PindoramaBahiaflaneur
journaliste indépendant et secrétaire de rédaction
Abonné·e de Mediapart

240 Billets

0 Édition

Billet de blog 9 oct. 2021

Brésil : le président de la Banque centrale nassé par les Pandora Papers

Président de la Banque centrale (BC), Roberto Campos Neto, petit-fils d'un feu ministre de la dictature militaire, nommé à son poste le 28/2/19 par Bolsonaro et prolongé par le même jusque fin 2024, avait une offshore au Panamá, créée en 2004 avec 1,09 million US$. Il l'a close en octobre 2020. C'est-à-dire qu'il en a été le bénéficaire final pendant 602 jours de sa présidence.

PindoramaBahiaflaneur
journaliste indépendant et secrétaire de rédaction
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Avoir une offshore, dûment déclarée aux Impôts, n'est pas illégal pour un Brésilien.

Jair Bolsonaro et Roberto Campos Neto, à Brasilia (archives) © Fabio Rodrigues Pozzebom / Agência Brasil EBC

Mais... Roberto Campos Neto (1969) - pour qui, en avril 2020 " plus vite viennent de nouveaux cas de maladie et de morts par la Covid-19, meilleur cela sera pour l'économie " a créé sa société offshore Cor Assets en 2004 lorsqu'il travaillait à la banque espagnole Santander et a utilisé les services du cabinet d'avocats panaméen Mossack Fonseca, pivot, depuis, du scandale mondial des Panama Papers. Dans sa composition initiale, Cor Assets avait deux administrateurs (Roberto Campos Neto et sa femme Adriana Buccolo de Oliveira), un capital souscrit de 10.000 US$ et un compte bancaire à la banque Safra - fondée par Edmond Safra au Brésil en 1955, issu de la riche famille juive et syrienne Safra qui s'est installée en 1952 au Brésil - au Luxembourg. En juillet 2004, deux mois après avoir fondé Cor Assets, Campos Neto a transféré 1,08 million US$ supplémentaires sur le compte étranger. Dans un document du cabinet panaméen Mossack Fonseca, le couple a expliqué que le but de Cor Assets était de recevoir des " investissements dans des actifs financiers de la banque privée [espagnole] Santander ". Dès que le cabinet au Panama a envoyé les documents au Luxembourg pour ouvrir le compte dans la banque Safra, un employé bancaire au Grand-Duché a informé l'un de ses collègues : " Nous allons détruire les documents et vous pourrez clore cette affaire. "
Les actionnaires de l'offshore Cor Assets ont décidé de la clore le 12 août 2020, mais les actes de la réunion n'ont été enregistrés que deux mois plus tard. On ne sait pas quel était le montant présent dans l'offshore au moment de cette fermeture.
Entre janvier 2007 et novembre 2016, Roberto Campos Neto avait une autre offshore, nommée ROCN Limited dans les îles Vierges britanniques. Il est à noter que cette société a été créée par le cabinet international Trident Trust, qui a également permis l'ouverture de l'offshore du ministre des finances Paulo Guedes - que nous n'évoquerons pas ici mais qui figure également dans les Pandora Papers.
Roberto Campos Neto a affirmé, en septembre 2021, aux journalistes brésiliens partenaires de l'ICIJ pour les Pandora Papers que, dans les documents remis au Sénat brésilien, nécessaires pour que les sénateurs acceptent sa nomination à la Banque centrale, il disait être propriétaire de quatre sociétés à l'étranger, et que parmi elles figuraient Cor Assets et ROCN.

A des questions précises envoyées par les journalistes brésiliens partenaires des Pandora Papers, Roberto Campos Neto a répondu :
" Les sociétés ont été déclarées au Service fédéral des impôts et ont été constituées il y a plus de quatorze ans avec des revenus obtenus au cours de vingt-deux années de travail sur le marché financier, ainsi que grâce à l'exercice de fonctions exécutives à l'étranger. Aucun fonds n'a été remis aux sociétés, après ma nomination dans la fonction publique. Depuis lors, pour des raisons de compliance, je n'ai pas effectué d'investissements avec des fonds provenant d'entreprises. Les questions fiscales ne sont pas des attributions de ma fonction publique ".

Roberto Campos Neto a dit également à la presse avoir aussi déclaré à la Comissão de Ética Pública (CEP) - créée en 1999 - que '' l'intégralité de son patrimoine, au Brésil et à l'étranger était déclarée à la CEP, aux Impôts fédéraux (RF) et à la Banque centrale, en ayant payé les impôts et observé toutes les règles légales et commandements éthiques applicables aux agents publics. " Pourtant, dans les actes des réunions de la CEP, ne figure aucune trace d'un jugement de Roberto Campos Neto, selon L'ICIJ. La CEP a para ailleurs refusé de donner aux journalistes de l'ICIJ la moindre information supplémentaire sur Roberto Campos Neto.

En 2020, dans les comptes de la Banque centrale (BC), les citoyens du Brésil possédaient à l'étranger 204,2 milliards US$. De ce montant, 14,7% était dans les îles Vierges britanniques. Cette destination est la troisième localisation des capitaux de Brésiliens, derrière les Pays-Bas et les îles Caïmans.
Pour le service fédéral des impôts (RF), la somme déclarée de Brésiliens, à l'étranger, est de ...  9,15 milliards US$.
L'abysse entre les deux montants ne retient apparemment pas l'attention du gouvernement militaire et post-fasciste de Jair Bolsonaro, qui avait, lors de son élection, soi-disant promis d'en finir avec la corruption. 
En tant que président de la Banque centrale, Roberto Campos Neto a accès aux taux de change et d'intérêt, qui peuvent avoir une incidence sur tout investissement à l'étranger. Est-ce pour cela que le 30 juillet 2020, le même Campos Neto a approuvé avec le ministre des finances du Brésil - Paulo Guedes - une résolution du Conseil monétaire national (CMN) modifiant les règles de déclaration des avoirs à l'étranger ? Jusqu'alors, tout Brésilien qui possédait plus de 100.000 US$ à l'étranger devait déclarer ce montant à la Banque centrale chaque année.
Avec ce changement, la limite minimale est passée à 1 million US$ ... 

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Politique
Quand le candidat parle, ses militants frappent
À Villepinte comme à Paris, des antifascistes se sont mobilisés pour ne pas laisser le premier meeting d’Éric Zemmour se tenir dans l’indifférence. Dans la salle, plus de 10 000 personnes s’étaient réunies pour l’entendre dérouler ses antiennes haineuses, dans une ambiance violente.
par Mathieu Dejean, Mathilde Goanec et Ellen Salvi
Journal — Politique
En marge du meeting de Zemmour, des habitants de Seine-Saint-Denis fustigent « sa politique remplie de haine »
Éric Zemmour a tenu le premier meeting de sa campagne présidentielle dans un département qui représente tout ce qu’il déteste. Cibles quotidiennes des injures du candidat d’extrême droite, des citoyens de Villepinte et des alentours témoignent.
par Hannah Saab (Bondy Blog)
Journal — Gauche(s)
À La Défense, Jean-Luc Mélenchon veut montrer qu’il est le mieux armé à gauche
Lors de son premier meeting parisien, le candidat insoumis à la présidentielle s’est posé comme le pôle de résistance à la droite et à l’extrême droite. Il a aussi montré sa capacité de rassemblement en s’affichant aux côtés de nombreuses personnalités de gauche.
par Pauline Graulle
Journal — Europe
En Andalousie, la colère intacte des « travailleurs du métal »
Après neuf jours d’une grève générale qui a embrasé la baie de Cadix, le retour au calme semble fragile. Nombre d’ouvriers des chantiers navals ou de l’automobile n’en peuvent plus de la flambée des prix comme de la précarité du secteur. Ils se sentent abandonnés par le gouvernement – de gauche – à Madrid.
par Ludovic Lamant

La sélection du Club

Billet de blog
« Une autre vie est possible », d’Olga Duhamel-Noyer. Poings levés & idéaux perdus
« La grandeur des idées versus les démons du quotidien, la panique, l'impuissance d’une femme devant un bras masculin, ivre de lui-même, qui prend son élan »
par Frederic L'Helgoualch
Billet de blog
Ah, « Le passé » !
Dans « Le passé », Julien Gosselin circule pour la première fois dans l’œuvre d’un écrivain d’un autre temps, le russe Léonid Andréïev. Il s’y sent bien, les comédiens fidèles de sa compagnie aussi, le théâtre tire grand profit des 4h30 de ce voyage dans ses malles aérées d’aujourd’hui.Aaaaah!
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
Sénèque juste avant la fin du monde (ou presque)
Vincent Menjou-Cortès et la compagnie Salut Martine s'emparent des tragédies de Sénèque qu'ils propulsent dans le futur, à la veille de la fin du monde pour conter par bribes un huis clos dans lequel quatre personnages reclus n’en finissent pas d’attendre la mort. « L'injustice des rêves », farce d'anticipation à l’issue inévitablement tragique, observe le monde s'entretuer.
par guillaume lasserre
Billet de blog
J'aurais dû m'appeler Aïcha VS Corinne, chronique de l'assimilation en milieu hostile
« J’aurai dû m’appeler Aïcha » est le titre de la conférence gesticulée de Nadège De Vaulx. Elle y porte un regard sur les questions d’identité, de racisme à travers son expérience de vie ! Je propose d'en présenter les grands traits, et à l’appui d’éléments de contexte de pointer les réalités et les travers du fameux « modèle républicain d’intégration ».
par mustapha boudjemai