Brésil: «The Intercept Brasil» a refusé de se rendre à la convocation de la police

Ce 10 juin 2021, à 13 h 00 « The Intercept Brasil »a publié un article qui détaille pourquoi il ne se rendra pas à la convocation de la police, à Rio de Janeiro, aujourd'hui : « Malgré les efforts de quelques uns, nous vivons encore en démocratie. Et notre Constitution garantit la liberté de la presse et protège le secret des sources ».

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(suite à l'article daté du 8 juin 2021, publié par le même The Intercept Brasil)




The Intercept Brasil

10 juin 2021, 13 h 00


Pourquoi The Intercept Brasil a décidé que Leandro Demori ne va se soumettre
à la convocation policère contre notre journalisme


LA POLICE D'ÉTAT DE RIO DE JANEIRO est celle qui tue le plus de personnes au Brésil et l'une des plus meurtrières au monde. Ces dernières années, la brutalité s'est accrue de manière terrifiante, suite aux vents violents de l'extrême droite dans le pays. C'est le fait public qui doit faire l'objet d'une enquête. Il est nécessaire d'arrêter la machine de mort que la Coalizão Negra por Direitos qualifie à juste titre de génocide noir.

La police civile de l'État de Rio de Janeiro estime toutefois que le problème peut être résolu d'une autre manière : en enquêtant sur les journalistes qui dénoncent le meurtre.

João Pedro Mattos avait 14 ans lorsqu'il a été tué en mai de l'année dernière lors d'une opération de [l'unité] Core (Coordenadoria de Recursos Especiais), la coordination des ressources spéciales de la police civile. Des policiers ont tiré sur une zone résidentielle depuis l'intérieur d'un hélicoptère, une action extrême et inefficace qui avait déjà été interdite, en 2018, par le Secrétariat d'Etat [de Rio de Janeiro] à l'Intérieur.

Lorsqu'ils ont posé l'hélicoptère, les policiers ont criblé une maison de coups de feu. La propriété était pleine d'enfants, qui jouaient - les policiers ont menti sur la fusillade dans une première déclaration, niant la paternité de l'acte. Les enfants ont hurlé de terreur. Abattu, João Pedro a été porté dans les bras d'un autre adolescent et emmené jusqu'à l'hélicoptère de la police, où il est monté. L'adolescent, noir, a disparu.

La famille a fait le tour de tous les hôpitaux de la région à la recherche de leur fils, pour découvrir le lendemain que les experts de l'Institut médico-légal les attendaient pour reconnaître le corps. João Pedro était mort. Denise Roz, une tante, a déclaré : « Mon neveu était un garçon noir. Ce n'est pas parce qu'il est noir qu'il est un bandit. Mon neveu ne passera pour un bandit à personne, pour corriger l'erreur d'un policier. » L'enquête qui compte vraiment, celle qui devrait révéler les meurtriers, n'est toujours pas close.

Ce n'est pas le seul cas de carnage meurtrier dans une favela impliquant le Core. Comme l'écrit Leandro Demori dans l'article, vérifié avec des sources et qui dérange le Commissariat à la répression des crimes informatiques (Delegacia de Repressão aos Crimes de Informática - DCRI), qui enquête sur lui pour diffamation contre le Core, « l'histoire prend de l'ampleur quand on ajoute d'autres faits [au-delà du massacre de Jacarezinho, avec 18 morts] : la « faction » [de Core] est impliquée dans le cas de João Pedro (garçon de 14 ans, tué pendant une opération), dans le massacre de la favela de Salgueiro (huit morts) et dans le cas de l'hélicoptère de la favela Maré (huit morts). On dénombre 41 homicides dans ces seules affaires. Combien d'autres ? »

Et il appelle à l'action, un rôle essentiel du journalisme dans le monde entier : « Il est nécessaire d'enquêter sur les circonstances et les responsables de ces opérations meurtrières. »

L'État policier qui a érodé la démocratie au Brésil ne semble pas intéressé à enquêter sur les agents de police. Au lieu de cela, il préfère persécuter les journalistes. De telles menaces ne nous intimident pas. Malgré les efforts de certains, nous vivons toujours dans une démocratie. Et notre Constitution garantit la liberté de la presse et protège la confidentialité des sources. Nous continuerons à faire notre journalisme indépendant et courageux, en cherchant toujours à révéler ce que les personnes au pouvoir préfèrent cacher. Il y en a qui n'apprécient pas

The Intercept Brasil

(Traduction manuelle)

Notes du traducteur :

- Le rapport de police qui a donné lieu à l'enquête fait intervenir comme témoin le commissaire, de la police civile, Pablo Dacosta Sartori. Dans le rapport, Sartori apparaît comme le communicant d'un possible crime de calomnie. L'enquête a été ouverte par la commissaire Daniela dos Santos Rebelo Pinto.

- Le 9/6/21, plus d'une centaine de journalistes (aucun nom d'envergure nationale), professeurs et autres Brésiliens ont apporté leur soutien au journaliste Leandro Demori :
https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSd0IRp6N7StG8sAupYUp8dY0Xon4-1kxfRkQqtHc-j-xQ7uQA/viewform

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