Avec la découverte du code génétique et de l'ADN, l'humanité a fait un nouveau bond.

Cette découverte confirme le bond conceptuel révolutionnaire de la théorie de l'évolution naturelle, et l'extraordinaire unité du monde vivant : la bactérie, le singe, l'homme...
Elle annonce aussi un nouveau bond technologique, plus révolutionnaire encore que la connaissance de l'électricité, ou de la physique du solide qui a produit le premier transistor en 1947, puis les méga-super-puces électroniques aujourd'hui : connaissant l'ADN, il est possible maintenant d'agir sur le vivant. C'est déjà commencé avec les OGM ; dans ce domaine nous sommes en 1947.

L'opposition aux OGM est passionnée dans quelques pays. On s'oppose, sans trop savoir de quoi il s'agit, mais on s'oppose avec passion. Mais maintenant il est devenu important de répondre à la question : "c'est quoi un OGM" ? On croyait savoir, on s'aperçoit qu'on ne sait pas. Les écologistes sont tombés des nues il y a quelques années à peine, après leur découverte tardive des mutants : "c'est quoi ces mutants ?" Sont-ils des OGM ou non ?

La question est devenue brûlante, parce que la connaissance de plus en plus précise de l'ADN fait naître de nouvelles techniques tous les jours ou presque, permettant de modifier l'ADN, facilement, rapidement, précisément. Il s'agit des NPBT (new plant breeding techniques), dont par exemple CRISPR-Cas9. Ces techniques permettent "d'éditer les gènes", comme les éditeurs de texte permettent de corriger et améliorer un texte. Elles rendent possible de corriger un gène fautif comme on corrige une faute d'orthographe, d'améliorer un ADN en remplaçant un gène par un autre, comme on remplace un mot par un autre, plus juste.
On peut ainsi créer une variété nouvelle en "éditant" une plante.
D'où la nouvelle question : "c'est quoi une variété éditée ?"OGM ou non ? Pour les opposants aux OGM, la ligne de partage des eaux est balisée par le mot "naturel". Ces nouvelles plantes éditées, sont-elles naturelles ? 

D'où la question ultime : "c'est quoi le naturel ?"

Faisons un inventaire, qui n'épuise pas la question.

- Les nouvelles variétés dites "naturelles".

Autrefois, elles étaient... naturelles. Obtenues au hasard des champs, sans autre intervention des hommes qu'une lente sélection des meilleurs individus d'une même espèce. Une nouvelle variété naissait par mutation naturelle, ou par croisement naturel entre variétés voisines. Une variété aux propriétés alimentaires ou commerciales intéressantes obtenait ainsi un nouveau gène intéressant, par exemple un gène de résistance à un ravageur.

Mais, ce qui pouvait se faire aussi simplement, facilement, naturellement, autrefois... a maintenant été déjà fait ! Il faut se résoudre à utiliser de nouveaux moyens, même s'ils ne sont pas vraiment naturels. En effet, les nouvelles variétés qui sont encore dites naturelles sont maintenant obtenues en forçant la nature : en forçant les mutations, ou en forçant des croisements entre parents de la même espèce mais très éloignés, ou même d'espèces différentes voisines. Ce sont des mariages forcés, et le moment venu, les conjoints refusent de copuler. La nuit de noces ne se passe pas joyeusement dans les champs, mais en laboratoire sous la contrainte de marieurs en blouses blanches. Pour forcer des mutations ou des croisements improbables, non naturels, les marieurs en blouses blanches – il s'agit des sélectionneurs – n'utilisent pas d'artifices érotiques, mais des marteaux-pilons pour ADN : attaques par des produits chimiques toxiques, expositions à des rayonnements...

C'est ainsi que sont apparues des variétés obtenues par mutagenèse induite, et des variétés issues de croisements forcés par des artifices de laboratoire. Les nouvelles variétés qui sont encore dites "naturelles" ne sont plus conçues dans les champs, mais dans des éprouvettes !

Le blé Renan, champion des blés utilisés en agriculture biologique, a été obtenu par ces moyens artificiels.

- Les "vieux" OGM, "classiques".

Ils sont aussi obtenus au moyen d'interventions humaines, comme les nouvelles variétés naturelles.
Mais dans le cas des OGM, il s'agit d'interventions précises, laissant peu de place au hasard.

Les techniques de transgenèse permettent de transférer un gène d'une espèce à une autre espèce totalement différente. Cela n'est pas naturel, ce sont des chimères, disent les opposants aux OGM, qui tentent de les faire interdire.

- Les nouvelles variétés produites par les NPBT.

Elles résultent aussi d'interventions humaines, rendues plus faciles par les nouveaux outils. La plupart ne sont pas des "chimères", elles n'ont que leur propre ADN, mais qui a été "édité". Elles comportent un gène qui a été modifié par les hommes, comme il aurait pu être modifié au hasard d'une mutation naturelle ; c'est naturel. Avec la différence que les hommes le font précisément. Ils créent l'équivalent d'une mutation naturelle, presque à la demande, sans attendre des millénaires, et surtout sans passer par les hasards de la nature et leurs risques. La nature, en mieux. 

Mais alors, que sont ces nouvelles variétés ? Soumis à la question par les Verts, les experts, du Haut conseil des biotechnologies, de la Commission européenne, etc., souffrent, s'arrachent les cheveux, se hâtent de ne pas répondre. Les Verts, eux, ne se posent pas de questions, ils savent – de la façon que généralement ils savent savoir, c'est-à-dire sans une ombre de doute ; "Ils croient qu'ils savent, mais ne savent pas qu'ils croient." Verdict des Verts : ces variétés sont des OGM masqués ! Des "nouveaux OGM", des "faux OGM", des "OGM cachés". 

Le hasard - et ses dangers - seraient-ils l'ultime critère de naturel ? 

En résumé, les nouvelles variétésqu'elles soient dites naturelles ou certifiées 100 % OGM, ou seulement "faux OGM", ou "contrefaçon d'OGM"résultent toutes d'artifices et de manipulations, elles sont toutes artificielles.

Toutefois, il existe quand même une différence : le hasard.

- Les nouvelles variétés dites naturelles résultent de manipulations grossières et / ou de croisements forcés artificiellement. Les manipulations grossières comportent une part de hasard. Les croisements aussi sont hasardeux, parce que la nature fonctionne naturellement au hasard : le bébé à venir sera-t-il un garçon ou une fille ? Sera-t-il blond ou brun ? C'est la nature qui en décide, au hasard. Les nouvelles variétés dites naturelles sont le fruit du hasard. 
C'est par ces hasards de la nature que les nouvelles variétés dites naturelles comportent les gènes d'intérêt qui étaient recherchés, mais aussi, généralement, des gènes inconnus. Par principe de précaution, ces nouvelles variétés naturelles devraient être interdites, ou au minimum, soigneusement contrôlées. 

- Les variétés OGM, vraies ou "fausses", sont au contraire obtenues par des modifications limitées, précises, connues, de l'ADN, ne laissant pas place au hasard.

Paradoxalement, les nouvelles variétés dites naturelles, celles qui comportent le plus de hasard, d'inconnues et de risques, sont acceptées les yeux fermés, sans contrôles.

Paradoxalement, ce sont les nouvelles variétés qui comportent le moins de hasard, d'inconnues et de risques,les OGM vrais ou faux, qui sont contrôlées, et qui effraient quand même quelques vieux pays, lesquels voudraient les interdire. Ce qui n'empêche pas les surfaces plantées en OGM dans le monde de croître. 

http://ecologie-illusion.fr/OGM_mutagenese_transgenese_OGM_caches_TIS.htm 

 

 

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