L'invraisemblable campagne de caniveau de la droite n'a pas payé (heureusement!)

Les élections municipales sont marquées par la déconfiture de la droite et du parti présidentiel dans plusieurs grandes villes. Mais l'évènement qui fait date, c'est la poussée écologique, malgré les propos insultants des (mauvais) perdants envers les partis de gauche et leurs électeurs.

printemps-marseillais
De mémoire d'électeur, ces élections municipales auront été l'occasion d'une des plus belles campagnes de caniveau de la part des partis de droite : le journal en ligne Reporterre énumère la longue liste des mensonges, des clichés, des amalgames et même des insultes qui tiennent lieu d'argumentaire électoral à la droite, coalisée pour la circonstance avec les macronistes pour dénoncer la "coalition gaucho-écologiste". Aux suppôts marseillais de Martine Vassal (la tricheuse qui établit des procurations à l'insu des électeurs concernés !), la percée dans les sondages d'une liste de gauche inspire l'affiche ci-contre qui travestit les candidats du printemps marseillais en black blocks. A Toulouse, c'est un tweet qui tient lieu d'argumentaire électoral au maire sortant Jean-Luc Mougens : "Ma conviction, c’est que nous sommes une majorité de Toulousains à refuser de donner les clés du Capitole à un assemblage anarchique incluant des professionnels du désordre et de la désobéissance aux lois de la République. Ce serait risquer de perdre les bases du Succès Toulousain". A Lille et à Lyon, c'est tout simplement l'insulte qui tient lieu de pensée politique : un des chefs de file de la droite lilloise qualifie les écologistes de "fous furieux" et un candidat lyonnais insulte même les électeurs : « Moi, ce n’est pas [les candidats écologistes] qui me font de la peine. Ceux qui me font de la peine, c’est les connards (sic) qui votent pour eux. Parce que c’est eux qui sont graves. Ils sont dans leur idéologie, dans leur monde écologique. »

Et quand ce n'est pas l'insulte, c'est un florilège d'outrances verbales et de mensonges : Grenoble, la seule ville de France qui avait un maire écologiste, devient, dans la bouche de ses adversaires, Chicago-sur-Isère. A Lyon, les candidats écologistes sont accusés de vouloir supprimer la fête des lumières. A Tours, les candidats écologistes sont qualifiés de "pastèques, verts à l'extérieur, rouges à l'intérieur" et cette dérision face aux formations politiques qui soulèvent les graves problèmes climatiques et environnementaux est elle-même une insulte à l'intelligence des électeurs. Mais il y a même un patron lyonnais qui assimile le candidat écologiste à ... Hitler. Excusez du peu !

Est-il si surprenant que la  droite devient l'alliée objective de la majorité qui a contribué à la détruire, quand il s'agit de faire barrage à des écologistes qu'on accuse de toutes les turpitudes ? Au delà de cette alliance de la carpe et du lapin, il y a dans l'acharnement contre les écologistes un message en contradiction avec toutes les rodomontades environnementales de Macron, qui ne sait se verdir qu'en convoquant une convention pour le climat de 150 citoyens tirés au sort (bonjour la représentativité !). Tous ces excès de langage sont tristement électoralistes et retirent toute crédibilité à ceux qui s'y laissent aller car, comme le disait Talleyrand, tout ce qui est excessif est insignifiant.

Il est en tout cas réjouissant de voir que cette tactique n'a pas payé. Les suppôts de Macron sont en pleine déconfiture et il y a eu beaucoup de "connards" à voter pour un "émule d'Hitler", portant ainsi les verts à la manœuvre dans un nombre important de grandes villes : outre le maire écologiste de Grenoble qui est reconduit, les verts s'emparent de plusieurs grandes villes : Lyon où le candidat écologiste - vous savez, l'émule d'Hitler ! - est élu avec plus de 50% des voix au deuxième tour. Bordeaux, où la mairie, de droite depuis sept décennies, laisse la place à l'écologie. Strasbourg, où la victoire de l'écologiste Jeanne Barceghian créé la surprise. Dans d'autres villes moins importantes (Tours, Annecy, Poitiers, Besançon), ce sont des écologistes qui s'assoient dans le fauteuil du maire. Et même dans les villes où, de justesse, le maire sortant est réélu (Toulouse, Lille), les listes écologistes ne sont pas très loin derrière. Le cas de Marseille est particulier : c'est la candidate portée par l'union de la gauche qui arrive en tête en termes de voix, mais elle n'a qu'un très faible avantage en termes des conseillers électeurs et la mairie reste suspendue au vote des élus issus des "petites" listes.

Cette poussée écologiste devrait arithmétiquement se traduire par une vague verte au sénat. Mais en ce qui concerne la présidentielle, au vu des sondages actuels, c'est une autre affaire : l'essayiste belge Raoul Marc Jennar, tirant les leçons d'un récent sondage, en déduit que sans une candidature unique de la gauche incluant les écologistes, nous sommes condamnés à la réélection d'Emmanuel Macron, malgré toutes les réactions de rejet allergique qu'il suscite. Pourtant, le principal obstacle à cette unité retrouvée est l'ambition personnelle de chaque candidat. Et dans le cas improbable où la gauche arriverait à s'entendre, quel candidat choisir ? Jean-Luc Mélenchon ? Beaucoup trop clivant pour rassembler ! Yannick Jadot ? Il imagine encore pouvoir faire de l'écologie dans le cadre d'une économie ultralibérale. Et puis encore faudrait-il qu'il arrive à faire l'unité dans son propre parti :  d'autres, comme l'actuel maire de Grenoble, pensent aussi à l’Élysée.
Quant aux candidats potentiels socialistes, beaucoup se sont trop compromis dans le quinquennat désastreux de François Hollande soit parce qu'ils ont soutenu ses attaques contre le monde du travail, soit parce que frondeurs n'ayant jamais eu le courage de passer le Rubicon, ils se sont discrédités en ne concrétisant pas leur opposition par une motion de censure contre Manuel Valls, qui a depuis exporté sa nuisance en Catalogne. Le seul qui pourrait faire exception, c'est Arnaud Montebourg, qui a montré quand il était ministre un réel souci du bien public, mais n'a pas été écouté. Le serait-il davantage en tant que candidat potentiel ? La voie vers l'unité de la gauche est encore bien étroite et on ne peut qu'espérer que ces élections municipales, qui ont vu plusieurs listes communes emporter la victoire, seront le point de départ d'une réflexion en faveur de cette candidature unique de la gauche.

 

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