Lettre ouverte d’un citoyen lambda à la royauté démocratique Française

N’oubliez jamais une chose : les 99 % que vous connaissez peu sont ceux qui paient votre salaire et vos factures d’électricité. En continuant la politique de vos prédécesseurs, vous continuez à leur montrer votre désintérêt, et vous savez même dans un pays paraissant stable, il suffit d’une allumette pour embraser le tas de brindilles sur lequel vous êtes assis.

Monsieur le Président,

Je m’appelle Pierre Valquiri, un Français de ce siècle. Né de l’union d’un père Français et d’une mère immigrée tunisienne naturalisée à 25 ans, j’ai grandi en France et à l’étranger.

N’étant pas le meilleur élève et mes parents subissant des problèmes financiers, j’ai commencé à travailler dans l’audiovisuel dès l’obtention de mon bac. Je n’ai jamais compté mes heures dans mon travail ni mon investissement que je sois missionné pour surveiller un tournage ,pour nettoyer les toilettes de grands acteurs ou plus tard diriger une équipe de tournage.

J’aime ce pays où j’ai grandi et que j’ai tant parcouru. Une grande partie de mes proches sont militaires, beaucoup se sont battus pour la France, ont fait couler leur sang pour la défendre, souvent jusqu’à donner leur vie. Nous avons toujours défendu notre France depuis le 17ème siècle ; notre histoire familiale est riche d’aventures et de sacrifices pour notre terre.

Dans cette famille nous sommes tous des travailleurs. De cette fameuse France qui se lève tôt, travaille sans cesse et ne se plaint pas des politiques qui, eux, nous respectent de moins en moins. Sans parler de nos situations personnelles et d’un système fiscal qui nous a toujours désavantagés. Maintenant prenons un peu de hauteur sur la France d’aujourd’hui.

Force est de constater que nos impôts restent les mêmes, que nos sacrifices deviennent plus grands mais que les services de l’Etat disparaissent à tous les niveaux. Et l’Etat continue de nous demander d’encore serrer la ceinture car la pays va mal. Une sorte de « caste » au sommet de la pyramide reste avantagée – caste dont vous connaissez bien les membres : politiques, élus de toutes tendances, grand patron,... Vous les avez rencontrés au fur et à mesure de votre carrière, et ils vous ont fait grandir, franchir chaque étape.

Ces mêmes personnes vivant de nos impôts ou de la consommation des Français. Ces personnes dépendantes de nous le bas peuple, les « sans dents », profitent d’un système leur offrant l’impunité totale, le loisir de ne pas payer leur impôts, de déclarer leurs revenus en Belgique et de ne pas être inquiétés par la justice car ils ont une puissance financière qu’un jeune actif moyen ou une mère de famille de province n’auront jamais.

Si je ne me trompe le premier rôle de l’Etat est de protéger son peuple des abus et de punir ceux qui ne respectent pas les règles.

Je suis totalement d’accord avec la nécessité de respecter ces règles à condition qu’elles soient les mêmes que l’on gagne 1000 ou 1 million d’euros par mois. Mais en fait ces passe-droits ont mis en place une justice à 2 vitesses. On pourrait en donner mille exemples démontrant ce fait mais cette lettre n’est pas une invitation à la chasse aux sorcières.

Ces mêmes politiques, grands patrons, députés profitant et vivant sur le système sans jamais être inquiétés cela ne vous rappelle pas quelque chose ? Une société où les privilèges sont monnaie courante ? La réponse, vous l’avez bien sûr déjà.

Ainsi après une révolution, et des années de terreur, nous nous retrouvons aujourd’hui dans la même situation qu’il y a quelques siècles. 

Même notre Président n’est pas si différent d’un louis XVI : né dans un milieu privilégié, ayant grandi, couvé par son entourage, commençant sa formation dans des établissements privées ou ultra sélectifs et évoluant grâce à un carnet d’adresses sans jamais avoir à s’inquiéter de la façon d’obtenir sa nourriture ou de payer son loyer.

C’est peut-être légèrement candide de penser ainsi mais mon sentiment est qu’il faut connaitre la vie des Français pour être à leur service. Et leur inquiétude, la vraie inquiétude : celle de se retrouver à la rue demain.

Il serait intéressant que vous vous déplaciez quelques jours par mois dans d’autres villes : Villiers le bel, Colmar, Lille par exemple. Et ce bien sur sans caméra ni gros bras. 

Cela vous permettrait de découvrir cette vraie France et d’y vivre : manger un maffé à Villiers le Bel dans une tour devenant ruine, une choucroute dans une ferme alsacienne, de boire une bière blonde à Roubaix au milieu de quartier où 30% des habitants sont chômeurs. Et pour découvrir aussi la résultante des situations que vous mettez de côté, que diriez-vous d’un thé à la menthe dans la jungle de Calais où votre sytème laisse mourir à petit feu des humains arrivés ici après avoir vécu l’enfer ? Ou d’une soupe au centre Emmaüs de La Chapelle ? Une chipolata ketchup devant le piquet de grève d’une usine de l’Est du pays dont l’élite se moque ? Un plateau de fromages avec les cheminots et vous pourriez finir avec un chocolat chaud à la ZAD de Notre Dame des Landes. Joli programme.

C’est ça aussi la France, cette France que l’on vous a confiée : ne pas s’y intéresser c’est montrer que l’on ne la respecte pas, peut-être même qu’on ne l’aime pas. Et cette France comme je la connais ne se soucie pas des origines, de son milieu social, elle survit tout simplement 

Pour finir n’oubliez jamais une chose : les 99 % que vous connaissez peu sont ceux qui paient votre salaire et vos factures d’électricité. En continuant la politique de vos prédécesseurs vous continuez à leur montrer votre désintérêt, et vous savez même dans un pays paraissant stable, il suffit d’une allumette pour embraser le tas de brindilles sur lequel vous êtes assis.

 

A votre disposition.

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