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Billet de blog 5 déc. 2022

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BRÉSIL L'agro négoce formaté par les banques et fournisseurs américains et européens

Une enquête parue en juillet 2022 montre le rôle, pour le gouvernement militaire, de 2019 à avril 2021, des transnationales pour démanteler les lois environnementales/sanitaires: les américaines Cargill et Bunge, les allemands Bayer et Basf et la suisse Syngenta. Les fonds BlackRock, JP Morgan Chase, CitiGroup, Bank of America, Vanguard et Dimensional ont investi 4,12 milliards US$ vers l'"agro".

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L'enquête "Os Financiadores da Boiada" (PDF, 26 p.) a montré que plusieurs des géantes entreprises commerciales transnationales ont rencontré au moins 278 fois des membres de haut rang du ministère de l'agriculture, de l'élevage et de l'approvisionnement (MAPA). Pour "évoquer", entre autres secteurs, l'assouplissement des règles relatives aux pesticides, l'autorisation de tester les nouveaux produits chimiques sur le terrain (et non pas dans des laboratoires) et aussi l'auto-inspection sanitaire.
 
Les données obtenues par De Olho nos Ruralistas indiquent que Syngenta a été le premier interlocuteur du gouvernement bolsonariste, avec 81 réunions ; il était suivi par la multinationale brésilienne de la viande JBS, avec 75 réunions, le groupe chimique et pharmaceutique allemand Bayer et ses 60 rencontres bi-latérales, son concurrent le chimiste allemand Basf, 26, le suisse Nestlé, vingt-trois et le géant américain de l'agro alimentaire et des commodities Cargill, avec 13 réunions à Brasilia. 
  

© De olho nos ruralistas (2022)

L'enquête montre par ailleurs que six groupes financiers mondiaux sont en tête des investissements dans les entreprises liées à l'IPA, lobby en col blanc de l'agro business. Ensemble, les banques JP Morgan Chase, Bank of America et Citigroup et les fonds BlackRock, Vanguard et Dimensional ont transféré 4,12 milliards de dollars à des entreprises impliquées dans le financement du lobby des grands propriétaires et producteurs de l'agro alimentaire à Brasília.
 
Au total, entre 2019 et avril 2021, les banques transnationales et les fonds d'investissement ont apporté 27,06 milliards de dollars aux entreprises qui constituent la chaîne de financement de l'Instituto Pensar Agro (IPA)*, formé de 48 entités productives de l'agro négoce, le cerveau pensant [lobby] du Front parlementaire pour l'agroalimentaire (FPA) - un temps dirigé par João Henrique Hummel** - et de l'ensemble de mesures anti-environnementales votées au parlement à Brasilia. 
 

L'enquête montre qu'au cours des trois années étudiées, le "chouchou" des capitaux étrangers était Suzano Papel e Celulose. Entre 2019 et 2021, le groupe a reçu 14,03 milliards de dollars de la part de banques et de fonds d'investissement mondiaux, ce qui équivaut à 51,9 % du total investi dans les entreprises liées à l'PA sur la période. Les principaux bailleurs de fonds de la société étaient Bank of America (791,3 millions de dollars), JP Morgan Chase (774,8 millions de dollars) et BlackRock (525,5 millions de dollars). L'intérêt des investisseurs est principalement dû à la fusion avec Fibria Celulose (ex-Veracel), annoncée en 2018 et réalisée l'année suivante. Le processus a abouti, virtuellement, à un monopole : Suzano S.A., le fruit de la fusion, est le plus grand producteur de pâte à papier et d'eucalyptus au monde et la cinquième entreprise du Brésil, tous secteurs économiques confondus. 
  

L'analyse des transactions financières montre une concentration des ressources destinées aux entreprises agroalimentaires brésiliennes entre les mains d'investisseurs du Nord mondial. Les États-Unis sont le principal financeur, avec des obligations d'un montant de 7,44 milliards de dollars provenant principalement des banques American International Group (AIG), Bank of America, Citigroup, JP Morgan Chase et Vanguard.
 
De grands conglomérats financiers européens, tels que les Allemands Allianz et Deutsche Bank, les Britanniques Barclays et Standard Chartered, les Espagnols BBVA et Santander, le Français BNP Paribas, les Néerlandais ABN-Amro et Rabobank, entre autres, investissent aussi 4,5 milliards de dollars dans les sociétés de l'IPA. Seul survivant parmi les opérateurs financiers à l'origine de la crise mondiale de 2008, JP Morgan Chase est en tête de l'enquête, avec plus de 1,1 milliard de dollars de transactions au cours de la période. Outre Suzano, la banque de Wall Street a investi dans 15 autres entreprises, dont l'emballeur de viande Marfrig, qui a reçu 103,29 millions US$ en 2019 et 4,7 millions US$ supplémentaires entre janvier et avril 2021.
 
  
(*) La liste des financeurs indirects de l'IPA comprend les dix premiers du classement de l'enquête. Le leader est JBS, le plus grand transformateur de viande au monde, qui a atteint un chiffre d'affaires record de 270,2 milliards de R$ (55 milliards US$) en 2020, soit une croissance de 32 % par rapport à 2019. L'entreprise, détenue par les frères Wesley et Joesley Batista, se distingue également dans l'articulation du secteur, étant associée à sept des organisations de soutien de l'institut, notamment l'Association brésilienne des industries exportatrices de viande (Abiec), actuellement présidée par Antônio Jorge Camardelli, ancien directeur de la stratégie commerciale de JBS et membre du conseil d'administration de l'IPA. Viennent ensuite la brésilienne Raízen (120,6 milliards de R$, sucre et ethanol), joint-venture entre la Britannique Shell et la holding brésilienne Cosan, Cosan lui-même (68,6 milliards de R$), Marfrig (67,5 milliards de R$), Cargill (67,2 milliards de R$), Ambev (58,4 milliards de R$), Bunge (50,5 milliards de R$), Copersucar (38,7 milliards de R$), BRF (33,5 milliards de R$) et Cofco (33,22 milliards de R$).
(**)
João Henrique Hummel a été le directeur exécutif de l'IPA et le principal responsable de l'accession des ruralistes au statut de force politique majeure au Congrès (assemblée nationale et sénat). C'est lui qui a servi de pont entre les parlementaires et les associations et entreprises du secteur, lorsque celles-ci ont eu et ont besoin de soutien dans les couloirs de Brasilia. Et c'est lui qui commandait le siège du FPA dans le quartier huppé de Lago Sul à Brasilia, où, chaque mardi, ont lieu les traditionnels déjeuners du FPA. C'est lors d'un de ces rassemblements hebdomadaires, au siège du FPA, en 2016, que l'équipe de De Olho nos Ruralistas en a été expulsée par Hummel lui-même. Se présentant comme le "propriétaire de la maison", il a déclaré que les journalistes - qui venaient d'interviewer deux parlementaires - ne pouvaient pas s'y trouver car il s'agissait d'un lieu privé. Après l'épisode, le service de presse de la FPA a confirmé que l'accès était public, sans restriction à tel ou tel média.
 

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Lire aussi (en portugais) :

Veja como estes líderes ruralistas pressionaram por liberação de agrotóxico banido, o paraquat 

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