Brésil : tsunami bolsonarista aux présidences des deux Chambres

Le député Arthur Lira, prévenu dans deux affaires de corruption et de détournement de fonds publics, présidera l'Assemblée nationale les deux prochaines années. Elu le 1/2 avec 302 votes sur 503 votants, il a infligé une déroute au candidat d'autres droites, Baleia Rossi (MDB) - allié au PT - avec 145 votes. Au Sénat, Rodrigo Pacheco (DEM) a obtenu 57 votes contre 21 à la candidate du MDB.

Arthur Lira (Progressistas) aura donc été élu avec le soutien de onze partis : Progressistas, PL, PSD, Republicanos, PROS, Patriotas, Podemos, PSC, PTB, PSL et Avante. Il est dorénavant le deuxième homme politique du pays dans la ligne hiérarchique. Un homme de Bolsonaro, soldat de Bolsonaro. Un député sous le coup d'une enquête policière et judiciaire pour un tentaculaire détournement de fonds publics multi millionnaire entre 2001 et 2007, dans l'Etat d'Alagoas. A la Cour Suprême (STF), Arthur Lira est encore prévenu, dans une affaire de corruption et aussi dans Lava Jato, pour appartenance à une organisation criminelle.

Le député fédéral du parti Progressistas a également compté sur une aide supplémentaire du gouvernement et des  premiers cercles civil et militaire du président Bolsonaro, qui a multiplié cette dernière semaine les négociations en sous-main pour le faire élire. Les adversaires ont accusé avec raison le pouvoir exécutif de dégager, en échange du vote pour Arthur Lira, des ressources supplémentaires permettant aux parlementaires d'investir dans des travaux de toutes sortes dans leurs circonscriptions électorales.

Le président Bolsonaro a également signalé qu'il pourrait recréer de nouveaux ministères pour accueillir les nominations des partis qui ont soutenu Lira, puis a nié cette intention de rouvrir les dossiers.

Du total de cinq cent treize députés fédéraux, plus de deux-cent soixante dix députés du bloc qui soutenait l'autre candidat Baleia Rossi s'étaient, il y a deux semaines, fermement engagés pour ce nom. Plus de cent trente d'entre eux auront donc trahi et inversé leur promesse de vote, en deux semaines. Tous apâtés par les engagements sonnants et trébuchants de Jair Bolsonaro. L'une des sources les plus sérieuses, en l'occurence le journaliste Patrick Camporez de l'Estado de São Paulo, évoque un budget total supplémentaire de 3 milliards de reais (500 millions d'euros) ajouté aux 504 millions de reais (77 millions d'euros) de coûts des amendements futurs concédés par anticipation officieuse aux députés votants pour Lira, par Jair Bolsonaro lui-même, ces derniers jours.

L'histoire du Brésil politique, post-dictature militaire, c'est aussi et d'abord l'histoire de l'arrivisme, de la lâcheté, de l'incohérence, de l'opportunisme, du mensonge et de l'hyprocrisie généralisées. L'histoire du " toma lá, dá cá ".

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