Réforme des retraites : qui sème le vent récolte la tempête

De capitulation en capitulation, les concessions accordées à des intérêts catégoriels soulignent l'incohérence d'une réforme, déjà rendue illisible par les élucubrations de Ndiaye et Darmanin. Elles sont, aux yeux des grévistes, un aveu de faiblesse qui les encourage dans leur refus de la réforme des retraites.

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Le président qui entre à l’Elysée en 2017 est un obsessionnel de réformes, qu’il entend mener à la hussarde. Il voit les syndicats comme une résurgence du vieux monde, un frein aux réformes qu’il entend mener. Fort d’un « mandat populaire » qu’on lui aurait confié en l’élisant, il impose par ordonnances une réforme du code du travail, après un simulacre de consultation des partenaires sociaux et utilise par la suite la même méthode pour réformer l'assurance chomage. Mais on ne peut à la fois favoriser les plus riches au détriment des classes moyenne et populaire et prétendre détenir un « mandat du peuple». La jacquerie des Gilets Jaunes se charge de le lui rappeler. Au vent du mépris affiché par Macron pour « ceux qui ne sont rien » succède la tempête de la révolte.
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C’est donc dans un climat insurrectionnel larvé que le Président choisit d’enfoncer le clou de ses réformes, avec d’abord celle de l’assurance chômage, puis celle des retraites. Ces deux réformes témoignent du choix délibéré de paupériser la population, en commençant par les seniors . L’exécutif tente de cacher ses véritables intentions derrière les "fâcheuses approximations" de Ndiaye et Darmanin qui témoignent surtout de l'amateurisme de ces réformateurs. Aussi, c’en est trop et c’est le mouvement de grève initialisé le 5 décembre qui va s'inscrire dans la durée. Mais, comme le dit la politologue Sophie Béroud dans un entretien au journal le Monde,"on ne peut à la fois marginaliser les acteurs sociaux et penser qu'un dispositif de concertation va fonctionner". Le Gouvernement se trouve donc pris à son propre piège, face à des syndicats décidés à lui faire payer son mépris et son arrogance. Les syndicats contestataires (CGT, FO, Sud) entendent d’autant moins négocier que le Gouvernement entretient un discours à géométrie variable. Les réformistes (CFDT, UNSA) se montreraient plus accommodants, mais la trêve de Noël suggérée par le Gouvernement est rejetée pas leurs bases. Et Macron, pris au piège qu’il avait tendu aux syndicats, se retrouve seul face à la rue.

Comme d’habitude, il tente de porter la division en faisant des concessions aux policiers, aux pilotes de ligne, aux militaires, aux danseurs d'opéra, aux camionneurs, aux pompiers, etc. de sorte que le régime "universel" que Macron entendait instaurer n'en aura bientôt plus que le nom. Non seulement cela rend, s'il en est encore possible, encore plus illisible la réforme, mais chacune des dérogations accordées à des intérêts

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corporatistes sonne ainsi comme un aveu de faiblesse. En ce samedi 28 décembre, le mouvement, qui en est à son 24ème jour, voit enfin syndicats et Gilets Jaunes voit enfin un début de convergence entre syndicats et Gilets Jaunes avec des défilés communs dans plusieurs villes de France. Et Sophie Béroud, que nous citons en guise de conclusion, nous dit : "je ne vois pas de sortie possible sans que le Gouvernement revoie largement sa copie". Pour la politologue, Macron a le choix entre une capitulation déligitimante ou le pourrissement "qui est une très mauvaise stratégie, car il peut contraindre l'exécutif à lâcher plus qu'il ne pense". Le mouvement peut donc retrouver un second souffle et les syndicats sont condamnés à réussir : lâcher maintenant serait une erreur monumentale qui donnerait raison à ceux des gilets jaunes qui ne veulent pas entendre parler de syndicats et disqualifieraient complètement ces derniers aux yeux de l'opinion.

 

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