Augmenter le SMIC : la mesure populiste stupide

Augmenter le SMIC, à 1500€ net par exemple, c’est une promesse électorale classique de gauche et surtout d’extrême gauche. Pourtant, derrière l’intention noble de relever la qualité de vie des personnes qui travaillent dur et ont du mal à joindre les 2 bouts, il y a une vraie bêtise économique. Je vous explique pourquoi, et je vous donne la bonne solution.

Pourquoi est-ce stupide ?

Car la plupart de vos achats sont en partie le produit de personnes payées au SMIC ou, au moins, à un salaire dont le montant sera relatif à ce dernier (par un système de valorisation des études). Ainsi, augmenter le SMIC c’est presque obligatoirement augmenter le prix des produits d’achats courants (Le restaurant, le marché, la nounou…). C’est un moteur d’inflation. Les nouveaux smicards pourront se prévaloir de gagner 1500€ mais leur pouvoir d’achat n’augmentera pas pour autant. Pire, plus le produit ou service était produit localement, plus son prix sera potentiellement tiré vers le haut. Tandis que les produits créés à l’étranger seront moins impactés, incitant d’autant plus les citoyens à consommer des produits importés et donc organisant davantage la fuite de notre monnaie à l’extérieur du pays. De plus le prix en augmentation de nos produits conduira à une baisse de compétitivité à l’international et une baisse des exportations. A terme la situation économique du pays deviendra de pire en pire. L’augmentation du SMIC est donc une solution complétement néfaste au pays.

Le pays a d’ailleurs tout intérêt à baisser le SMIC. Non attendez ! Ne vous énervez pas ! Ne partez pas ! Car si je vous propose de baisser le SMIC je propose de permettre à tous les travailleurs à bas salaires de gagner plus ! Et oui ! C’est bien parce que les gens font une fixette sur le SMIC qu’ils n’arrivent pas à penser en dehors du cadre. Je vais vous expliquer !

La solution est la suivante : il faut considérer 2 salaires minimum distincts, au lieu de vouloir à tout prix fusionner les deux dans un même chiffre.

Nous avons besoin :

  • D’un salaire minimum d’activité SMA : le salaire minimum qu’une entreprise doit être en mesure de payer quelqu’un pour X heures de travail (on peut dire 32 par exemple) pour pouvoir être qualifié de rentable. Exemple : Une TPE vend un service à plusieurs personnes avec ses 3 employés, et arrive à facturer 5000€ sur le mois, soit, par employé et en comptant le patron, 1250€ par personne. Cela ne permet pas de payer 4 SMIC. Mais il y a une demande et chacun a vraiment dû travailler 32 heures pour y répondre. A un prix plus élevé, la demande disparaitrait peut-être et du coup, même si cette activité correspond à une demande, elle n’est pas possible dans le système actuel. Par contre, si l’on considère que le salaire minimum est de 1000€ charges comprises, on peut dire que l’activité est viable. Cela permet d’aider au lancement d’activité, et de traiter également les périodes « dures »
  • D’un salaire minimum de vie SMV : Le revenu minimum que doit recevoir une personne qui a honnêtement travaillé X heures (et donc consacré X heures de sa vie à fournir un service aux autres, confirmé par le salaire minimum généré) Ce salaire minimum doit réellement correspondre à un minimum décent, on peut imaginer 1700€ net par exemple.

 © Pierre SCHWARZ © Pierre SCHWARZ



Reste 2 problématiques :

- Comment passer du SMA, par exemple 1000€ charges comprises au SMV (par exemple 1700€ net) ?

- Comment être juste pour les personnes ayant gagné plus que le SMA par rapport à ceux ayant gagné uniquement le SMA ?

Pour répondre à la première problématique, il n’y a pas de miracle, il faut les prendre quelque part. L’idée simple est de dire qu’il faut niveler les salaires des plus riches pour remonter ceux des plus pauvres. Ainsi nous réduirons l’écart type / la variance entre les salaires. Il y a une justice et une légitimité. Les plus hauts salaires sont le résultat de marché de masse. Même le luxe, indirectement, peut être qualifié de marché de masse car les clients, ayant eux même de grands salaires, seront à un moment ou un autre de la chaine bénéficiaire du marché de masse. Ce que j’appelle marché de masse, c’est un marché qui touche tellement de personnes que le salaire des dirigeants/acteur de cette entreprise/économie, même s’il ne représente qu’une infime partie du prix du service ou du produit final, devient colossale par la multiplication des clients. Il ne s’agit donc plus de difficulté ou de responsabilité, mais simplement de nombre de vente. Nous pouvons donc estimer légitime de minorer les recettes reçues afin de répartir de nouveau sur ceux ayant contribué à cette récolte économique, que ce soit les clients ayant payé trop cher, ou les employés n’ayant pas été payé suffisamment. Le rapport entre pauvre et riche sera apaisé.

Pour une règle juste je propose par exemple une relève des salaires ainsi :

Les salaires qui étaient égaux à SMV avant le recalcul seraient augmenté de (SMV-SMA)/2, c’est-à-dire la moitié de l’augmentation dont aura bénéficier la personne au SMA pour atteindre SMV. Les personnes ayant touché un salaire Y entre SMA et SMV voit donc leur revenu devenir : SMV+(Y-SMA)/2.

Pour les personnes ayant touchées un salaire Z au-delà de SMV et jusqu’à un certain seuil S il faut aussi augmenter leur salaire jusqu’à obtenir une augmentation nulle. Nous pourrions proposer S=4xSMV par exemple.

Les salaires Z entre SMV et S doivent être décalés proportionnellement entre SMV+(SMV-SMA)/2 et S.
La formule est donc : Z’= Z+(SMV-SMA)/2*(S-Z)/(S-SMV)

Une illustration pas un petit tableau

Tableau illustratif des conversions des salaires bas de la société © Pierre SCHWARZ Tableau illustratif des conversions des salaires bas de la société © Pierre SCHWARZ

Une fois cette formule appliquée à l’ensemble des salaires inférieurs à S, nous savons de combien doivent être déduit les salaires les plus élevés. Pour prélever cette somme, nous pouvons soit baisser les salaires les plus hauts les uns après les autres, soit appliquer une réduction proportionnelle à tout salaire excédant un certain montant MX.

Ainsi, avec cet outil, les politiques futures pourront, en ayant une marge de manœuvre sur SMA, S et MX appliquer des stratégies économiques différentes. La valeur de SMV est la valeur réellement fondamentale et la décision concernant son montant doit forcément être une décision démocratique forte. Les autres aussi idéalement mais, jusqu’à une certaine marge, des représentants du peuple pourraient les faire varier. Par exemple, pour une relance économique, il est important de baisser SMA alors que dans une situation de plein emploi, il peut être judicieux d’augmenter SMA.

Le SMV/SMA s’applique également aux entrepreneurs. Nous pouvons supposer qu’un SMA faible permet un développement fort de l’entreprenariat.

Un questionnement demeure. Le Salaire minimum de Vie doit il déprendre du lieu géographique ?
La réponse est probablement non car si c’était le cas, les salaires seraient plus élevés dans les villes en tension et donc, amplifierait ce phénomène de tension. Il faut davantage favoriser les zones où le marché est faible. Pour autant, le SMV doit prendre en compte une vie décente à Paris par exemple, c’est donc les travailleurs des zones qui ne sont pas en tension qui bénéficieront d’un salaire d’autant plus agréable.   

Bien entendu il faut des processus de contrôle :

  • Idéalement centraliser la gestion des salaires au niveau de l’état (en simplifiant du même coup les procédures administratives)
  • Réguler l’aide en fonction de la variation des salaires sur une période (une personne touchant le SMA le mois n°1 puis 3 fois le SMV le mois n°2 doit bien évidemment rendre la partie ayant permis de passer du SMA au SMV lors du mois n°1, car le travail d’un mois peut voir ses effets au niveau de la facturation sur un mois suivant. De la même manière, les salariés d’une entreprise en bénéfice doivent d’abord voir ces bénéfices utilisés pour leur permettre d’atteindre le SMV. L’idée n’est pas de majorer les bénéfices privés individuels en payant peu ses employés.
  • De manière générale, comme toujours, derrière ce levier, il faut engager la responsabilité des bénéficiaires. Tout abus devra être sévèrement puni et priver les contrevenants du bénéfice de ce système dans le futur, au moins pour une durée significative.

Donc pour résumer : vouloir augmenter le SMIC est une absurdité car le SMIC représente 2 concepts qui, pour des raisons d’efficacité, doivent être distincts : Le salaire minimum d’activité permettant de juger une activité rentable, et le salaire minimum de vie permettant d’avoir une vie décente. Fusionnés, ils deviennent contreproductifs, distincts ils constituent un outil d’action formidable de l’économie.

NB : Même si ce n’est pas le sujet de l’article, ni le sujet de ma candidature à la primaire populaire, si vous aimez ce concept, donnez-moi la chance de communiquer dessus aux élections législatives et présidentielle en soumettant mon nom comme candidat à la primaire populaire ici.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.