La réponse de l'équipe effectuant les recherches sur le Cyanure

J'ai rencontré l'équipe qui a effectuée les relevés sanguins en manifestation. Cette histoire m'intriguait car le traitement dans les médias paraissait survoler la surface, comment se fait il qu'un docteur en biologie et des professionnels de santé fassent ces relevés ?

J'ai rencontré l'équipe qui a effectuée les relevés sanguins en manifestation.

Cette histoire m'intriguait car le traitement dans les médias paraissait survoler la surface, comment se fait il qu'un docteur en biologie et des professionnels de santé fassent ces relevés ?

Après avoir échangé sur tout les aspects du sujet j'ai compris leur démarche et ils ont voulu répondre aux attaques des médias et des réseaux sociaux. Dans ce type d'informations comprendre la globalité de la chose permet d'y voir plus clair.

Vous trouverez ci dessous leur réponse, des photos effectuées durant les relevés de terrain et une vidéo faisant le clair sur un des reproches qui leur est fait. Je vous laisse en juger.

Photo prise le 20/04/2019 Lors d'un prélèvement sanguin. Photo prise le 20/04/2019 Lors d'un prélèvement sanguin.
 

Bonjour, 

 

Biologiste, médecins, ou encore infirmier(e)s salariés composent l'équipe à l'origine des prélèvements à la recherche de cyanure chez les personnes au contact du gaz CS. Nous avons mis nos compétences au service du mouvement dès la première heure afin d’apporter les premiers secours à toute personne dans le besoin lors des manifestations gilets jaunes

 

Depuis Octobre 2018 les gazages  sont devenus de plus en plus intensifs exposant les manifestants  à des doses de plus en plus importantes. Nous nous sommes donc inquiétés des effets à long terme de ces gazages répétés.

Nos craintes on été confirmées dès lors que nous avons vu apparaître de nouveaux symptômes : vertiges, pertes de mémoire, désorientation, perte de connaissance : ( https://www.semanticscholar.org/paper/A-review-of-acute-cyanide-poisoning-with-a-update.-Hamel/6f946274306c87c0ac2342a4436526044fc0c329, https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27450775 ).

Les jours suivants : diarrhées ( https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27450775), fatigue extrême (https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18375373), règles abondantes et irrégulières ( https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29362355) et problèmes oculaires (https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/3979467). 

Les atteintes des voies respiratoires sont violentes, pouvant atteindre nausées et vomissements et même la peau subit les agressions de ces gaz. 

 

Étant au service de la santé publique nous avons donc décidé de nous renseigner.

 

Les grenades lacrymogènes renferment des capsules contenant de l'ortho chlorobenzylidène malononitrile.

Cette molécule passe dans le sang par les voies respiratoires ou par la peau  (prenez des douches froides en fin de manif pour que ca ne rentre pas, le chaud ouvre les pores).

Une fois dans le sang, un des groupements cyanure est libéré et peut agir. 

( https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/?term=olajos+CS )

Il fixe le fer censé apporter l'oxygène aux organes, et bloque la chaîne respiratoire : c'est l'effet d'un étranglement, entraînant une hypoxie, un manque d'oxygène. 

 

Le cyanure est rapidement traité par le foie pour être transformé en thiocyanates, qui sont beaucoup moins toxiques. (http://ccn.aacnjournals.org/content/31/1/72.full?cited-by=yes&legid=ccn;31/1/72)

Ces thiocyanates, présents plus de 14 jours dans l'organisme, peuvent être dosés dans le sang ou dans les urines, selon la vitesse à laquelle ils sont éliminés. 

Des résultats ont été publiés par des personnes souffrant de ces symptômes.

 

Certains médias ont répondu en menaçant les médecins ayant produit ces ordonnances et établi ces diagnostics.

(https://www.20minutes.fr/societe/2495507-20190412-gilets-jaunes-intoxiques-cyanure-gaz-lacrymogenes-police)

 Mais du fait de l'insistance de la part de plusieurs membres du corps médical, le traitement de ces informations a changé d'angle et ces médias ont indiqué par le biais d'une toxicologue que les thiocyanates, pourtant les dérivés majoritaires du cyanure (https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4482825/), ne sont pas de bons marqueurs !

(https://www.lci.fr/population/gaz-lacrymogenes-l-effet-irritant-bien-plus-dangereux-que-de-potentiels-traces-de-cyanure-2118099.html)

 

 

Mais il existe heureusement un moyen de détecter directement le cyanure dans le sang; car si le dérivé du cyanure n'est pas une preuve, le cyanure en sera une. 

Nous sommes donc entrés en contact avec le seul fabricant européen de tests de présence du cyanure dans le sang.

Ce kit, également utilisé notamment par le FBI, les pompiers allemands ou encore le Samu belge, est fiable mais il nous a fallu mettre au point la meilleure façon de le déployer. C'est l’équivalent d’un alcootest pour le cyanure, il est en vente libre et chacun peut l’acheter auprès du fabricant.

 

Gamme de coloration du Cyanokit allant de 1 à 7 (1 = Pas de cyanure, 7 = dose mortelle). Source : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2911244/ Gamme de coloration du Cyanokit allant de 1 à 7 (1 = Pas de cyanure, 7 = dose mortelle). Source : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2911244/
 

Cependant, le cyanure est éliminé très rapidement (en quelques minutes) comme l'indique la courbe rouge du graphique figure 1 ( https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3977587/). 

Il faut donc être rapide et obtenir un résultat instantané. 

Notre équipe a déployé ces tests sur les lieux de manifestation, et nous avons obtenu la participation de Fly Rider qui a publié son résultat sur son mur Facebook. (https://www.facebook.com/photo.php?fbid=10218926544451949&set=gm.201846600748752&type=3&theater)

 

Ce résultat peut par la suite être quantifié grâce à un appareil utilisant une caméra pour reconnaître la coloration, et dire à quelle dose de cyanure dans le sang il a été exposé. (https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30460362 )

 Nous rappelons qu'une dose de 1mg/l est le seuil critique choisi par le test, couleur violette (https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2911244/), pour alerter et prendre un antidote. 

La littérature déjà citée indique qu'on considère l'empoisonnement au cyanure à partir de 0,5 mg/l de sang ( https://jenonline.org/article/S0099-1767(06)00270-4/fulltext).

Photo prise le 20/04/2019. Des membres de l'équipe effectuent le test sanguin. Photo prise le 20/04/2019. Des membres de l'équipe effectuent le test sanguin.
 
Photo prise le 20/04/2019 - La couleur orangée indique une présence de cyanure dans le sang égal à 0,5 Mg par litre de sang soit une contamination cyanhydrique Photo prise le 20/04/2019 - La couleur orangée indique une présence de cyanure dans le sang égal à 0,5 Mg par litre de sang soit une contamination cyanhydrique

Photo prise le 01/05/2019. La couleur mauve indique une intoxication sévère au cyanure. Photo prise le 01/05/2019. La couleur mauve indique une intoxication sévère au cyanure.

Chaque prélèvement a été fait sur des personnes identifiées par nos équipes comme étant exposée de façon importante au gaz CS. 

Après avoir soigné le patient des effets immédiats dudit gaz nous lui avons expliqué la recherche que nous faisions et demandé si il voulait participer au protocole. Si la personne donnait son accord et ses informations personnelles, nous procédions alors à la prise de sang.

 

Au total 14 manifestants ont été  prélevés sur une quarantaine de manifestants secourus pour  amoindrir les effets physiques du gaz CS.

Chaque prise de sang a été faite dans le strict respect des protocoles que nous aurions en cabinet et, bien évidemment, sans aucune sorte de contrainte.

 

Enfin cette lettre n'est pas une chasse aux sorcières mais nous ne pouvons pas accepter les menaces et les discréditations gratuites.

 

Une personne a filmé une partie de cette complexe organisation et l’a ainsi détournée. Nous ne la blâmons pas car nous comprenons que ces images peuvent poser question quand l’on a pas tous les éléments du puzzle.

Cependant suite à la publication de cette vidéo notre chercheur en biologie a été menacé par plusieurs organismes. Un organisme se présentant comme très proche des Nations Unies (alors que nous avons la preuve que les Nations Unies n'ont aucun lies avec lui) a été particulièrement virulent à l’égard de ce chercheur.

Une des médecins de l’équipe a été  immobilisée par 4 hommes et frappée par l’un d’entre eux lors d'une manifestation.

Le 1er Mai 2019 soit la deuxième journée de prélèvements l’équipe a été menacée par certaines personnes du cortège. 

En aucun cas nous n'acceptons ces attaques mais si nous pouvons comprendre qu'en ce combat difficile, fatiguant et usant pour ceux qui se mobilisent depuis 26 actes, les mots ou les gestes peuvent être parfois déplacés sans que les personnes impliquées en aient vraiment la volonté.

 

Pour éviter cela il faut qu’après les explications scientifiques et l’exposition des faits nous parlions de la démarche qui nous anime :

 

Cette démarche est humaniste et réfléchie pour servir ces citoyens qui en plus du réel risque qu’ils prennent chaque samedi pour faire valoir leurs droits ou protéger les institutions, risquent aussi leur santé en inhalant aussi souvent ces gaz dangereux pour la santé.

Nous voulons faire éclater cette vérité et aider ceux qui nous entourent. 

 

Mais les animosités entre les citoyens  rendent service à un état ayant pour volonté de nous diviser. Nous en sommes donc au point où les travaux sont aujourd’hui stoppés car il est désormais impossible pour un membre de l’équipe de continuer à aider et à soutenir, du fait du risque de subir des représailles en allant dans les manifestations.

Encore une fois nous sommes altruistes, nous aimons les autres et nous voulons connaitre la vérité plutôt que de la cacher

 

Nous avons été contactés par plusieurs journalistes auxquels nous avons exposé les faits et sur les 4 articles parus à ce jour seul celui de Libération pose vraiment la question de l’intoxication plutôt que de la façon d'effectuer des relevés.

Depuis le début de ce mouvement nous constatons chaque jour une déformation des informations, de ce que les gens vivent et ne vous y trompez pas, il en de même sur ce cas.

 

Nous venons donc vers vous tous pour apaiser : gilet jaune, policier, manifestant sans gilet, street medics. Nous sommes dans le même camp face aux gaz. Nos actions ont été réfléchies, faites pour le bien de tous et dans le respect des victimes.

  

Renaud Fievet

Alexander Samuel

Josiane Clépier

 

 

L'info en + 

https://streamable.com/vbqs0

 

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