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Billet de blog 8 juin 2022

BRÉSIL L'indigéniste Bruno avait ciblé en avril un délit du suspect de sa disparition

Porté disparu en Amazonie depuis l'aube du 5/6, avec le reporter D. Phillips, l'indigéniste B. Pereira avait signalé aux autorités en avril 2022 des individus qui, cette semaine, sont suspects de sa disparition et, aussi, suspects du meurtre d'un employé de la Funai en 2019. Bruno avait cartographié et décrit à la police fédérale et au parquet les lieux d'une organisation criminelle sise en forêt.

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" Où sont Dom Phillips et Bruno Pereira ? " © DR

Le ministère public fédéral (MPF) de Tabatinga (Amazonas) était au courant depuis deux mois des activités d'une organisation criminelle qui opère dans la pêche et la chasse illégales dans la région de la Vallée de Javari (85.000 km2, soit 56 fois la superficie de la ville de Sao Paulo ou bien la surface du Portugal).

  
Lors d'une réunion tenue le 4 avril 2022, Bruno Araujo Pereira, un indigéniste brésilien, âgé de 41 ans, ex-employé de la Fondation nationale de l'indien (FUNAI) licencié en octobre 2019, avait dressé une carte de la région pour les autorités, avec une indication de l'emplacement et des photos des hommes qui semblent maintenant être soupçonnés d'être impliqués dans sa disparition et celle du journaliste Dom Phillips, aux 57 printemps. 
 

Em 2018, Bruno Pereira était devenu coordinateur général des "Indigènes isolés et des récents contactés" de la fondation nationale de l'indien et avait dirigé la plus grande expédition, depuis les vingt dernières années, pour enter en contact avec des indigènes isolés. En octobre 2019, après les pressions de lobbies liés aux grands propriétaires terriens liés au bolsonarismo et à la personne de Jair Bolsonaro, il a été démis de son poste. La même année, en effet, il avait aussi coordonné une opération d'envergure qui avait expulsé des centaines d'orpailleurs illégaux d'une terre des indigènes Yanomami, dans l'Etat du Roraima. Un hélicoptère avait été saisi et des matériels et matériaux des chercheurs d'or illégaux avaient été détruits. Cela en avait été de trop pour le président Jair Bolsonaro et ses alliés multiples du secteur de l'agronégoce... 
 
Le 19 juillet 2019, Onyx Lorenzoni, "premier des ministres" du Brésil, avait signé le document de nomination comme président de la Funai du ... commissaire de la police fédérale Marcelo Augusto Xavier da Silva, qui s'était toujours affiché en faveur de l'exploration de minerais sur les terres indigènes.
 
En février 2020, le gouvernement a nommé le ... pasteur et ex-missionnaire évangélique Ricardo Lopes Dias au poste de coordinateur général des "Indigènes isolés et des récents contactés. Dias est lié à la "Missão Novas Tribos do Brasil" (MNTB), organisation missionnaire fondée aux Etats-Unis d'Amérique.
  
Même après les dénonciations d'avril 2022, aucune action n'a été entreprise par la police fédérale ou le MPF pour enquêter sur ces illégalités.
  
Le journal O Globo a constaté, et publié le 7/6/22, que les noms alors indiqués par Bruno Araujo Pereira au commissaire de la police fédérale (PF) Ramon Santos Morais, et à la procureure Aline Morais Martinez, présents à la réunion, figuraient également déjà comme suspects dans l'implication dans la mort d'un autre agent de la Funai, Maxciel Pereira dos Santos, tué en 2019, en plein jour, dans la ville de Tabatinga, devant sa famille. Maxciel a été assassiné de deux balles dans la tête sous les yeux de sa femme, une semaine après avoir participé à une saisie de plus d'une tonne de viande de poisson et de gibier. L'organisation criminelle présumée aurait poursuivi cette pratique illégale trois ans après la mort du fonctionnaire. A ce jour de juin 2022, personne n'a été arrêté ou inculpé pour ce meurtre.

Sollicités, la police fédérale et le MPF n'ont pas donné suite aux demandes d'interview du journaliste de O Globo.

Depuis lundi 6 juin 2022, cinq personnes ont été entendues comme témoins, mais une seule a été arrêtée, dès le mardi 7 juin : Amarildo da Costa de Oliveira, 41 ans, surnommé "Nu" ("Pelado"). Il est détenu au poste de la police civile et fera l'objet d'une audience de garde à vue plus tard dans la journée de mercredi.
 
Les officiers de la police militaire qui ont arrêté Amarildo da Costa de Oliveira ont déclaré à O Globo que le bateau hors-bord du suspect a été vu en train de poursuivre le bateau du militant indigène Bruno Pereira et du journaliste anglais Dom Phillips peu après qu'ils aient quitté la communauté de São Rafael. La police militaire de l'Amazonas (PMAM) a reçu cette information de témoins qui ont vu une vedette verte avec le logo collé de la marque Nike suivre le bateau de Pereira et Phillips. Les autorités ont retrouvé la trace de ce hors-bord et ont découvert qu'il  appartenait au pêcheur Da Costa de Oliveira. Mercredi 8 juin au matin, des agents de la PMAM ont fouillé sa résidence, située dans la communauté de São Gabriel, l'endroit où Pereira et Phillips ont été vus pour la dernière fois avant leur disparition. "Nu" a ensuite été arrêté par la police militaire de l'Amazonas et amené en ville dans son propre bateau.

Ces témoins, qui ont souhaité garder l'anonymat, ont aussi rapporté à la police que l'embarcation du suspect, est passée à grande vitesse derrière Bruno Pereira et Dom Phillips dès que ceux-ci, à l'aube du dimanche, ont quitté la communauté de São Rafael, lors d'une visite préalablement programmée, afin que Pereira puisse tenir une réunion avec le leader communautaire surnommé "Churrasco", qui est l'oncle de "Nu", dans le but de consolider le travail conjoint entre les riverains et les indigènes dans la surveillance du territoire, qui a été fortement affecté par des invasions de toutes sortes. "Churrasco" a été arrêté lundi 6 juin au soir pour apporter des précisions en tant que témoin et libéré peu après.
 
Dans la communauté indigène de São Rafael, le journaliste et le chercheur souhaitaient parler au chef, "Churrasco", mais ont seulement été reçus vers 4 heures du matin le dimanche par sa femme, qui leur a offert "une gorgée de café et un petit pain", selon les gardes indigènes.
  
Selon les chefs de Union des peuples indigènes de la vallée de Javari (Univaja), les deux hommes se sont alors rendus le long de la rivière Itaquaí avec l'objectif de rendre visite à l'équipe de surveillance indigène qui se trouve près de la localité appelée Lago do Jaburu (près de la base de surveillance de l'organisme public Funai, sur la rivière Ituí) afin que Dom Phillips puisse réaliser quelques interviews avec les indigènes. La ville de Atalaia do Norte, via le fleuve Itaquaí qui comportait de nombreuses courbes, était distante de 72 kilomètres de la communauté de São Rafael d'où étaient partis les deux hommes, à l'aube.
 
Bruno Pereira est un chercheur et explorateur très expérimenté qui connaît bien la région, puisqu'il a été pendant des années le coordinateur régional de la Funai basé à Atalaia do Norte - affirme l'avocat ("procureur juridique") d'Univaja, Eliésio Marubo, depuis plusieurs années, qui est aussi sans cesse menacé de mort. Selon lui, le week-end du 4 et 5 juin, "Nu", le suspect écroué depuis le mardi 7 juin, " a lancé quelques menaces [verbales] contre le groupe [de l'Univaja]". C'est ce groupe qui accompagnait le journaliste et le chercheur.
 
Bruno Araújo Pereira était également la cible constante de menaces en raison du travail qu'il effectuait avec les populations indigènes contre les envahisseurs de toutes sortes présents dans la région: pêcheurs, mineurs, orpailleurs et bûcherons.
 
Détenu mardi 7 juin, "Nu" est resté silencieux lors du premier interrogatoire mené par les enquêteurs, à Atalaia do Norte. Il a pourtant été arrêté en possession de 1 balle, normalement réservée aux forces de l'ordre, de calibre 762.39. Il y avait aussi une cartouche percutée de calibre 16, ainsi que 16 plombs, et une petite quantité de poudre blanche, supposée être de la cocaïne. Les agents enquêtent toujours, ce 8 juin au soir, sur la participation présumée de "Nu" à la disparition des deux hommes, Dom Phillips et Bruno Pereira. Accompagné d'avocats, "Nu" n'a donné aucune information sur l'affaire dans sa première déposition à la police, et est resté en détention en raison d'autres crimes qui lui sont reprochés,  comme le rapporte O Globo, ce 8 juin à 15h30 locales. Par aileurs, "Nu" est accusé d'avoir menacé à plusieurs reprises les dirigeants de l'Union des peuples indigènes de la vallée de Javari (Univaja).

" Nous avons trois suspects. Nous avons eu l'arrestation de l'un d'entre eux et nous espérons que ces deux-là seront capturés dans les prochaines heures pour présenter leur version, de tout ce qui leur a été reproché" a déclaré Eliesio Morubo, de l'Union des peuples indigènes de la vallée de Javari (Univaja).
  
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