le tour du monde du foot (2/7)

Dans ce deuxième épisode du tour du monde du foot, nous allons voir pourquoi l'Amérique latine s'est intéressée à ce sport anglais, comment ils sont devenus si forts, et pourquoi les sélections nationales sont elles en déclin. Nous pousserons aussi la réflexion en se demandant ce qui fait une nation de football.

C'est un fait, le football nous provient d'Angleterre, pourtant, de nombreux observateurs désignent l'Amérique latine comme la principale terre de notre sport, là-bas le foot ne vit pas, il fait vivre. Car dans ces terres lointaines, le foot n'est pas juste un sport. Il sert d'ascenseur social, de passe temps, de passion, d'instrument de socialisation... 

           La réponse à la question posée plus tôt, pourquoi l'Amérique latin s'est t‘elle intéressée au foot est historique. En effet, au XIXème siècle, l'Angleterre dispose de la flotte maritime et militaire la plus puissante du monde. Grâce à cette flotte, les anglais restent en capacité de faire du commerce avec les anciennes colonies espagnoles et portugaises et deviennent des interlocuteurs privilégiés pour les peuples du sud de l'Amérique. Et tout naturellement les anglais ont importé leur tout nouveau jeu chez leurs alliés commerciaux, qui se sont pris tout aussi naturellement au jeu.

         Le sport devient plus organisé, des clubs naissent dans tous les pays, au Chili, le FC Valparaiso apparaît dès 1886, en Argentine, c'est en 1889 que le Buenos Aires Football Club ouvre ses portes. Ces événements précèdent de peu la création de ligues nationales comme celle d'Argentine en 1895 ou du Brésil en 1914. Malheureusement, tout comme en Europe, les classes sociales très divisées se reflètent dans chaque club. Par exemple le club de Fluminense créé en 1902 et toujours en activité ( c'est l'ancien club de Gerson, la dernière recrue de l'OM ), est historiquement noble. Ses créateurs sont des aristocrates et son stade est dans un quartier huppé de Rio de Janeiro. Cette distinction garde néanmoins un aspect positif puisque les rivalités sont accrues, par exemple entre River Plate, club d'une banlieue aisée de Buenos Aires et Boca Junior, qui est historiquement près des bidonvilles. 

        Le football devient donc très populaire, très accessible, toute la population y joue, mais rarement mélangé. C'est ainsi que l'Amérique latine développe une culture de ce sport. Les jeunes Brésiliens, Argentins, Chiliens, Péruviens jouent dans des rues, des stades, à l'école, bref où ils peuvent. C'est pour eux un moment de convivialité avec des amis loin des problèmes en rapport avec leur niveau de vie. Le foot de rue forme des stars qui jouent pour les plus grands clubs et deviennent des modèles pour les plus jeunes qui veulent leur ressembler et qui se mettent donc à jouer au foot de rue. Cette boucle a donné des générations de légendes, les Carlos Alberto, Carlos, Pelé, Maradona, Messi, Zanetti, Villanueva, Vidal et autres, tous d'origine modeste, ont fait rêver leur nation et inspiré les jeunes de leur pays respectif. Avec eux 9 des 21 éditions de la coupe du monde de foot sont revenues à des équipes sud-américaines.

         Pourtant, les résultats récents des sélections nationales sont moins appréciés des fans. En effet, comme dit à l'épisode précédent, cela fait presque 20 ans qu'une sélection sud-américaine a gagné la coupe du monde, on assiste aussi au déclin inexorable de la sélection argentine, pourtant finaliste face à l'Allemagne de la coupe du monde 2014. La génération dorée du pays est déchue et le sera encore plus quand Lionel Messi, seul garant des faibles résultats de l'albiceleste, partira à la retraite. L'un des grands malheurs de l'équipe nationale argentine et plus particulièrement de la formation du pays est le manque de défenseurs. Le problème vient des racines et des équipes de jeunes où l'on force les jeunes joueurs à devenir attaquant pour avoir une plus grande valeur marchande et rapporter plus de liquide au club formateur. Comme souvent dans le foot, l'argent est un médicament et sa maladie

          J'ai employé plus tôt le nombre de 9 coupes du mondes gagnées par des équipes nationales sud-américaines, il est important notamment de nuancer ce chiffre. Ces neufs coupes n'ont été remportées que par 3 pays différents, 5 victoires pour le Brésil, 2 pour l'Argentine et l'Uruguay. Et rien pour les autres nations, qui gardent pourtant une audience, un nombre de spectateurs substantiel et surtout bien plus fidèle et bien moins regardante des résultats qu'en Europe. Cela est dû au fait que les supporters vivent avec ces sélections qui font partie bien plus intégrante de leur culture, un attachement qui semble trop important pour des yeux extérieurs. Pourtant, les sélections et le foot sont un moyen de s'échapper pour beaucoup de citoyens dans des situations compliquées. L'autre raison est la proximité qui se lie entre le peuple et les joueurs. Ces derniers représentent leurs origines et permettent aux supporters de s'identifier facilement en ces héros.

          En résumé, le foot, bien qu'étant un sport anglais, est devenu l'âme des pays d'Amérique du Sud. Cet attachement qui va pourtant au de la des résultats des équipes, reste tout de même sous les ordres de l'argent et force les formateurs à se concentrer seulement sur les jeunes ayant la plus belle valeur marchande, forçant des sélections légendaires a tomber dans l'oubli.

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