Répression des gilets jaunes : une nouvelle dérive autoritaire

Les apprentis sorciers se lâchent : Rémi Heitz, nouveau procureur de Paris, donne libre cours à sa créativité en inventant la notion de garde à vue préventive. Frédéric Péchenard, ancien chef de la police nationale, veut interdire les manifestations de gilets jaunes. En décidant d'impliquer l'armée dans le contrôle des manifestations, Baby Erdogan ouvre la boîte de Pandore.

Rémi Heitz, procureur de Paris et suppôt  de Baby Erdogan, ne fait pas dans la dentelle, nous révèle le Canard Enchaîné : selon ses directives, tout Gilet Jaune gardé à vue doit être inscrit au fichier des antécédents judiciaires. De plus, les gardes à vue doivent se prolonger jusqu'au dimanche, même sans infraction relevée, "afin qu'ils n'aillent pas gonfler les rangs des manifestants". A quand le scénario du film "minority report" ? Il s'agit là d'une criminalisation de l'action des gilets jaunes, autant que d'une atteinte au droit fondamental de manifester. Interpelé par la présidente du syndicat des avocats de France (SAF), monsieur Heitz récuse les termes employés par l'avocate : "traitement discriminatoire et attentatoire à des libertés fondamentales". Le procureur de Paris ne veut pas assumer ses directives, mais c'est pourtant bien de cela qu'il s'agit !

Les déclarations simplistes de Frédéric Pechenard (LR), vice-président de la région Ile de France et ancien patron de la police nationale, surenchérissent sur les propositions du procureur : "Depuis 18 semaines on considère que les gens qui viennent sur les Champs-Elysées sont des manifestants pacifiques. Ce n'est pas vrai. Ce sont des émeutiers, ce sont des délinquants. Samedi tous ont participé. Les gens qui étaient là ont cautionné". Ainsi, participer à une manifestation des Gilets Jaunes, ce n'est pas exprimer son mécontentement devant l'injustice sociale voulue et mise en place par Baby Erdogan avec l'appui des plus riches, c'est cautionner la casse ! Plutôt que de soigner la fièvre qui s'est emparée du pays, monsieur Péchenard propose de casser le thermomètre en interdisant purement et simplement les manifestations des Gilets Jaunes. Et après, sera-celles des syndicats et des associations ?  Ce ne sont pas 10000 manifestants qui vont imposer leur loi, dit-il, laissant ainsi douter qu'il ait appris à compter. Mais le droit de manifester étant un droit constitutionnel, monsieur Péchenard n'explique pas sur quelles bases juridiques reposerait cette interdiction, car il fait partie de ces politicaillons qui parlent plus vite qu'ils ne pensent !

Une autre question qui fait débat est l'intervention de l'Armée, dans le cadre de l'opération sentinelle : selon les déclarations du Gouvernement, le rôle des militaires sera de protéger les bâtiments publics et ne se substitueront en aucun cas aux CRS et aux gendarmes mobiles dans le maintien de l'ordre. Dont acte. Mais il est vain de croire que des manifestants violents, qui jusqu'à présent ont déjoué toutes les forces de polices, ne puissent pas entrer au contact des militaires et, même, la présence de ceux-ci peut être considérée par les plus radicaux comme une provocation A tel point que certains militaires, sous le couvert de l'anonymat, s'en inquiètent. Les réactions sont diverses :  "On n'a pas le matériel nécessaire, parce qu'on n'a que des matraques télescopiques et des petites gazeuses à main, comme les filles ont dans leur sac. Après, c'est directement le fusil d'assaut. C'est absurde, c'est du n'importe quoi", dit l'un. Un autre déclare : "On n'est pas préparé à ça. Nous, en termes techniques, on lutte contre un ennemi. Et l'ennemi ne peut pas être la population, ce n'est pas possible. C'est la situation dans laquelle on essaie de mettre les militaires aujourd'hui." Un ancien militaire déclare : Ça les place [les soldats] dans une position délicate. Ils vont tout faire pour protéger et barricader, mais s’ils font face à des gens décidés et violents ils pourraient faire usage de la force".

Du côté des Gilets Jaunes, Eric Drouet commente : "Un gouvernement qui engage les forces armées contre son peuple, ça porte un nom". C'est au moins créer, par pure irresponsabilité, une situation qui pourrait ramener au temps où on faisait intervenir l'armée contre les grévistes.

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