Lettre ouverte d’un citoyen lambda à la royauté démocratique Française - 2ème édition

D’ailleurs nous sommes vos employeurs et, par expérience, je peux vous assurer qu’un employeur qui veut virer à tout prix un employé protégé y arrive toujours.

Monsieur le Président,

Cela faisait bien longtemps que je ne vous avais pas écrit, j’espère que, dans ces moments difficiles, ma lettre écrite le 1er mai dernier vous a parue prophétique.

 Elle est en effet arrivée cette révolte, celle que l’on sentait tous !

 A quelques heures d’un acte XII, d’un acte IV pour la manifestation des femmes et d’une IIème nuit jaune, je reste mobilisé. Certains en rêvaient depuis des décennies, et vous vous ne l’imaginiez même pas. C’est attristant mais au fond il aurait été compliqué pour vous de prévoir ce soulèvement populaire alors même que vous n’étiez pas né et que leurs aïeux préparaient déjà la politique qui vous permettrait de prendre le pouvoir plus de quarante ans plus tard.

 J’avais donc raison le 1er mai dernier : vous ne l’aimiez pas notre France et ces Français, contre qui  vos ministres vont semer la terreur dans les manifestations. 

Ces gueux qui ne veulent que vivre mieux : vous les gazez, leur arrachez les yeux, les mains, vous les assommez à coups de matraques. 

Je reste ahuri de voir avec quels efforts vous essayez de décimer ces manifestants, de les vampiriser, cachant les faits, les violences policières. Ainsi vous faites croire à nos concitoyens que le gilet jaune moyen n’est autre qu’un monstre fasciste, assoiffé du sang des policiers et profitant du système - N'étant pas suffisamment doué en dessin voici la façon dont vous devez voir les gilets jaunes via un montage photo - :

 © Pierre VALQUIRI © Pierre VALQUIRI

C’est drôle au fond, vous n’avez jamais vraiment osé parler à ceux qui appuient là où ça fait mal, vous ne les avez jamais appelés par le nom qu’ils revendiquent, préférant le terme de foule haineuse. On appelle ça la stratégie de l’autruche, pas besoin de l’expliquer une simple recherche vous permettra d’y accéder.

Je regardais à l’assemblée vos pantins se débattre sur la loi « anti-casseurs » que l’on pourrait plus simplement appeler la loi « anti-contestation » : plus de pouvoirs aux autorités locales pour interdire des manifestations, pour interdire le « transport sans motif légitime d’objets pouvant constituer une arme », expression vaseuse qui permettra aux préfets de considérer comme une arme un masque à gaz ou un masque de ski, devenu les outils obligatoires pour manifester sans subir vos attaques lacrymogènes injustifiées.

 Votre ministre Castaner défendait le fait que les policiers n’ont jamais surréagi lors des précédentes manifestations. J’ai ri quand il a ensuite parlé des journalistes qui selon lui n’ont jamais été embêtés : or, rien qu’à mon petit niveau  j’ai été systématiquement menacé et insulté par vos agents de la BAC, dont une des équipes a pointé un flashball dans mon dos en effaçant des images sur mon boitier alors que je venais de filmer un acte de violence policière d’une rare intensité – le matraquage d’une femme isolée, hurlant de terreur - tandis que des grenades roulaient à mes pieds alors que, tout autour, la situation était calme. 

 Etant un homme de médias, je ne pensais pas que la désinformation puisse être aussi répandue, et j’assiste ainsi à un décalage complet entre les informations relayées par les grand médias et ce que je filmais, ce que je récupérais lors d’entretiens sur le vif ou encore tout ce que je ressentais sur le terrain.

Dans mon métier j’ai appris quelque chose : dans une négociation on a déjà perdu si quelqu’un a précédemment accepté des conditions inacceptables. Ainsi tel un cancer vous eesayer de nous réduire par petits bouts et ça ne pourra aller que de mal en pis.

Mon cher monarque ayez honte, honte de vous, honte de votre silence, honte du sang que vous avez sur les mains, honte pour ne penser qu’à des doctrines économiques en oubliant l’être humain, honte pour la façon dont vous méprisez le peuple des ronds-points et ceux qui vivent à l’euro près, honte de détruire ces vies de retraités, des vies de familles en éborgnant leurs membres ; mias je préfère en rester là alors que je pourrais faire quelques centaines de lignes sur toutes les hontes qui devraient vous accabler.

Tous cela pour vous annoncer que j’aurai samedi un habit jaune pour montrer mon soutien et que la neutralité que j’ai voulu préserver en tant qu’observateur n’est plus une option après ce que j’ai vu en plus de deux mois de lutte.

Cette lettre comme tout les autres envoyées chaque jour par les Français ne vous touchera pas, et peut être, d’ailleurs, ne la lirez vous même pas. 

Mais vous ne pourrez pas vous cacher éternellement : un jour, dans quelque temps, même si vous réussissez à faire taire ces voix, vous croiserez un gilet jaune , peut-être un humble jardinier travaillant à l’entrée de votre ville, mais vous aurez un doute en le voyant. Ils seront invisibles mais ils seront toujours là.

D’ailleurs nous sommes vos employeurs et, par expérience, je peux vous assurer qu’un employeur qui veut virer à tout prix un employé protégé y arrive toujours.

 

A votre disposition

 

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