'y prendrait pas autrement. Mais nous ne donnerons pas cher de sa peau  : si la contestation citoyenne qui s'est exprimée dans un défilé de la République à la Bastille (interdit par la préfecture de police avant que le tribunal administratif ne l'autorise !) prend de l'ampleur, il devient possible que le ministre de l'intérieur lui-même devienne le fusible du Président.

Dans cette affaire, Baby Erdogan s'est montré égal à lui-même : manifestement, il était dans l'expectative, car ce n'est que le 27 novembre qu'il s'est déclaré "choqué" par l'agression de Michel Zecler. Il y est alors allé de sa vertueuse indignation en dénonçant une "agression inacceptable" et "des images qui font honte". Aurait-il fait ces déclarations si l'affaire n'était pas en train de tourner au vinaigre pour sa majorité ? Et il demande au premier ministre de "lui faire rapidement des propositions pour lutter efficacement contre toutes les discriminations". Discriminations ? Dans ces affaires, le mot tient de l'euphémisme ! Quant aux propositions, on peut lui en faire une : qu'il commence d'abord par faire abroger la loi "sécurité globale". Mais la création  d'une commission indépendante pour réécrire l'article 24 de la loi suscite une opposition de la part de la majorité, injustifiée si cette réécriture passe ensuite devant le parlement. Le gouvernement est donc entre le marteau et l'enclume et c'est son aveuglement qui a créé cette situation.

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