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Billet de blog 11 juil. 2022

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Et l'on créa un monstre nommé Israël

Connaissez-vous la définition du mot « propagande » ? Selon le Larousse, la propagande est une « action systématique exercée sur l'opinion pour lui faire accepter certaines idées ou doctrines, notamment dans le domaine politique ou social. » Cette définition s’applique à merveille au travail de la plupart des journalistes qui couvrent l’État d’Israël.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Lors d’un échange récent avec une personne, j’écrivais qu’« en Israël, les palestiniens (musulmans ou chrétiens) peuvent bien sûr voter, travailler dans le domaine qu’ils veulent, habiter où ils désirent et se marier avec des israéliens juifs. Cela devrait suffire pour comprendre la raison pour laquelle la comparaison entre Israël et apartheid est mal choisie. »

Il faut dire que contrairement à beaucoup de personnes qui ont un avis bien tranché sur la nature de l’État d’Israël, j’y vis. La différence a son importance.

Loin de moi d’affirmer que ma présence en ce pays me permet de tout connaître dans sa façon de fonctionner. Pourtant, vivre chaque jour en Israël, me permet bel et bien d’affirmer ce que j’ai écrit précédemment.

Ainsi, après avoir dit cela à la personne avec laquelle je communiquais, je reçus sa réponse : « À la lumière de ce qu'ai pu lire, ce que vous dites est tout simplement faux. »

Cela fait bien longtemps que j’ai dépassé l’âge de la jeunesse et avoir un certain âge me permet le plus souvent de relativiser les surprises – bonnes ou mauvaises – que la vie réserve.

J’avoue pourtant que cette fois-ci, le coup fut rude.

Dans quel monde vivons-nous ?

Comment expliquer l’impression fausse de cette personne ? Comment – à l’heure d’Internet et de son flot incessant de nouvelles du monde entier – peut-on en arriver à penser qu’en Israël, un palestinien ne vote pas, ne peut pas travailler dans le domaine qu’il désire, ne peut pas habiter où il désire, ni se marier avec la personne de son choix, même si celle-ci est juive ?

En me répondant que je mentais, mon correspondant avait inséré le lien d’un article parut récemment sur Mediapart à propos d’Israël. À sa lecture, je compris avec plus de facilité le problème auquel je faisais face.

Connaissez-vous la définition du mot « propagande » ?

Selon le Larousse, la propagande est une « action systématique exercée sur l'opinion pour lui faire accepter certaines idées ou doctrines, notamment dans le domaine politique ou social. » Cette définition s’applique à merveille au travail de la plupart des journalistes qui couvrent l’État d’Israël (1).

Le titre que j’ai donné à mon article pourrait être celui d’une thèse de doctorat dont le sujet serait la façon dont Mediapart a traité – et traite jusqu’à ce jour – les informations à propos d'Israël.

Il y a quelques années, j’avais été en contact avec Pierre Puchot, le journaliste qui s’occupait alors d’Israël sur Mediapart. Je lui avais dit que la façon dont Mediapart traitait Israël pouvait laisser penser que dans ce pays, les palestiniens sont des citoyens de seconde classe sans droits, ou en tout cas avec des droits inférieurs par rapport à ceux que les juifs possèdent.

Pierre Puchot m’avait répondu en me disant qu’il était évident que les lecteurs savaient qu’en Israël tous les citoyens possèdent les mêmes droits, y compris les palestiniens. C’est sans doute pour cette raison que Mediapart ne s’intéresse presque jamais à ce qui se passe à l'imtérieur des frontières d'Israël, mais seulement dans les territoires occupés.

La réponse de mon correspondant démontre qu’il n’en est rien : la majorité du public ne connaît pas la véritable situation des palestiniens en Israël et cela est bien regrettable.

Avant d’expliquer les raison pour lesquelles cela est regrettable, qu’on me permette deux anecdotes.

© Iris Hassid

Apartheid au quotidien ?

Il y a quelques années, l’ancien président de l’État d’Israël – Moché Katsav – fut obligé de démissionner suite à une condamnation pour harcèlement sexuel. Le président fut jugé par un tribunal composé de trois juges, dont un (George Kara) qui est palestinien. Cela est plutôt étonnant pour un pays dans lequel les palestiniens sont censés vivre dans une sorte d’apartheid.

De plus, le poids du juge palestinien fut déterminant car ils ne furent que deux juges à rendre un verdict aussi sévère et le juge palestinien faisait partie de ces deux. Le troisième juge voulait condamner le président à une peine de quatre années seulement.

Le jour où l’on trouvera dans les archives de l’Afrique du Sud qu’un juge noir condamna un président blanc de ce pays, qu’on me le dise.

La deuxième anecdote est plus personnelle. Il fut un temps où je m’occupais des jeunes délinquants. Mon travail consistait à accompagner psychologiquement des mineurs devant les juges et plus particulièrement lors des procès.

Je me souviens en particulier d’un procès. Un jeune âgé de seize ans avait volé trois téléphones portables à un jeune adulte. Il s’était fait prendre par la police et il passait devant le tribunal. Au procès, la victime était présente, tandis que j’accompagnais l’accusé. Le juge rendit son verdict : le jeune accusé devait rembourser la valeur des trois téléphones portables et effectuer une peine de travail communautaire de quelques dizaines d’heures.

Le jeune voleur était juif, tandis que la victime était un arabe palestinien. À aucun moment, ces facteurs avaient été pris en compte par le juge et cela est heureux. Imagine-t-on une telle scène dans un pays d’apartheid ?

On ne devrait certainement pas déduire de ces deux exemples – pris comme symbole – que l’État d’Israël est parfait. Je tenais néanmoins à les citer pour montrer combien les accusations d’apartheid sont infondées. Sans plus.

Un traitement regrettable de l’État d’Israël

Tous les articles publiés par Mediapart sur Israël vont dans la même direction : Israël est condamné pour ses différents comportements à l’égard des palestiniens dans les territoires occupés, peu importe ce qu’il fait et peu importe aux situations auxquelles cet État réagit.

À force de parler d’Israël seulement lorsqu’il est question de l’oppression dont sont victimes les palestiniens dans les territoires occupés, le public en vient à penser que dans tout Israël, les palestiniens n’ont aucun droit.

Mediapart et les journalistes qui y travaillent le savent. Ils savent l’effet dévastateur de leurs articles qui mettent en cause Israël, d’une façon continuelle et sans jamais rappeler la situation – très différente – des palestiniens qui vivent dans ce pays et non pas dans les territoires occupés.

Faisant cela, ils opèrent une « action systématique exercée sur l'opinion pour lui faire accepter certaines idées ou doctrines, notamment dans le domaine politique ou social ». Ceci est la définition de la propagande.

Cela produit l’effet auquel je faisais référence en début de mon article sur des personnes qui pensent bel et bien qu’Israël est l'équivalent de l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid.

Lorsque je dis que cela est regrettable, je n’ai pas à l’esprit l’État d’Israël, mais plutôt les palestiniens eux-mêmes.

Tout le temps, l’énergie et la force que Mediapart dépense pour parler d’Israël – et toujours à ses dépends – ne permet certes pas de faire savoir au public que c’est en Israël que les arabes, en l’occurrence les palestiniens, vivent le mieux par rapport à ce qui se passe dans l’ensemble du Proche-Orient.

Qu’on y pense : dans quel pays au Proche-Orient un arabe peut-il :

  • Vivre son homosexualité sans peur ;
  • Exprimer son opinion pour s’opposer avec la plus grande virulence contre le gouvernement en place ;
  • Enfreindre toutes les lois de l’islam, sans que sa vie soit mise en danger ;
  • Se convertir à une autre religion ?

Pourtant, lorsque je dis que l’effet produit sur le public par la couverture de Mediapart est regrettable, je pense à ces années pendant lesquelles ce média a préservé les leaders palestiniens – de l’Autorité palestinienne et du Hamas – dans le confort de leur dictature (selon le Larousse, une dictature est un : « régime politique dans lequel le pouvoir est détenu par une personne ou par un groupe de personnes (junte) qui l'exercent sans contrôle, de façon autoritaire » (Les italiques sont de moi).

Le mot est fort, mais pourtant, il correspond à ce que vivent les palestiniens en Cisjordanie. L’Autorité palestinienne et le Hamas ont annulé les élections depuis le 25 janvier 2006. Cela fait maintenant seize années que ces organisations exercent leur pouvoir d’une façon illégale et bafouent tous les droits de l’homme. Pourtant, silence radio de Mediapart.

Cela fait seize années que le Hamas gère d’une main de fer le quotidien des palestiniens en s’inspirant des lois de la Sharia. Silence radio de Mediapart.

Cela fait seize années que Mahmoud Abbas – président de l’Autorité palestinienne – s’enrichit d’une façon illégale, digne successeur de Yasser Arafat qui en avait fait de même. Silence radio de Mediapart.

Cela fait seize ans que ces deux organisations sont nullement intéressées par la paix avec Israël ; la première pour une question de Sharia et la seconde afin de continuer à s’enrichir sur le dos de la population palestinienne. Silence radio de Mediapart.

(1) Par contre, je salue le travail d'investigation des journalistes de Mediapart et leur couverture de la politique française.

À suivre...

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