Brésil: l'altération des scènes de crime, un verso de la létalité policière

L'omission, prouvée par des journalistes, de l'altération de la scène de la mort par balles de João Pedro, 14 ans, d'une balle dans le dos le 18/5/20 à São Gonçalo (Rio de Janeiro) dans le rapport final de l'enquête policière invalide totalement cette dernière. Et renforce, emblématiquement, la probable obstruction à la justice, concertée entre les policiers suspects.

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Le 18 mai 2020, au coeur de la favela Complexo do Salgueiro, dans la municipalité de São Gonçalo - une des dix villes les plus violentes du Brésil - João Pedro Mattos s'amusait chez lui avec des copains quand, selon ses familiers, une subite opération policière dans le voisinage - menée par de la police fédérale (PF) et l'unité Core de la police civile - a provoqué l'entrée des policiers surarmés dans la maison. João Pedro, atteint d'une balle de fusil de 5,56 mm dans le ventre, bien qu'il ait été ensuite secouru par hélicoptère, est décédé.

Em juin 2020, une expertise faite par la police civile n'avait pas réussi à déterminer si le tir qui a tué l'enfant de quatorze ans était parti d'une des armes saisies en possession des agents de la police.

Em août 2020, à la demande du Défenseur public, le parquet de Rio de Janeiro (MP-RJ) a demandé à la police fédérale (PF) que soit fait un nouvel examen balistique. La demande a été refusée, fin octobre 2020, par la police fédérale.

En juin 2021, le rapport final de l'enquête de la police civile - signé par le responsable du commissariat chargé des homicides (Delegacia de Homicídios de Niterói e São Gonçalo - DHNSG) nommé depuis fin septembre 2020, le commissaire Bruno Cleuder de Melo - sur le meurtre de João Pedro Mattos omet le fait que des policiers ont modifié la scène du crime. L'enquête a montré que les officiers ont recueilli les cartouches, ce qui a porté préjudice à l'expertise médico-légale. Rien de tout cela n'est mentionné dans le document.

Pourtant, les preuves que les policiers suspects ont modifié la scène de crime sont nombreuses.

Le jour du crime, le 18 mai 2020, les policiers suspects - de l'unité Core, Mauro José Gonçalves, Maxwell Pereira et  Fernando de Brito Meister - n'ont pas remis d'étuis, de calibre 5,56 mm, au commissariat chargé des homicides (Delegacia de Homicídios de Niterói e São Gonçalo - DHNSG) de la région, selon le procès-verbal de l'opération et les déclarations des policiers.

L'enquête sur la scène du crime, menée le jour du crime, n'a trouvé aucune douille de calibre 5,56 mm dans la maison de la victime. A cette date le commissaire responsable de la DHNSG était Allan Duarte Lacerda, qui a aussi participé à l'opération policière dans la favela.

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Comme il y avait soixante-quatre (64) trous par des balles dans les murs, la disparité entre le nombre de ces trous et le nombre de cartouches trouvées n'est pas passée inaperçue aux yeux de l'expert.

Dans son rapport final, l'expert a souligné que « le nombre de douilles, de différents calibres, collectées lors des examens médico-légaux, différait grandement des impacts des projectiles d'armes à feu trouvés sur l'ensemble de la scène du crime ».

Le 25 mai 2020, les policiers sont revenus au commissariat des homicides et ont remis dix-neuf (19) étuis de munitions de calibre 5,56 mm. Le procès-verbal a ensuite été complété, et 19 cartouches de calibre 5,56 mm ont été ajoutées à la liste des marchandises saisies.

Dans leurs nouvelles déclarations, aucun des policiers n'a mentionné où les étuis avaient été stockés pendant une semaine et ils n'ont pas été interrogés sur la raison pour laquelle ils avaient gardé ces munitions. Aucun des policiers n'a dit où les cartouches avaient été gardées, une semaine durant.

Le rapport d'enquête final ne mentionne pas que les cartouches ont été collectées avant l'examen médico-légal, ni qu'elles ont été livrées une semaine plus tard.

Les trois policiers suspectés et mis en examen pour homicide culposo - c'est-à-dire sans intention de tuer - continuent, en juin 2021, de travailler dans leur corporation, dans la même unité Core.

La peine maximum pour un homicide culposo est de ... trois ans de prison.

Ces peines éventuellement prononcées, dans un futur lointain, n'empêcheront, encore une fois, le citoyen brésilien lambda de pointer avec la plus grande des clartés, une crypto-orchestration policière qui fait totalement obstacle à la manifestation de la vérité.



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Un dossier sur le Caso João Pedro sur le site de journalisme indépendant Ponte Jornalismo.

Une longue série d'enquêtes, absolument décisives pour la révélation de la vérité, signées par Rafael Soares, du quotidien Extra (Grupo Globo) sont, pour partie, ici, puis et aussi là.


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