Brésil: révélés, les crimes sexuels du milliardaire Samuel Klein (1923/2014)

Samuel Klein, le feu fondateur de la chaîne de magasins d'équipements ménagers Casas Bahia, et son fils Saul Klein (1954), sont accusés de dizaines d'agressions sexuelles envers, entre autres, des mineures, âgées de 9 à 17 ans, depuis des décennies. Et de viols. Traduction manuelle d'une longue enquête-bombe, publiée le 15/4/21, du collectif de journalistes indépendants de l'Agência Pública.

Samuel Klein et Saul Klein. © Agência Pública Samuel Klein et Saul Klein. © Agência Pública

M. Samuel Klein aurait utilisé son pouvoir en tant qu'homme d'affaires prospère, comme fondateur de Casas Bahia, pour mettre en place un système de plusieurs décennies visant à attirer des enfants et des adolescents à des fins d'exploitation sexuelle dans le siège emblématique de la société à São Caetano do Sul, ainsi que dans d'autres sites à Santos, São Vicente, Guarujá (SP) et Angra dos Reis (RJ). Mais l'histoire de ces crimes ne concerne pas seulement feu le patriarche de la famille Klein. Son fils Saul Klein fait maintenant l'objet d'une enquête pour la sollicitation et le viol de plus de 30 femmes. Selon nos sources et les entretiens avec des dizaines de femmes victimes, il y a des similitudes dans la façon d'agir du père et du fils. 

Une biographie cachée
Une histoire de violence sexuelle dans l'enfance a marqué à jamais la trajectoire de Karina Lopes Carvalhal, aujourd'hui âgée de 40 ans. Elle raconte qu'à l'âge de 9 ans, elle a appris par ses sœurs qu'un puissant homme d'affaires de sa ville natale, São Caetano do Sul (SP), donnait de l'argent et des cadeaux aux mineurs qui se rendaient au siège de l'entreprise, situé au 100, avenue Conde Francisco Matarazzo. À cette époque où elle avait 12 ans, la grande sœur de Karina lui a dit qu'elle pourrait obtenir une nouvelle paire de baskets si elle y allait. Je n'avais pas de chaussures de tennis à porter, je portais celles de mes sœurs, et mes orteils étaient tout tordus ".

Karina est montée à l'étage de la présidence et se souvient qu'elle a attendu un certain temps avant d'être appelée dans le bureau privé du propriétaire. Lorsqu'il est sorti, elle a eu la surprise de voir un monsieur âgé, déjà septuagénaire, qui lui a demandé de s'approcher. Ma sœur m'avait dit : " Ká, n'aie pas peur, il va te donner un petit baiser ". Mais il m'a salué et a déjà posé sa main sur mes seins. Il m'a dit : " Oh, quelle jolie fille. Très belle ", se rappelle-t-elle en imitant l'accent polonais de Samuel Klein, fondateur de Casas Bahia. En partant, elle dit s'être sentie soulagée, emportant avec elle une somme d'argent et une paire de baskets de la marque Bical. C'était en 1989.

" Nous étions heureux d'avoir gagné une paire de baskets. Nous n'avions aucune idée de cette situation de violence ", dit Karina, parlant en exclusivité à Agência Pública de l'histoire de la souffrance personnelle qu'elle a endurée pendant si longtemps. Elle dit que la possibilité d'obtenir d'autres biens matériels l'a fait revenir dans les semaines qui ont suivi la rencontre avec Samuel Klein.

Mais lors des nouvelles visites, selon Karina, les situations d'exploitation sexuelle ont pris de l'ampleur et sont devenues routinières. " La deuxième fois, il m'a déjà emmené dans la petite pièce. " Elle dit que l'homme d'affaires gardait une pièce attenante à son bureau, où se trouvait un lit d'hôpital. C'est là que les abus se sont produits. Toujours selon Karina, c'est là qu'elle a été agressée sexuellement pour la première fois, lorsqu'elle avait 9 ans.

Il n'a pas fallu longtemps à Karina pour abandonner ses études à l'Escola Professora Eda Mantoanelli, à São Caetano do Sul. " Comme mon père me battait beaucoup, je séchais les cours et je devais rester quelque part. " Dans la rue, Karina est devenue accro au crack et a consommé cette substance pendant une décennie, jusqu'à ce qu'elle tombe enceinte de sa première fille, à 19 ans. 

Karina ne le sait pas précisément, mais estime que la relation de dépendance affective et financière par l'exploitation sexuelle exercée par Samuel s'est déroulée de 1989 jusqu'au milieu des années 2000. " Je vois maintenant que je n'ai pas eu d'éducation, pas d'enfance, pas de moyens, personne pour s'occuper de moi. Si une personne vous enlève votre enfance, vos études, votre maison, il ne vous reste plus rien. " 

Karina n'est pas la seule à avoir été préparée et exploitée sexuellement par Klein. Agência Pública a interrogé plus de 35 sources, y compris des femmes qui l'accusent de crimes sexuels, des avocats et d'anciens employés de Casas Bahia et de la famille, a consulté des dossiers juridiques et des enquêtes de police, a eu accès à des documents, des photos, des vidéos de parties sexuellement suggestives et les propres déclarations des plaignantes, ainsi que des enregistrements audio qui indiquent qu'entre le début de 1989 et 2010, Samuel Klein aurait entretenu une routine d'exploitation sexuelle de jeunes filles âgées de 9 à 17 ans au siège de Casas Bahia, le magasin emblématique du centre-ville de São Caetano do Sul (SP), et dans des propriétés qu'il possédait à Baixada Santista (SP) et dans la municipalité d'Angra dos Reis, dans l'Etat de Rio de Janeiro. L'homme d'affaires aurait organisé un système de recrutement et de transport de jeunes filles, à l'aide de ses hélicoptères privés, avec même la participation de ses employés, pour des fêtes et des orgies couvertes par des paiements aux jeunes filles et à leurs familles avec de l'argent et des produits provenant des magasins de tout le pays.

C'est à partir des accusations les plus récentes concernant le fils du patriarche de la famille Klein, l'homme d'affaires Saul Klein, qui fait l'objet d'une enquête du ministère public de l'État de São Paulo (MP-SP) pour sollicitation et viol de dizaines de femmes, que notre équipe de reporters s'est penchée sur le passé de Samuel Klein et a trouvé des preuves similaires aux pratiques décrites par le ministère public dans l'enquête sur son fils, dans laquelle certaines femmes affirment également avoir été violées lorsqu'elles étaient mineures, une histoire que nous raconterons ci-dessous.

Selon les récits, Samuel Klein a dissimulé les crimes en signant des accords judiciaires avec les plaignants qui demandaient réparation après avoir grandi. Le fondateur de Casas Bahia aurait également bénéficié de la lenteur d'au moins trois enquêtes pénales portant sur des crimes de cette nature, du cadre desquels il s'est soustrait aux convocations judiciaires, sans que des mesures plus énergiques soient prises par la police civile ou le ministère public de l'Etat de São Paulo, jusqu'à ce que les crimes soient prescrits. De telles manœuvres auraient contribué à maintenir son image de héros dans le monde des affaires. Jusqu'à maintenant.

Lorsqu'il est décédé en novembre 2014, M. Samuel Klein a laissé une image presque héroïque parmi les milieux d'affaires et une grande partie de la société brésilienne. L'histoire de sa vie résonne avec le mythe du self-made man, si cher au monde de l'entreprise. Né en Pologne en 1923, il a vécu l'occupation nazie dans son pays, a été emmené dans le camp de concentration de Majdanek à l'âge de 19 ans et a vu sa mère et ses cinq frères assassinés dans le camp de Treblinka. Samuel a réussi à échapper au camp de concentration et, dans les années 1950, a émigré au Brésil, où il a commencé à vendre des produits en faisant du porte-à-porte en poussant un chariot à São Caetano do Sul (SP). C'est là qu'il a fondé le premier magasin de l'entreprise, qui allait devenir, au cours des décennies suivantes, l'une des plus grandes chaînes de magasins du pays. Aujourd'hui, la chaîne fait partie du conglomérat Via Varejo, un groupe dont les ventes annuelles moyennes s'élèvent à 30 milliards de reais (4,3 milliards d'euros). Samuel est devenu un nom de rue dans la ville où il s'est installé et est considéré à ce jour comme l'un des plus grands hommes d'affaires de l'histoire du Brésil.

Dans le sillage de ces accusations, Agência Pública a consulté sept affaires civiles et pénales dans lesquelles des femmes dénoncent Samuel Klein pour des abus sexuels. Notre équipe de reportage a également eu accès à quatre procès intentés par d'autres femmes qui se disent victimes et demandent une indemnisation pour préjudice moral. En plus des 11 cas consultés, l'enquête a révélé huit autres cas, déposés en secret, avec des allégations d'abus sexuels contre l'homme d'affaires.

En général, il s'agit de procès intentés par des femmes après qu'elles aient atteint l'âge de la majorité. Selon leurs récits, lorsqu'elles ont compris ce qu'elles avaient vécu, ces femmes ont demandé réparation devant les tribunaux car il n'y avait plus de possibilité pour Samuel Klein de répondre pénalement en raison de la prescription pénale. La plupart des cas trouvés sont des actions intentées pour dommages moraux et matériels par des femmes qui racontent des scènes terribles qui se seraient produites à différents moments de leur enfance et de leur adolescence. 

C'est le cas de Renata*, qui, dans son procès contre l'homme d'affaires, affirme avoir été violée lorsqu'elle avait 16 ans. Originaire de l'Etat du Rio Grande do Sul, Renata a vécu depuis l'âge de 14 ans à São Paulo avec un mannequin, que nous appellerons Daniela*. Le colocataire était majeur, fréquentait les résidences de Samuel et avait reçu plusieurs cadeaux de sa part, dont un appartement.

Renata a déclaré à la police qu'en octobre 2008, elle s'était rendue dans la maison de plage de l'homme d'affaires à Angra dos Reis (RJ). Elle aurait voyagé avec Samuel et son pilote privé dans l'hélicoptère de l'homme d'affaires. Le soir, elle était appelée pour une conversation dans le chalet qu'occupait le fondateur de Casas Bahia. À l'extérieur, il y avait environ 12 gardes du corps. À l'intérieur, une infirmière venait d'administrer une injection de Viagra à l'homme d'affaires, qui avait 85 ans à l'époque.

Dans sa déclaration, Renata affirme que Samuel lui a fait plusieurs promesses d'aide financière, notamment des études dans une bonne école, un appartement et une voiture, en échange de rapports sexuels. Elle aurait résisté. " Il m'a prise de force, a déchiré mes vêtements et m'a violée. Ça ne servait à rien de crier. J'ai pleuré et saigné sans discontinuer mercredi et jeudi ", peut-on lire dans un extrait de la déclaration.

Renata a déclaré à la police que la même infirmière qui avait appliqué le stimulant sexuel sur l'homme d'affaires lui a porté assistance en raison de l'hémorragie, mais qu'elle a été maintenue enfermée à Angra dos Reis, empêchée d'aller chez le médecin et de rentrer à São Paulo. Même en saignant, elle aurait été violée à nouveau, deux jours après la première fois. À l'époque, Samuel Klein avait reconnu dans une déclaration à la police civile de São Paulo que Renata et Daniela s'étaient rendues chez lui à Angra dos Reis, mais avait affirmé que les filles qui fréquentaient sa maison de plage " n'étaient jamais mineures ".

Au cours des derniers mois, Agência Pública a cherché à entrer en contact avec 26 femmes qui ont porté plainte, ainsi qu'avec d'autres qui ne l'ont pas poursuivi. Dix femmes ont accordé des entretiens, la plupart sans révéler leur identité par crainte de représailles. Trois personnes interrogées ont toutefois accepté que leur nom soit divulgué. Karina, depuis le début du reportage, était l'une d'entre elles. Sa sœur, Vanessa Carvalhal, a également raconté comment les deux femmes avaient été attirées, alors qu'elles étaient enfants, dans le système d'exploitation sexuelle prétendument mis en place par Klein. Mais, selon elles, elles n'étaient pas les seules femmes de la famille Carvalhal touchées par l'homme d'affaires et elles affirment qu'elles ont elles-mêmes attiré d'autres femmes vers le même martyre. La complexité de cette histoire a nécessité un chapitre séparé dans cette enquête journalistique (" Une famille accuse le fondateur de Casas Bahia").

D'origine socio-économique vulnérable, les adolescentes ont généralement appris par d'autres filles que l'entrepreneur donnait de l'argent et d'autres cadeaux tels que des paniers de la ménagère, des produits Casas Bahia, des voitures et même des appartements aux femmes et aux mineures qui allaient le rencontrer.

Selon les rapports, après un premier contact, qui comprenait souvent des abus sexuels, les filles étaient sélectionnées par Samuel Klein pour participer à ses fêtes dans des propriétés qu'il possédait. Dans les rapports, des appartements de l'immeuble Universo Palace à Santos (SP) et de l'île Porchat à São Vicente (SP) apparaissent comme le théâtre de crimes sexuels. Egalement les maisons d'été à Guarujá (SP) et à Angra dos Reis (RJ), en plus de sa propriété dans le condominium Alphaville à Barueri (SP).

Certains employés proches auraient participé activement. D'après les témoignages des femmes et des employés, en plus des documents contenus dans les procès, le staff de l'homme d'affaires organisait les voyages, recrutant des mineures et des femmes adultes, apportant des paniers de nourriture aux familles et divisant les groupes pour les transporter vers les propriétés de Samuel Klein. 

Lors des fêtes, selon les récits, les abus étaient au vu de tous : Samuel Klein recrutait le groupe qui se rendait dans la chambre et leur faisait subir des rapports sexuels vaginaux ou oraux, souvent sans utiliser de préservatifs. Comme dans le cas de Karina, la présence constante des adolescentes a généré une dépendance financière et, selon elles, une dépendance psychologique. " Il semble que nous avions l'obligation d'accomplir [des actes sexuels] parce qu'il nous avait donné de l'argent la veille ", déclare Vanessa Carvalhal. La plupart des femmes interrogées déclarent avoir passé des années à aller à des fêtes et à participer à des séances d'exploitation sexuelle, comme le suggèrent les images - obtenues en exclusivité par le reportage - d'une fête où Samuel est entouré d'enfants et d'adolescents en 1994.

Témoins de la fraude présumée

Même sans aucun contact préalable avec les personnes interrogées, 18 sources ont confirmé l'existence d'un système de racolage et d'abus sexuel de Samuel Klein pendant l'enquête sur l'affaire. Les sources comprennent des agents de sécurité, d'anciens employés, des chauffeurs de taxi, les assistants personnels de Samuel Klein, les avocats des femmes qui citent des règlements à l'amiable, des voisins de l'immeuble et des commerçants qui affirment que Samuel Klein a offert à plusieurs reprises des produits de l'entreprise aux adolescents. Selon les rapports, le déblocage d'espèces ou d'appareils était centralisé par le secrétaire de l'homme d'affaires à São Caetano do Sul (SP), mais s'est produit dans des dizaines de succursales de Casas Bahia.

Les employés ont confirmé les paiements fréquents en espèces et en produits aux " samuquetes ", comme étaient surnommées " les filles de Samuel " - les témoignages d'anciens employés confirmant la situation sont inclus dans les condamnations du tribunal du travail.

Josilene*, qui était responsable d'un magasin Casas Bahia à Vila Diva, dans l'est de São Paulo, entre 2005 et 2008, a déclaré à Agência Pública que Samuel et Saul Klein utilisaient tous deux la caisse du magasin pour payer ces filles et ces femmes. Le matin, le téléphone sonnait : " C'est le Dr Samuel ou le Dr Saul qui vous parle, et vous devez séparer tant de choses pour la fin de la journée ". Alors on allait à la caisse, on parlait, et les caissiers séparaient ce qui venait en liquide. Et à la fin, les filles passaient et retiraient les sommes en espèces ".

L'ancienne responsable dit qu'en 2008, elle a été témoin de cette situation plus fréquemment : " C'était soit le mercredi, soit le jeudi qu'elles passaient. C'étaient des filles de différentes régions. Celles qui venaient étaient trois ou quatre, par semaine, âgées de 16 ou 17 ans. Elles étaient mineures.

Josilene connaissait la raison de ce paiement, explique que c'était de notoriété publique parmi le personnel, mais qu'ils ne pouvaient rien y faire. " C'était embarrassant. Nous suivions les ordres. " Selon elle, " les filles avaient le droit de choisir ce qu'elles voulaient dans le magasin. À l'époque, comme j'étais une jeune fille, j'avais beaucoup de téléphones portables, de stéréos, de télévisions. Parfois, c'est la mère qui les accompagnait pour choisir ".

Josilene attire l'attention sur un détail confirmé par plusieurs sources, une information qui apparaît également dans les dossiers judiciaires : des femmes adultes et des adolescents sont arrivés dans les magasins avec des notes, supposément écrites par Samuel Klein, dans lesquelles il donnait l'autorisation de prendre des produits et de l'argent.

En 2010, par exemple, Casas Bahia a été condamnée dans le cadre de plusieurs procès en droit du travail intentés par des employés de magasins du sud du Brésil. Dans sept d'entre eux, les employés ont allégué des dommages moraux dus à des situations vexatoires vécues au travail. Ils ont décrit qu'ils devaient souvent payer les femmes qui apparaissaient dans les magasins pour réclamer de l'argent et des marchandises, et qu'elles apportaient généralement ces billets avec les ordres de paiement de Samuel Klein.

Témoignant au nom de Rosineiva Freitas da Silva, ancienne employée de Casas Bahia, qui a intenté un procès en droit du travail contre l'entreprise, la commerçante Jacqueline Souza a déclaré qu'elle et sa collègue " étaient obligées de remettre de l'argent aux jolies filles qui entraient dans le magasin parce qu'elles étaient des personnes envoyées par M. Samuel pour recevoir de l'argent ou des marchandises ".

Par ailleurs, l'ancienne employée Suzana Morcelli, qui a intenté un procès à l'entreprise, où elle a travaillé entre 2004 et 2009, confirme les paiements. " Les filles allaient dans les magasins et prenaient les paiements à la fois en espèces et en marchandises. Et ce n'était pas de petites quantités. Je me souviens de l'une d'entre elles qui disait : ' Ce que vous mettez un mois entier à recevoir, nous l'obtenons en une heure '", a-t-elle déclaré dans une interview accordée à Agência Pública. Josilène confirme. " Dans le magasin Vila Diva, ils pouvaient obtenir jusqu'à 3.000 reais [équivalent de 4 salaires minium] chacune.

Suzana a également été témoin dans un procès en droit du travail intenté par son ancienne collègue Nária de Souza Martins en 2010. Elle confirme l'information. Lors de son procès, Nária a déclaré que " plusieurs fois, elle a été gênée devant les autres collègues de l'entreprise de devoir remettre de l'argent à des femmes inconnues, sur ordre exprès du propriétaire de l'entreprise, M. Samuel Klein " et " que des femmes sont arrivées au magasin avec des billets signés par le propriétaire de l'entreprise ou sans eux, et ont exigé la livraison de sommess très élevées, en espèces, en disant que si la plaignante tardait à obtenir les sommes en cash, elle serait immédiatement licenciée, car elles avaient l'autorisation expresse de M. Samuel Klein pour cela ".

Selon les récits, le système était tellement structuré que Samuel Klein avait des employés et des sous-traitants qui travaillaient pour s'assurer qu'il avait accès à des enfants et des adolescents pour pratiquer l'exploitation sexuelle. " Il semble qu'il ait vécu pour ça. Il recevait des filles plusieurs fois par semaine, pendant tout le mois ", raconte à Agência Pública un agent de sécurité qui a travaillé pour la famille Klein pendant dix-neuf ans. 

Les rapports des femmes et de certains anciens employés désignent Lúcia Amélia Inácio, une secrétaire personnelle qui travaillait au siège de Casas Bahia, comme l'une des principales organisatrices du système présumé. Dans la biographie autorisée de l'homme d'affaires, écrite par Elias Awad, Lúcia est citée comme une " infirmière fidèle et responsable du département des prestations " de Casas Bahia.

Selon le texte, Lúcia a été " engagée en 1973 comme infirmière dans l'unité médicale mise en place par Samuel à São Caetano do Sul (SP) pour s'occuper des employés. " Lúcia est devenue l'infirmière exclusive de Samuel, s'inquiétant et s'occupant de tout - des médicaments au régime alimentaire ", indique le texte. Dans les récits des personnes interrogées et des anciens employés, Lúcia Amélia Inácio est pointée du doigt comme étant la responsable de l'invitation des filles choisies par Samuel pour des voyages, des paiements et des dons de paniers de nourriture aux femmes et aux membres de la famille et même de la participation à certaines des fêtes organisées dans les propriétés de Samuel.

Agência Pública a également découvert que l'homme d'affaires avait deux rabatteuses à son service dans la ville de Baixada Santista (SP). L'une d'entre elles est Káthia Lemos, qui a été désignée par au moins six femmes comme une " rabatteuse de filles " pour l'homme d'affaires.

Lors d'une conversation avec notre équipe de reportage, la commerçante de 53 ans a déclaré qu'elle avait 13 ans lorsqu'elle a commencé à travailler pour Samuel Klein, en effectuant divers services. Káthia a nié qu'elle était un agent pour les femmes et les jeunes filles pour " le roi de la vente au détail ". Elle a déclaré que sa fonction était inverse : " faire perdre la piste aux filles " qu'il ne voulait plus rencontrer, mais qui insistaient pour participer aux rencontres en échange d'argent. " S'il les laissait faire, elles auraient envahi sa maison. C'était une nécessité, non ? Elles en avaient besoin."

L'ancienne employée de Samuel Klein a déclaré connaître " plus de 100 femmes, originaires de différents États brésiliens, qui ont assisté aux réunions " avec l'homme d'affaires. " Il n'y avait pas de filles mineures", dit-elle. " Certaines ont menti sur leur âge en disant qu'ils avaient 18 ans pour lui plaire. C'était son fantasme. Il aimait les jeunes filles. Il avait une fille mineure qui allait avec sa mère, mais il n'a jamais touché sa main."

Mais Káthia Lemos a admis que l'homme d'affaires avait essayé d'avoir des relations sexuelles avec elle-même alors qu'elle était encore adolescente. " Je n'ai jamais couché avec lui. Un jour, il a essayé, mais j'ai dit : " Ne refais jamais ça. J'avais 13 ou 14 ans et je travaillais déjà pour lui. Et il n'a jamais essayé autre chose. "

Káthia Lemos apparaît sur des photos sur le yacht et dans la piscine de la maison de Samuel Klein à Angra dos Reis (RJ). Elle apparaît également dans la vidéo d'une fête d'anniversaire qui a eu lieu le 11 novembre 1994 dans une maison de Guarujá (SP). À cette occasion, Samuel remercie Káthia Lemos pour ses efforts dans l'organisation de l'événement et pour leur " amitié " de longue date. " Je ne peux que vous remercier tous les trois spécialement [en indiquant Káthia et deux autres agents de sécurité] pour avoir organisé cette merveilleuse fête pour 150 de mes amies ", dit-il.

La vidéo montre des scènes de l'anniversaire dans lesquelles il est possible de voir plus de 50 filles à la fête. Certaines scènes montrent les filles assistant à un spectacle de danse érotique, trinquant à l'anniversaire de l'homme d'affaires et l'embrassant dans la piscine. La vidéo contient également une déclaration de Káthia Lemos remerciant l'amitié de Samuel Klein. Les femmes interviewées par Agência Pública soulignent que c'est l'agente qui a organisé et recruté les filles pour la fête.

Face à ces récits, Agência Pública a appelé Káthia Lemos. Par téléphone, elle a déclaré " qu'elle ne dirait rien de plus ".

Plusieurs récits obtenus par notre équipe de reporters indiquent que des chauffeurs de taxi, des chauffeurs et des femmes elles-mêmes ont également participé à l'exploitation sexuelle systématique d'adolescents par le fondateur de Casas Bahia. De nombreuses femmes rapportent qu'il avait une préférence pour les vierges et qu'il y avait une incitation financière pour celui qui les amenait. " Quand il a perdu l'intérêt, nous avons pris une fille plus jeune pour le charmer davantage, compris ? Il nous donnait plus d'argent, on pouvait avoir plus de choses : une armoire, une télé. Là, nous nous éclations ", dit Karina Carvalhal.  "A 15 ans, j'ai emmené ma sœur parce qu'il ne s'intéressait plus à moi ... Là, il me donnait tout ", confirme Vanessa, la sœur de Karina.

Les témoignages suggèrent que Samuel a profité de la situation vulnérable de familles appauvries et s'est fait passer pour un " bienfaiteur ", créant une logique qui, en mêlant abus et récompenses financières, liait les victimes au système criminel. " Il y avait des filles qui soutenaient leurs mères avec cet argent, parce qu'elles n'avaient rien, elles vivaient dans des bidonvilles ", a déclaré une femme, qui ne souhaite pas être identifiée, qui a fréquenté les propriétés de l'homme d'affaires pendant six ans et a été témoin de dizaines d'abus.

Une ancienne employée, qui a également demandé à ce que son identité ne soit pas révélée, a déclaré au rapport qu'elle croisait les " filles Klein " en se rendant à l'ascenseur chaque semaine au siège de São Caetano do Sul (SP). " Je n'ai jamais vu aucun d'entre elles seule, elles allaient toujours par groupes de trois, accompagnées d'agents de sécurité ", dit-elle. L'employé et les deux agents de sécurité interrogés rapportent que de nombreux employés de l'entreprise étaient au courant et que, malgré les commentaires suscités, la situation a été traitée normalement.

Les personnes interrogées et d'autres sources affirment également que l'homme d'affaires était considéré par tous comme un homme bon et généreux qui " aidait beaucoup de gens ". Les récits indiquent que, dans son modus operandi, Samuel Klein  cachait la violence de ses actes dans les importantes récompenses qu'il offrait, une situation similaire à celle dénoncée par les femmes contre son fils Saul Klein.

Malgré la souffrance, beaucoup d'entre elles n'ont pas réalisé l'ampleur des abus qu'elles ont subis et n'ont vu aucun moyen de les signaler. Il n'est pas possible de connaître le nombre exact de femmes qui en ont fait l'objet, car les abus se seraient produits sur plusieurs décennies et dans des lieux différents. L'un des gardes du corps de la famille en témoigne : " Une fois, Samuel a passé une semaine à Angra dos Reis et c'était la folie. L'hélicoptère allait et venait en ramenant des filles, chaque jour plusieurs fois. Selon lui, au cours de cette semaine de 2009, il a aidé à débarquer environ 70 filles de l'hélicoptère dans le manoir d'Angra dos Reis. L'avion, selon le compte, serait un Agusta AW139, avec une capacité de dix personnes. Un hélicoptère de ce modèle a été acheté par Casas Bahia en octobre 2008, selon les documents de l'Agence nationale de l'aviation civile (Anac).

 © Agência Pública © Agência Pública

Dans les récits, il est également fait référence au nombre de filles présentes lors des fêtes et au siège de l'entreprise. " Il y avait environ 40 filles, toutes de mon âge ", raconte Vanessa Carvalhal à propos de sa première " fête " avec Samuel dans l'immeuble Universo Palace, à Santos (SP), dans les années 1990. " Tu arrivais là et il y avait six, sept filles qui attendaient pour entrer. L'une entrait et l'autre sortait. La plupart étaient jeunes, mais il y avait aussi des plus âgées ", raconte une autre femme entendue sous couvert d'anonymat, en parlant des réunions au siège de Casas Bahia.


Acheter le silence

En 2008, alors qu'elle avait 14 ans, Francielle Wolff Reis a été invitée par une connaissance à rendre visite au célèbre fondateur de Casas Bahia. Comme cela aurait été le cas pour d'autres filles, elle a appris que Samuel offrait des collations et des cadeaux aux filles qui lui rendaient visite dans son bureau à São Caetano do Sul (SP). Elle n'avait aucune idée qu'elle serait exploitée sexuellement par lui. Aujourd'hui adulte, Francielle raconte le traumatisme qu'elle porte. " Samuel a posé un paquet d'argent sur la table et a demandé : ' Tu le veux ? "

Selon le récit, l'homme d'affaires a promis qu'il lui remettrait le paquet de billets de banque si l'adolescente se soumettait à des rapports sexuels avec lui, qui avait 85 ans à l'époque. Coincée, Francielle a été conduite dans la petite pièce située à côté du bureau de l'homme d'affaires au siège de Casas Bahia. Selon son procès, trop effrayée pour dire non, elle a été soumise à des rapports sexuels vaginaux.

À partir de ce jour, l'adolescente a été plongée dans une routine d'exploitation sexuelle en échange de paiements et de cadeaux. Francielle dit avoir souffert, s'être sentie sale, coupable, mais avoir eu peur de le dire à sa mère et de la voir tomber en dépression. Pendant environ un an et demi, la jeune fille se serait rendue au bureau de Samuel deux à trois fois par semaine. Elle s'y rendait l'après-midi, presque toujours avec le même chauffeur de taxi qui recevait le paiement des courses directement d'un agent de sécurité engagé par Casas Bahia. Dans une interview accordée à Agência Pública, le chauffeur de taxi, qui s'est exprimé sous couvert de confidentialité, a confirmé qu'il avait transporté la jeune fille et a souligné : " Mais je n'étais pas le seul. Il y avait beaucoup de voitures transportant des filles de toute la région de l'ABC. "

Au fil du temps, la mère de la jeune fille a commencé à trouver le comportement de sa fille étrange. " Tout à coup, une adolescente s'est présentée à la maison avec de l'argent et des téléphones portables", raconte Amélia Pires dos Reis.

À l'époque, elle avait trois emplois, dont celui de femme de chambre, et finissait par passer peu de temps à la maison. Mais sa fille est devenue si étrange que la mère a décidé de chercher à entrer en contact avec Samuel Klein. Elle a appelé l'homme d'affaires et, dit-elle, il lui a dit que " Francielle était comme une petite-fille qu'il aimait aider ". Peu après l'appel, Samuel a fait livrer à son domicile un exemplaire de sa biographie et un DVD contenant un reportage sur son histoire d'entrepreneur. " Je suis tombé, je pensais que c'était un homme bien, je l'ai admiré pour avoir traversé la guerre. Je ne pourrais jamais imaginer la vérité ", déplore-t-elle.

Francielle a continué à fréquenter le bureau de l'entrepreneur. Cinq fois, elle a voyagé avec lui et d'autres adolescents à Angra dos Reis (RJ). Lors de ces voyages, selon son récit, les filles étaient soumises à une routine de violences sexuelles sur le yacht en haute mer ou dans le chalet de l'immense propriété entourée de gardes de sécurité armés. Agência Pública a eu accès à des photographies qui révèlent la présence de Francielle sur le yacht que Samuel gardait à Angra dos Reis.

Samuel a répété avec l'adolescente le même schéma que celui rapporté par d'autres femmes. En plus de l'argent, il lui a donné des coupons pour des produits, comme le suggèrent deux factures de vente de Casas Bahia, émises au nom de Francielle, totalisant 1.154 R£ (400 €), en mai 2009, lorsque la jeune fille avait 15 ans.

Lorsque la fille lui manquait, l'homme d'affaires appelait la voisine de la fille, demandait la présence de Francielle et envoyait un taxi la chercher. Dans une interview, la voisine Claudelice Alves de Freitas a déclaré qu'elle avait reçu environ six appels de Samuel demandant à voir Francielle, qu'il appelait " petite-fille ". Comme le rapporte la mère, au fil des mois, la violence a persisté et a déstabilisé l'adolescente. Début 2010, Amélia a décidé de se rendre au bureau de l'homme d'affaires et de lui parler. 

" Quand je suis arrivée là-bas, dans un taxi envoyé par lui qui transportait aussi une autre fille, ils ont pensé que j'étais une rabatteuse et m'ont emmenée vers l'entrée latérale. Dès que je suis entrée dans l'ascenseur et que j'ai vu tant de filles, je me suis demandé si j'étais dans une entreprise ou dans une maison close. C'est là que j'ai tout compris. Quand Amelia est arrivée dans le bureau, Samuel lui a proposé de l'argent pour qu'elle ne le dénonce pas, a-t-elle dit.

" A partir de là, ma vie est devenue un enfer. " Elle rapporte qu'elle a commencé à être harcelée par les employés de Samuel, qui lui ont proposé de l'argent et des biens immobiliers. Francielle est tombée malade psychologiquement et a cessé d'aller à l'école. Peu de temps après, sa propre mère a même tenté de se suicider. Claudelice, la voisine qui a répondu aux appels de Samuel et a aidé Amelia le jour de la tentative de suicide, résume la situation : " La famille a été détruite. "

Malgré les traumatismes et les appels des représentants de Samuel proposant de l'argent, Amélia dit qu'elle n'a pas accepté le silence et s'est rendue au commissariat pour femmes de Carapicuíba (SP) pour déposer une plainte. Elle dit aussi qu'elle a fait une déclaration et que son témoignage a été enregistré dans le cadre d'une enquête, qui n'a pas avancé. " J'ai passé neuf heures à attendre au poste de police pour témoigner et ensuite je n'ai plus jamais entendu parler de rien. " Agência Pública a tenté d'accéder à l'enquête censée être à l'origine de sa dénonciation, mais le document est classé secret.

" Je préférais les petites filles "

Cláudia* avait 20 ans lorsqu'elle a participé pour la première fois à un dîner avec Samuel au siège de Casas Bahia. C'était en 2008. À l'époque, elle était loin de sa famille, qui vit à Osasco (SP), pour suivre des cours à l'université de São Paulo. Sans aide financière, le salaire minimum qu'elle recevait de son emploi ne suffisait pas à couvrir son loyer et ses frais de scolarité.

" Ils ont dit que j'allais dîner et lui tenir compagnie, le câliner ", dit-elle. La proposition a été faite par un homme dont elle ne se souvient pas du nom. La réunion aurait eu lieu à l'étage de la présidence du magasin, où se trouvait la pièce où Samuel Klein passait une partie de son temps.

Lorsqu'ils arrivaient sur place, les taxis amenant les jeunes filles et les femmes étaient immédiatement dirigés vers le parking de la présidence, où des vigiles accueillaient les personnes. Claudia affirme qu'elle n'a jamais eu de relations sexuelles pour de l'argent et que ce n'est qu'en arrivant sur les lieux qu'elle a réalisé la nature de la rencontre. " J'étais sous le choc. Je me suis sentie piégée. Une fois que vous y êtes, vous avez l'impression de ne plus avoir de moyen de vous retirer. "

Après le repas, elle raconte que Samuel a parlé aux participants de leurs intérêts, de leurs études et de leurs difficultés financières. " C'était comme une sélection. " Au cours de la conversation, l'homme d'affaires a convoqué ses favorites dans la pièce. " Je me suis sentie sale, dégoûtée et honteuse. Je suis parti en pleurant. Vous ne pensez jamais que vous allez faire quelque chose comme ça parce que c'est une situation humiliante partagée avec d'autres personnes. J'ai vu d'autres femmes y être humiliées. Ce qui m'a attirée, c'est l'argent, c'est ce qui m'a fait revenir ", révèle-t-elle.

Selon Cláudia, les réunions avaient une méthode. Les gardes de sécurité personnels de l'homme d'affaires interceptaient les voitures qui conduisaient les femmes. La personne qui programmait les visites et effectuait les paiements est Lúcia Amélia, citée à nouveau comme responsable pour l'organisation qui comprenait la liaison avec les rabatteuses de call-girls, les rabatteurs de mineurs et, le cas échéant, la personne qui faisait l'injection de stimulants sexuels dans le corps de l'homme d'affaires.

" Certaines de ces personnes ont également fourni des femmes à son fils Saul ", dit Cláudia, qui mentionne également Káthia Lemos comme rabatteuse.

Bien qu'elle soit majeure, Cláudia raconte qu'on lui a dit qu'elle avait 17 ou 18 ans pour rencontrer " le style de Samuel, qui préférait les très jeunes filles ". Cláudia confirme que l'homme d'affaires a entretenu des relations sexuelles avec des adolescentes et des enfants. " C'était un pédophile, il se comportait comme tel. Il aimait les filles aux corps moins évolués, ce qui était mon cas. Donc il m'aimait bien. On devait continuer à mentir parce qu'il aimait ça. "
Après avoir cessé d'aller à des rendez-vous avec Samuel Klein, Cláudia a changé de ville et de numéro de téléphone. Elle a dit qu'elle n'a plus jamais fait de passes ni été recherchée par qui que ce soit à partir de cette époque, mais qu'elle en porte encore aujourd'hui les marques psychologiques. " C'est quelque chose que j'ai enterré dans ma vie. J'ai suivi un traitement contre l'anxiété. J'ai des difficultés à avoir de la confiance envers quelqu'un. Lorsque vous connaissez le côté sombre des êtres humains, cela éveille le sentiment de ne pouvoir faire confiance à personne. Un autre traumatisme qui m'accompagne est le besoin d'être parfaite. Parce que j'avais un script à suivre pour lui plaire. Tu devais être parfaite, être comme un robot. 

Cláudia indique qu'elle a fréquenté les différentes résidences de Samuel pendant trois ans. Elle était dans les maisons d'Alphaville (SP), de Santos (SP) et d'Angra dos Reis (RJ), et affirme que les rencontres se faisaient toujours avec plusieurs femmes adultes et en présence d'adolescents. " Toutes ses maisons avaient des sortes de kits prêts pour ces rencontres sexuelles, comme du gel lubrifiant à côté du lit. Beaucoup ont utilisé des préservatifs féminins cachés parce qu'il ne les aimait pas. "

Fernanda*, une autre femme qui a fréquenté la maison de l'homme d'affaires à Alphaville (SP) à la même époque, entre 2008 et 2009, confirme que les rapports sexuels vaginaux sans préservatifs étaient obligatoires. " L'assistant passait du lubrifiant avant et disait que ça tuait tout ", se souvient-il. Pour elle, le nombre de filles emmenées au domicile de l'homme d'affaires dans le luxueux condominium a attiré l'attention.  "Il y avait au moins deux voitures par jour. L'un des jours où j'étais là-bas, alors qu'un groupe de filles et moi partions, nous avons vu que Káthia était déjà arrivée de Santos avec une autre voiture pleine de filles. Il y avait donc deux ou trois voitures par jour. "

Comme elle et toutes les personnes interrogées le soutiennent, Samuel préférait les filles de moins de 18 ans. " Ce qu'il aimait, c'était déflorer des jeunes filles. Quand il avait une fille mineure, une jeune fille, qui était vraiment vierge, eh bien, il devenait fou. Il donnait une voiture à la famille, il était prêt à tout ", dit-elle. " Quand j'étais dans la salle, la femme qui préparait les filles m'a dit de me couvrir parce que j'avais des vergetures sur le ventre en disant ' couvre-toi ou il va voir que tu es vieille '. Remarque que j'avais 18 ans ", dit Fernanda.


Vers Angra dos Reis en hélicoptère

Le manoir de l'homme d'affaires situé dans le condominio de Porto Marina Bracuhy, à Angra dos Reis (Rio de Janeiro), est l'une des adresses les plus citées par les femmes qui ont signalé les abus.

Ivan Marcelo Neves, un résident de la copropriété, a déclaré qu'au début des années 2000, les week-ends, l'homme d'affaires distribuait de l'argent à la porte de sa maison pour les résidents des environs et invitait certaines filles à entrer ou à monter sur son yacht. Celles qui acceptaient se voyaient proposer des rapports sexuels avec lui, en échange d'argent et de cadeaux.

Ivan se souvient que les habitants des quartiers à faibles revenus voisins de la copropriété se sont habitués à recevoir de l'argent de l'homme d'affaires. " C'était très inconfortable et aussi très explicite. Les gens disaient : " Aujourd'hui il y a une fête chez Samuel Klein ". Et la guérite qui donnait accès à son domicile laissait passer les gens. "

En plus d'Ivan, deux autres résidents du quartier se sont exprimés pour nos reporters, mais ont préféré rester anonymes. " Tout le monde ici savait déjà quand il est arrivé, ils savaient pour l'hélicoptère ", commente l'un d'eux. " C'était presque tous les vendredis que les gens y allaient. Et la nouvelle était qu'il aimait les jolies jeunes filles ", dit une autre personne interrogée.

" Il donnait de l'argent à volonté, comme de l'eau, personne ne le dénonçait ", raconte l'un des habitants du quartier voisin de l'homme d'affaires à Angra dos Reis. Le flux de personnes, qui faisaient la queue devant le manoir de Klein, a agacé les voisins. Ivan Neves affirme qu'au milieu des années 2000, l'un des co-propriétaires, dans le condominio Porto Marina  Bracuhy, a déposé une plainte à la police pour dénoncer le racolage de mineurs. 

" Le fait est qu'il a construit la crèche, payé le mur de l'école et donné beaucoup d'argent. Tout cela ferme les yeux des gens", déplore l'un des résidents. Selon les récits, vers 2004, l'homme d'affaires a cessé d'aider la communauté avec des paniers de nourriture de base et de distribuer de l'argent à la porte du manoir. " Il y a eu un silence général dans la ville ", se souvient Ivan.

Outre les résidents d'Angra dos Reis, selon le récit d'une personne interrogée par un de nos journalistes, Samuel emmenait dans sa villa sur la plage des adolescentes issues de quartiers défavorisés d'autres municipalités de São Paulo, comme Santos, São Vicente, Guarujá, Carapicuíba, São Caetano do Sul, et même d'autres États, dont beaucoup du sud du pays.

Un témoin a déclaré, sous le sceau du secret, que les déplacements vers le manoir se faisaient avec la promesse de promenades en yacht. L'homme d'affaires emmenait régulièrement quatre ou cinq filles sur l'héliport situé sur le toit du siège de Casas Bahia à São Caetano do Sul, selon d'anciens employés, des femmes interrogées et des documents judiciaires.

De là, ils partaient pour le manoir, où la routine se réduisait à prendre des repas avec lui, à rester à la piscine et à faire une croisière sur le yacht, où ils étaient soumis à des pratiques sexuelles collectives avec Samuel, alors que le bateau était arrêté en haute mer. " Il parlait du voyage aux favoris, comme d'un prix. Imaginez, pour une fille qui n'avait rien, l'idée de voyager en hélicoptère et de monter sur un yacht a attiré l'attention ", commente l'une des sources.

Dans une interview, l'une des femmes a déclaré qu'adolescente, elle s'était rendue plusieurs fois au manoir et a fourni au public des photos de ces voyages. Sur l'une des images, elle apparaît serrant l'homme d'affaires dans ses bras devant l'hélicoptère Agusta A09 Power, qui a atterri à Angra dos Reis (RJ) en 1999. Outre l'utilisation de l'héliport de la société, la photographie indique que Samuel a utilisé l'avion de Casas Bahia pour transporter les filles jusqu'à son manoir. Selon les registres de l'agence nationale de l'aviation civile (Anac), l'hélicoptère représenté avait été enregistré au nom de Casas Bahia en 1998.

Guarujá et São Vicente
Un imposant bâtiment " debout sur le sable " sur la rive de l'île Porchat à São Vicente, sur la côte de São Paulo, était l'une des destinations les plus fréquentes de Samuel Klein à la fin des années 1990. La stratégie d'approche des filles, de préférence vierges, était similaire à celle répétée des années plus tard à Angra dos Reis (RJ). Le week-end, il distribuait de l'argent à la porte de l'immeuble à tous ceux qui se présentaient et invitait quelques filles à prendre un goûter. Selon José Alves Feitosa, un résident de l'immeuble, la nouvelle que l'homme d'affaires distribuait de l'argent s'est rapidement répandue dans le quartier, et la petite rue menant à l'immeuble chic était bondée de monde chaque fois que l'homme d'affaires était dans la propriété.

" Disons que le matin, il y avait environ 50 filles. Alors il n'a pas voulu répondre. Les filles faisaient la queue et s'en allaient. Ils revenaient l'après-midi et il y avait déjà 50 personnes dans la file. La nuit, cette file s'était multipliée, ils étaient déjà 100 ", raconte une femme qui affirme avoir fréquenté les propriétés de Samuel Klein entre 1995 et 2000.

Le flux de personnes a fini par embarrasser les voisins de la propriété de São Vicente  (SP). José Alves Feitosa, un résident de l'immeuble, qui est actuellement le gestionnaire immobilier, a expliqué que les résidents se sentaient mal à l'aise face aux files d'attente qui se formaient dans la rue et à la quantité de personnes qui circulaient dans l'immeuble pour se rendre à l'appartement de l'homme d'affaires. " Nous avons donc dû faire une pétition pour le faire sortir du bâtiment et nous avons réussi. " Feitosa dit qu'après la pétition, Samuel Klein a cessé de fréquenter l'adresse.

Une fois encore, les récits indiquent que pendant les réunions, Samuel Klein aimait se mettre dans le rôle d'un supposé  " fournisseur ". " Il n'arrêtait pas de dire 'mange ceci, mange cela, profite du fait que les pauvres ne mangent pas de filet mignon'. Puis il choisissait trois filles et les invitait dans la chambre ", raconte un témoin. Son récit est confirmé par Karina et Vanessa Carvalhal, qui ont également fréquenté la propriété de São Vicente et qui, selon elles, y ont subi plusieurs abus.

" Personne n'a parlé de ce qui s'est passé lorsqu'elles ont quitté la pièce, à l'époque où les filles avaient honte. Elles partaient affligées pour aller aux toilettes et c'était tout ", raconte la témoin, qui a préféré rester anonyme. " Celles qui sont allées dans la salle recevaient 500 à 1.000 R$ [1,3 salaire minimum], payés sur place, en liquide. C'était beaucoup d'argent à l'époque ", dit-elle.

Avant d'utiliser la propriété de l'île de Porchat, Samuel Klein utilisait régulièrement une maison qu'il possédait au numéro 5005 en face de la plage d'Enseada, à Guarujá (SP). Karina Carvalhal raconte que la maison, située sur un grand terrain, avait un bâtiment à l'arrière surnommé " motelzinho ", devant la piscine avec la lettre K gravée au fond. Plusieurs femmes entendues par notre équipe de reporters ont parlé des week-ends qu'elles ont passés à subir une routine d'abus à cette adresse, alors qu'elles étaient encore mineures. Une adolescente qui dit avoir été violée par Samuel Klein à Guarujá a fait une dénonciation qui est parvenue au Conseil de tutelle de la municipalité, générant l'ouverture d'une enquête de police.


Les procédures judiciaires n'avancent pas
Devant les tribunaux, aucune procédure visant à demander des comptes à Samuel Klein pour les abus commis à l'encontre d'enfants et d'adolescents n'a prospéré. Les tactiques de défense de l'homme d'affaires ont été pointées du doigt comme des tactiques visant à éviter l'avancement des poursuites. 

Un avocat interrogé par nos reporters a déclaré qu'il avait conclu un accord de plaidoyer, avec un accord de confidentialité, avec six femmes qui ont allégué des abus par Samuel Klein, toutes mineures à l'époque. Selon l'avocat, qui s'est exprimé sous le sceau de la confidentialité, le règlement a été couronné de succès parce que les victimes ont présenté des photographies et des preuves vidéo. Il a qualifié le matériel présenté d'" incontestable ".

En plus des photos montrant des adolescents dans l'hélicoptère et dans les résidences de Samuel Klein, selon l'avocat, il y avait des vidéos montrant des abus sexuels explicites. " Le matériel video n'est pas subtil. L'acte sexuel est là. " Outre la vidéo montrant des scènes de sexe avec une jeune fille mineure, l'avocat rapporte que le matériel montre l'homme d'affaires tenant des propos vulgaires et humiliants à l'égard des adolescentes. " Troublant ", dit-il. Après vérification des dossiers, la défense de l'homme d'affaires a proposé un accord qui prévoyait le versement d'une indemnité aux femmes et la destruction des preuves.

Outre cet accord, d'autres accords similaires ont été conclus, enregistrés au tribunal ou dans la sphère extrajudiciaire. En 2010, un accord a été signé entre Vanessa Carvalhal, Karina Carvalhal et deux autres plaignantes. Selon les sœurs entendues par notre reporter, chacune a reçu environ 150.000 R$ (30.000 €). Agência Pública a eu accès à des documents qui indiquent la véracité de l'accord.

Mais cette pratique consistant à payer les femmes avant de répondre à la convocation du tribunal, afin que les poursuites ne soient pas engagées, avait déjà été utilisée par l'homme d'affaires à la mi-2002. Jorge Alexandre Calazans, un avocat qui a représenté quatre victimes d'abus sexuels, affirme être parvenu à un accord avec les avocats de l'homme d'affaires et les femmes qui l'ont sollicité. " L'accord a été conclu rapidement, elles ont reçu l'argent et éteint le procès en indemnisation qu'elles avaient intenté. " L'une des femmes a déclaré avoir reçu 5.000 R$ (1.000 €) comme règlement.

Il y a dix ans, le cabinet d'avocats Aquino Ribeiro Advogados & Associados, situé à Santos, sur la côte de São Paulo, a reçu le premier récitt d'une femme qui cherchait des conseils pour engager une action en justice. Elle a déclaré avoir été abusée lorsqu'elle était adolescente, à la fin des années 1990, mais avoir demandé justice contre l'homme d'affaires des années plus tard.

Après elle, les avocats du bureau ont reçu au moins une douzaine d'autres récits de femmes qui disent avoir été abusées par Samuel Klein au cours de la même période. Les affaires étaient toutefois prescrites pénalement. À l'époque, le délai de prescription d'une poursuite pénale pour viol était de 20 ans à compter de la survenance des faits. L'année suivante, avec la loi Joana Maranhão de 2012, le délai de prescription des crimes sexuels contre les personnes vulnérables n'a commencé à courir qu'à la date à laquelle la victime a eu 18 ans.

Les avocats ont opté pour la procédure civile, dans laquelle le délai de prescription de 20 ans commence à courir à partir de l'âge de la majorité. Aujourd'hui, une victime a jusqu'à trois ans pour réclamer des dommages et intérêts dans la sphère civile - ce que dénonce l'avocat Antônio Sérgio de Aquino, qui représente six de ces femmes. " Même le consommateur a une loi de réparation plus avantageuse qu'une victime de viol de cette nature, car le consommateur a cinq ans. Le Code de défense des consommateurs leur donne cinq ans pour demander réparation des dommages, pour intenter un procès. Et une victime comme celle-ci en a trois. C'est un point à revoir ", dit-il.

Mais, même dans le domaine civil, cinq des six affaires portées devant les tribunaux par le bureau ont vu la prescription reconnue. Comme l'homme d'affaires avait plus de 70 ans lorsque les femmes ont décidé de demander réparation, le temps nécessaire pour rendre le processus viable a diminué de moitié : dix ans. L'une des clientes d'Aquino, par exemple, déclare avoir été abusée sexuellement pendant huit ans à partir de 1992, lorsqu'elle avait 11 ans. Mais elle n'a signalé le cas qu'en 2012, à l'âge de 30 ans - deux décennies plus tard, alors que le délai de prescription était déjà atteint. Selon la règle précédente, elle aurait eu jusqu'à l'âge de 21 ans pour intenter une action en justice contre Samuel, car il s'agissait d'une accusation contre une personne âgée ; selon la nouvelle règle, la même victime aurait dû signaler l'abus avant l'âge de 28 ans pour pouvoir poursuivre l'action.

" C'est trois ans pour postuler quelque chose d'aussi grave. Comment un jeune de 21 ans, car aujourd'hui ils comptent à partir de 18 ans, peut-il faire face à un Samuel Klein ? " Dans la tête de la victime, il lui reste à penser qu'elle pourrait être coupable. Elle prend le temps de penser que l'agression, que ce qu'elle a vécu, est de sa faute. C'est ce que nous voulions : avoir au moins un rapport d'expert, un psychologue ou un psychiatre qui pourrait évaluer les raisons pour lesquelles ils n'ont pas intenté de procès à l'époque.

Comme stratégie pour démontrer l'inapplicabilité de la prescription et maintenir les affaires en cours, il soutient la thèse juridique selon laquelle ses clients, en raison du traumatisme de l'abus, n'ont pas cherché à intenter des poursuites parce qu'ils étaient temporairement incapables. La défense cherche à travailler avec une possibilité légale, puisque la législation modifie le délai de prescription pour les personnes considérées comme incapables. L'article 198 du code civil suspend la prescription pour les personnes incapables d'exercer leurs droits civils, qui a comme une de ses définitions dans la loi, " ceux qui, même pour une cause temporaire, sont incapables d'exprimer leur volonté ".

De toutes les affaires du cabinet d'avocats, une seule est encore au tribunal. L'action de nature indemnitaire rassemble les mêmes arguments et thèses juridiques, mais a eu un rythme judiciaire plus lent. L'affaire toujours en cours demande maintenant aux héritiers de l'homme d'affaires une indemnisation de 3 millions R$ (400.000 €) pour les dommages matériels et moraux. Silvana* allègue qu'elle a été abusée par l'homme d'affaires lorsqu'elle avait 11 ans, en 1996.

Lors du jugement de l'affaire en première et deuxième instance, les arguments des avocats sur l'incapacité des plaignants à exercer le droit n'ont pas été analysés, et le droit d'action a été déclaré prescrit. Maintenant, les avocats attendent que le processus soit numérisé pour l'analyse des appels par la Cour Supérieure de Justice (STJ).

La possibilité de renverser l'accord au tribunal semble faible, puisque la structure procédurale est tout à fait similaire à celle d'autres affaires qui ont été prescrites, mais Aquino parie sur la stratégie. " Si notre thèse est approuvée, le processus retournera en première instance pour que, alors, nous ayons l'occasion de produire les preuves et eux, les contre-preuves. "

Outre les photos des adolescents dans les propriétés de Klein et les récits manuscrits des femmes, les avocats ont instruit les dossiers sur la base d'une enquête de police ouverte contre Samuel Klein en 2006 - celle qui a le plus progressé en termes d'investigation.

L'analyse de l'enquête met en lumière l'histoire de Bianca*, qui a déclaré dans une déposition au tribunal avoir été victime d'abus sexuels et de viols commis par Samuel Klein lorsqu'elle avait 13 ans, en 2001. Elle a signalé l'affaire en avril 2006 au Conseil de tutelle de Campina Grande, dans l'État du Paraíba, où elle vit désormais avec sa mère. 

Dans une lettre écrite de sa main, elle, qui avait 17 ans au moment de la dénonciation, fait état de harcèlement sexuel et des tentatives de l'homme d'affaires de " caresser " et de " forcer de manière horrifiante ". " Je suis ici pour le dénoncer afin que cela n'arrive pas à d'autres jeunes filles, qui ont vécu et vivent cela et n'ont pas le courage de le dénoncer, par peur et par gêne, comme je l'ai fait. "

Dans le texte écrit par l'adolescente, elle fait également état de persécutions à l'encontre de sa famille. " Je ne l'ai plus fait comparaître devant le tribunal parce qu'il m'a menacé et a menacé ma famille. " Il a essayé de nous corrompre, moi et ma famille, avec beaucoup d'argent ", a-t-elle dénoncé dans la lettre. Selon une déclaration du père de Bianca, qui figure dans l'enquête de police, à laquelle Agência Pública a eu accès, les gardes du corps de Samuel Klein auraient offert 50.000 R$ (8.000 €) et la secrétaire de l'homme d'affaires 10.000 R$, pour faire taire la famille sur ce qui s'est passé.

Dans la déposition, le père de l'adolescente déclare qu'il a même pensé à parler à l'homme d'affaires lorsqu'il a appris les abus commis à l'encontre de sa fille, mais que ses amis et sa famille lui ont conseillé de " ne pas s'embrouiller " avec lui, car il s'agissait d'une " personne riche et puissante ". En plus de lui, cinq autres témoins ont apporté leur témoignage.

En 2011, le juge Valdir Ricardo Lima Pompêo Marinho, de la 1re Chambre du tribunal de Guarujá (SP), a jugé que Samuel Klein n'était plus punissable et a ordonné la clôture de l'enquête le concernant.

Avant la décision finale du magistrat, le ministère public (MP-SP) avait reconnu les preuves des abus, mais avait recommandé au juge de classer l'affaire car il n'était tout simplement pas possible de tenir Klein pénalement responsable : " Malgré le fait que les différents témoignages indiquent l'occurrence d'abus sexuels pratiqués par l'enquêté contre la victime, même si ces récits ont été pleinement démontrés dans les dossiers, il apparaît que la prescription s'est produite dans la punition abstraite par rapport à tout type de criminalité dans laquelle la conduite de Samuel sera encadrée ", a écrit le procureur Antônio Benedito Ribeiro Pinto Júnior.

Dans cette affaire, on retrouve une tactique récurrente de la défense de Klein : éviter la convocation aux auditions, qui est le moment où la victime peut être entendue au cours de l'enquête, jusqu'à l'expiration du délai. Dans l'enquête qui a porté sur les violences subies par Bianca, les tentatives d'audition de Klein dans le cadre de l'enquête se sont déroulées sur trois ans, d'août 2006 à décembre 2009.

Les forces de l'ordre ont cherché Samuel Klein à plusieurs reprises au siège de sa société et à ses adresses résidentielles, en vain. L'homme d'affaires, par le biais de sa défense, a présenté des certificats médicaux et a demandé que l'audience ait lieu à São Caetano do Sul, mais il n'a jamais répondu aux autorités policières. Ni lui, ni ses témoins. Il n'y a pas eu d'action plus énergique de la part de la police civile ou du MP-SP.

La même stratégie a été observée dans le cas de Francielle Reis, qui a déclaré avoir subi des abus récurrents entre 2008 et 2010, alors qu'elle avait 14 et 15 ans, au siège de Casas Bahia. Francielle raconte qu'après que la plainte déposée au commissariat pour femmes de Carapicuíba se soit avérée infructueuse fin 2010, elle a pris son courage à deux mains pour entamer en 2013 un procès pour dommages moraux contre Samuel, dans lequel elle a joint des photographies sur le yacht de l'homme d'affaires lorsqu'elle était adolescente et d'autres documents. Le processus a patiné pendant des années, mais Samuel est décédé sans être au moins cité par la Justice. En 2017, trois ans après la mort du " roi de la distribution ", un huissier a réussi à convoquer l'héritier de Samuel, le fils aîné, Michael Klein. L'affaire est toujours devant les tribunaux.

En février 2021, le juge chargé de l'affaire a rendu une décision refusant à Francielle l'indemnisation demandée. Dans sa décision, elle a accepté les arguments de la défense, qui a fait valoir que Klein était alité depuis 2006, ne pouvant pas pratiquer les abus rapportés par Francielle.

Cependant, Agência Pública a constaté que pendant cette période, Samuel a assisté à des événements publics, semblant être en bonne santé. Il a par exemple inauguré un nouvel entrepôt d'entreprise en mai 2006, aux côtés de l'ancien président Lula. En novembre 2007, le magazine IstoÉ Gente a enregistré la participation du patriarche au lancement de la cinquième édition de Super Casas Bahia, un événement d'entreprise à Anhembi, à São Paulo. En mai 2010, la chroniqueuse Sonia Racy a fait l'éloge de sa santé physique : " En plus d'être absolument actif, Samuel Klein vit pratiquement au siège [de Casas Bahia] à São Caetano do Sul. En plus d'une chambre aménagée, il s'exerce quotidiennement dans un couloir ".

L'année suivante, en 2011, Samuel a donné une conférence de plus de 40 minutes lors d'un événement organisé par des écoles juives. Deborah Kotujansky Rejwan, une étudiante qui a assisté à la conférence, a déclaré au rapport que Samuel se déplaçait et parlait avec aisance lors de l'événement. " C'était un petit monsieur qui semblait très bien se porter pour son âge ", dit-elle. La même année, l'homme d'affaires a assisté à une assemblée générale des associés de la société Habile Segurança e Vigilância, liée à la famille Klein.

En mars 2021, les avocats de Francielle ont fait appel de la sentence de première instance, arguant que l'homme d'affaires n'était pas alité. L'affaire est en cours d'analyse par la Cour de justice de São Paulo. La mère de la jeune fille résume : "Je ne veux pas d'argent avec ce procès. Au fond, je veux montrer que, dans ce pays, les pauvres ont aussi des droits.

Samuel Klein a également fait l'objet d'une enquête ouverte en octobre 2008 au commissariat de Santos pour la défense des femmes. L'affaire est devenue une affaire pénale qui a été traitée par le 1er tribunal pénal de la ville, et Samuel a fait l'objet d'une enquête pour des crimes relevant du statut de l'enfant et de l'adolescent. L'affaire n'a été classée qu'après la mort de l'homme d'affaires, six ans plus tard.


Tel père, tel fils ?
Luana*, qui a maintenant 26 ans, raconte qu'en regardant Fantástico en décembre dernier, elle a revécu l'un des pires moments de sa vie, lorsqu'elle avait 18 ans. "Ça me fait encore peur de m'en souvenir." Elle fait référence à la figure de Saul Klein, l'un des héritiers et fils de Samuel Klein, qui a fait l'objet d'un reportage dans le journal télévisé de Globo en raison d'une enquête déclenchée par plus de 30 femmes qui l'accusent de crimes sexuels tels que le viol.

Connu dans le monde du football pour ses investissements dans des clubs tels que São Caetano et Ferroviária, Saul a également été, lors des dernières élections municipales, candidat au poste de vice-maire sous l'étiquette du parti PSD (droite de la droite) de la municipalité de São Caetano do Sul, la ville où s'est installé le premier magasin Casas Bahia qui, fondé par le patriarche du clan, deviendra non seulement l'une des plus grandes entreprises de vente au détail du pays, mais aussi l'une des plus médiatisées au Brésil.

" Quand l'affaire est passée à la télévision, je n'ai pas tout de suite compris de qui il s'agissait. Je ne l'ai reconnu que lorsqu'ils ont montré sa vidéo, et nous l'appelions " Zinho", pas Saul ", se souvient Luana.

Luana explique qu'elle est venue à São Paulo en 2014, attirée par une annonce pour un salon international de la chaussure qu'elle a trouvée sur le réseau social Facebook. À son arrivée à l'aéroport, elle a été accueillie par un chauffeur qui l'a emmenée, avec une autre femme, au flat Sequoia, à Alphaville, dans la banlieue de São Paulo. Toutes deux étaient là pour la première fois. " J'ai été trompée. Je n'ai découvert que plus tard qu'il s'agissait du fils du patron de Casas Bahia."

Un ancien employé de l'appartement Sequoia qui y a travaillé pendant plus de dix ans a rapporté à Agência Pública que Saul avait deux appartements à l'endroit où se trouvait Luana. " Les filles n'avaient pas le droit de sortir et d'avoir des contacts avec d'autres personnes ", a-t-il déclaré. " L'une d'elles m'a dit une fois qu'il voulait leur imposer le sexe anal, en force. " 

Le cachet de 3.000 R$ et la pression psychologique qu'elle a ressentie de la part du personnel de l'homme d'affaires ont fait que Luana est restée pour un test, qui s'est déroulé dans un autre endroit, rapporte-t-elle. " J'ai dû me déshabiller pour lui, me montrer, j'étais stupéfaite, mais il a choisi l'autre fille qui était avec moi à ce moment-là, c'est-à-dire cette fille originaire de l'Etat de Goiás qui est venue dans la voiture avec moi. "

Elle dit avoir vu Saul Klein avoir des relations sexuelles anales sans préservatif avec sa collègue. " Elle a quitté la pièce en pleurant, car il lui a fait beaucoup de mal. " Luana se souvient que quelques jours plus tard, elle a participé à une fête dans le manoir de Saul, dans une autre région d'Alphaville, à laquelle ont assisté 20 femmes, du vendredi au dimanche. " On se réveillait, on prenait un café avec lui, on descendait à la salle de sport, on allait à la piscine et le soir, on faisait des soirées à thème ".

Selon elle, chaque nuit, trois femmes étaient sélectionnées pour la chambre de Saul dans son manoir. " Le samedi, quand j'ai été sélectionnée pour monter dans la chambre avec lui, j'ai commencé à me sentir mal, à avoir la nausée, à cause de l'alcool que j'avais bu dans la journée, mais j'y suis allée. "

Des membres de l'équipe de Saul lui ont demandé si elle était enceinte. " Ils m'ont dit que si je pensais être enceinte, je ne pouvais pas partir avant d'avoir avorté. Que ce soit le sien ou non, je devais l'enlever. J'ai dit non, que je passais un mauvais moment à cause de la boisson. Malgré cela, j'ai été obligée de faire un test de grossesse sur place. "

En montant dans la chambre, Luana a été prévenue qu'elle ne pouvait pas regarder le visage de l'homme d'affaires ni parler comme un adulte. " Nous devions parler avec la voix et les manières d'un enfant. Nous devions mentir sur notre âge, comme si nous avions 15 ans. "

Tomber malade, dit-elle, l'a sauvée d'un acte sexuel qu'elle ne voulait pas. " Ça n'a pas marché, j'étais malade. Et l'une des filles, la plus âgée du groupe, m'a dit d'aller dormir sur le sol de la salle de bains jusqu'au lendemain, tandis qu'elle et une autre fille novice comme moi le suivaient au lit. "

La femme qui lui a ordonné de dormir dans la salle de bains révélera le lendemain que si elle avait quitté la chambre, elle aurait pu être punie par le personnel de Saul, mais ne dira pas quelle serait la punition. " Cette femme est très vieille là-bas, mais elle venait d'avoir 18 ans. Elle a même dit elle-même qu'il [Saul] l'avait aidée à construire une maison. "

Luana affirme qu'elle n'est pas une call-girl et qu'elle ne fait pas partie de la trentaine de femmes qui accusent actuellement Saul devant les tribunaux et sont défendues par le cabinet d'avocats Gabriela Souza Advocacia Para Mulheres dans l'Etat du  Rio Grande do Sul.

Pour la défense de ses clients, Gabriela fait valoir qu'il existe une histoire transgénérationnelle de violence sexuelle depuis les Klein. " Saul Klein a reçu une éducation basée sur l'exploitation sexuelle des femmes, avec le pire exemple à la maison. Et, utilisant le pouvoir social que lui confère l'argent, il a reproduit et spécialisé le modus operandi paternel pour commettre les atrocités les plus diverses. "

Lors d'une conférence de presse au début du mois [mars] dernier, après une décision de justice qui a retiré à ses clients une mesure de protection contre Saul (le passeport de l'homme d'affaires a été rendu par la justice et il n'est plus empêché de contacter les femmes qui le dénoncent), l'avocate a déclaré que l'affaire présente des similitudes avec plusieurs autres qui sont devenues publiques.

Elle cite notamment l'affaire qui a eu un retentissement international, dans laquelle le milliardaire Jeffrey Epstein, ami américain de Donald Trump, a utilisé tout son pouvoir économique et social pour, pendant des décennies, commettre des violences sexuelles, dans un système reconnu comme une pyramide sexuelle, une histoire racontée dans une série de la plateforme internet Netflix. " Les similitudes ne résident pas seulement dans le modus operandi du prédateur sexuel, mais aussi dans l'orientation de sa défense et dans la façon dont le système judiciaire réagit à des situations de ce type. "

La défense de Saul Klein, assurée par le cabinet d'avocats André Boiani e Azevedo, affirme au tribunal que l'homme d'affaires aimerait être le " daddy de tous les daddys, dont tous les bébés aimeraient être des bébés ", en référence à une relation présumée de " sugar daddy " que l'homme d'affaires entretiendrait avec les accusatrices - le terme désigne des hommes plus âgés qui ont pour fétiche de soutenir financièrement des femmes plus jeunes en échange d'affection et/ou de relations sexuelles.

La défense de l'homme d'affaires a déclaré à Agência Pública (lire la note dans son intégralité) que l'enquêté est " victime d'un groupe organisé qui s'est réuni dans le seul but de s'enrichir illicitement à ses dépens, par le biais de menaces et de la présentation de fausses accusations dans les milieux judiciaires, policiers et médiatiques. " 

Toujours selon la défense de Saul Klein, la personne sujet de l'enquête " n'a jamais eu de relations sexuelles non consenties. Il n'a également jamais admis la présence de mineurs lors de ses soirées et fêtes, et cette question a toujours figuré sur son agenda de responsabilité en tant qu'hôte ". 

Pour la défense de l'homme d'affaires, "plusieurs de ces personnes ont déjà réussi à profiter de lui à d'autres occasions, lui causant des millions de pertes, et elles étaient habituées à cette situation". La défense dit aussi : "Quand ils ont réalisé que cette période était terminée, ils ont commencé à le diffamer publiquement. Il ressent une profonde indignation face à cette situation, mais se défendra en toute tranquillité, car il a une confiance absolue dans la police, le MP-SP et le pouvoir judiciaire, qui ont déjà prouvé son innocence lors de précédentes enquêtes et qui le disculperont certainement une fois de plus.

La défense des plaignantes affirme qu'en fait, Saul "prend plaisir à violer les femmes" et qu'il "est la personnification du patriarcat dans tout ce qu'il a de plus néfaste pour les femmes". Le titre approprié pour Saul serait peut-être 'le prédateur de tous les prédateurs'", a déclaré Gabriela lorsqu'elle a fait appel de la décision de retirer l'ordonnance de protection à ses clients.


Les cas d'abus sexuel et d'exploitation sexuelle des enfants et des adolescents sont tous deux punissables par la loi brésilienne. Avoir des rapports sexuels avec un mineur de moins de 14 ans est considéré comme un viol de vulnérabilité, avec une peine de huit à quinze ans d'emprisonnement. Si la victime a entre 14 et 18 ans et que l'acte implique un certain type d'échange - qui peut être de l'argent ou une autre récompense, comme un jouet, des vêtements ou même de la nourriture - le crime d'exploitation sexuelle d'un enfant ou d'un adolescent est caractérisé. Dans ces cas, les peines vont de quatre à dix ans de prison.


Mais malgré les mécanismes juridiques visant à réprimer ces crimes, les données officielles montrent que la violence sexuelle au Brésil est un problème structurel et que des cas tels que ceux décrits dans ce rapport se produisent avec une fréquence effroyable.

Rien qu'au cours du second semestre 2020, Disque 100, un service brésilien qui reçoit les signalements de violations des droits de l'homme, a enregistré 921 signalements d'exploitation sexuelle et 3.346 signalements d'abus sexuels physiques contre des enfants et des adolescents. La dimension de la tragédie est, en fait, beaucoup plus grande, si l'on considère que seulement 10 % des situations d'abus et d'exploitation sexuels infantiles sont notifiées.

Le discours moral, les préjugés, le machisme et le manque d'abris réduisent au silence les victimes de violences sexuelles, qui sont souvent blâmées alors que leurs agresseurs restent impunis, explique la sociologue Graça Gadelha, spécialiste des droits des enfants et des adolescents. Elle analyse que la société a tendance à blâmer les victimes et leurs familles plutôt que de blâmer le manque de politiques publiques, par exemple. "Les inégalités sociales sont les moteurs des violations des droits, qui commencent parfois dès l'enfance ", dit-elle.

Selon Graça Gadelha, la pauvreté et la vulnérabilité sociale sont les principaux facteurs qui conduisent les enfants et les adolescents vers des systèmes d'exploitation sexuelle. " Il y a aussi d'autres questions culturelles, les contextes sociaux et familiaux, les situations d'abandon - y compris par les politiques publiques, comme l'accès à l'éducation, aux services de santé, aux loisirs et à la culture. Il y a plusieurs aspects qui convergent pour l'entrée précoce des garçons et des filles dans des situations de violence sexuelle ", analyse-t-elle.

Pour les garçons et les filles victimes d'exploitation sexuelle, il est très difficile de briser le cycle de la violence, explique Ana Zomer, procureur de l'État de São Paulo et titulaire d'un doctorat en droit pénal : " Ils doivent surmonter plusieurs obstacles, notamment psychologiques. Malheureusement, il n'est pas rare que la victime soit sous-estimée lorsqu'elle va déposer une plainte et/ou cherche des services où elle devrait être à l'abri ", dit-elle.

Considérer qu'un garçon ou une fille a choisi de se trouver dans une situation d'exploitation sexuelle revient à ignorer les contextes de vulnérabilité multiple de ces personnes. " C'est une pensée perverse. Beaucoup sont attirés par des propositions séduisantes. On leur dit qu'ils vont assurer une carrière de mannequin, par exemple. Certains ne découvrent ce dont il s'agit que lorsqu'il n'y a plus de retour en arrière."

Ces promesses alléchantes, citées par le procureur, peuvent être faites par un intermédiaire, qui agit comme un agent dans des situations d'exploitation. " Si l'implication est prouvée, cette personne répond aussi pénalement ", explique Itamar Gonçalves, responsable de Childhood Brasil. " Si les crimes se produisent dans un établissement commercial, le propriétaire peut réagir et l'unité peut être fermée ", ajoute-t-il.

M. Itamar Gonçalves explique que les enfants et les adolescents exploités sexuellement peuvent finir par initier d'autres garçons et filles à des systèmes criminels. " C'est parce qu'ils sont encouragés à faire venir leur sœur, leurs parents, leurs amis et leurs connaissances pour augmenter leurs gains. D'autres fois, ils amènent quelqu'un dans le but de l'aider financièrement, de lui rendre service ou de se sentir plus en sécurité, de ne pas être seul dans certaines situations ", explique-t-elle. Mais dans ces cas, les victimes ne peuvent être tenues pour responsables. " Le rôle du toiletteur est l'adulte qui profite de la situation. Malheureusement, parce que nous avons une Justice macho, les actions d'un adulte qui profite et/ou articule ce type de situation sont souvent normalisées. "

Rien qu'au cours du premier semestre de l'année dernière, 25.469 viols ont été commis au Brésil, selon l'annuaire brésilien de la violence. Sur ce total, 17 287 étaient des viols sur des personnes vulnérables. En 2019, 57,9 % des 66.123 victimes de viols avaient au maximum 13 ans. Dans ce pourcentage, la plupart avaient entre 10 et 13 ans. Plus de 18 % n'avaient qu'entre 5 et 9 ans.

La majorité des victimes de viols et des victimes de viols de personnes vulnérables sont des femmes (85,7 %). Chez les garçons, ce type de violence se produit plus fréquemment à l'âge de 4 ans, tandis que, chez les filles, à l'âge de 13 ans. Les auteurs sont presque toujours des connaissances familiales (84,1 % des cas) ou des personnes de confiance.

" Ce sont des parents, des proches, des amis proches. Certains se taisent pour éviter les ruptures familiales. Et, lorsqu'elles parlent, elles sont discréditées par les membres de leur famille, parfois par la mère elle-même ", commente la procureure et avocate pénaliste Ana Zomer.

Le réseau de réception est défectueux. " Il est courant que l'on demande aux victimes de viols quels vêtements elles portaient au moment du crime, comme si cela justifiait la violence. Ce type de traitement leur fait porter un très fort sentiment de culpabilité, ce qui les maintient dans des cycles de violence ", explique Ana.

 "Il y a un manque de soins de santé, de prévention des MST [maladies sexuellement transmissibles] et de soins psychologiques. En ce qui concerne les enfants et les adolescents, la plupart d'entre eux n'ont pas accès aux opportunités qui pourraient les favoriser. En d'autres termes, elles subissent des violences et continuent d'être victimes d'une série de situations néfastes ", ajoute la sociologue Graça Gadelha.

Le contradictoire
Agência Pública a tenté de contacter Lúcia Amélia Inácio, secrétaire personnelle de Klein à Casas Bahia, qui, selon les accusations, était chargée de recruter et de payer les filles. Nous avons cherché à entrer en contact avec quatre numéros de téléphone différents à la réception de sa résidence et lui avons fait part de notre intérêt à l'entendre. Au moment de la publication de cette enquête, nous n'avons reçu aucune réponse.

Le cabinet Faria Advogados e Consultores de Empresas a également été contacté, qui a représenté Samuel Klein de son vivant et dans la succession du patriarche, dans des affaires d'indemnisation pour préjudice moral contre l'homme d'affaires. Par téléphone, l'un des associés, João da Costa Faria, a déclaré qu'il " ne veut pas parler de ces questions " et qu'il ne représente plus Samuel Klein.

Concernant le procès intenté par Francielle Wolff Reis, qui affirme avoir subi des abus sexuels de la part de l'homme d'affaires lorsqu'elle avait entre 14 et 15 ans, João da Costa Faria a déclaré que " c'est un fraudeur, quelqu'un qui n'a rien à faire et qui manque de respect à la mémoire de Samuel ". Les questions ont été envoyées par e-mail au bureau, et pendant sept jours, le journaliste est resté disponible pour recevoir les réponses. Jusqu'à la publication, il n'y a pas eu d'autres manifestations.

Notre équipe de reportage a également cherché à entendre l'avocat João Rossetti, qui, selon les plaignantes et enregistré par elles (avec sa voix, disent-elles), a prétendu avoir conclu des accords de compensation financière avec des femmes qui affirment avoir été abusées par Samuel, en 2010. Par téléphone, monsieur  Rossetti a déclaré qu'il ne ferait pas de commentaires au-delà de ce qui figure dans les poursuites judiciaires, car il ne représente plus Samuel Klein.

Michael Klein, fils et bras droit de Samuel Klein dans la gestion de Casas Bahia jusqu'en 2010 et actionnaire majoritaire de Via Varejo, a également été contacté. Il a déclaré qu'il ne ferait aucun commentaire sur les questions posées par Agência Pública.

Via Varejo, la holding qui contrôle la marque Casas Bahia, a répondu dans une note reproduite intégralement ci-dessous :

" Nous précisons que la famille Klein n'a jamais exercé de rôle de contrôle dans Via Varejo, la holding créée en 2011 pour gérer les marques Casas Bahia, Pontofrio, Extra.com.br et Bartira. La société holding, qui jusqu'en août 2019 faisait partie du groupe Pão de Açúcar, est désormais une société indépendante, sans bloc de contrôle, comme on peut le voir via le lien. Ainsi, nous ne commentons pas les cas qui ont pu se produire dans une période antérieure à la gestion actuelle de l'entreprise.
Via Varejo est très clair dans ses valeurs et ses principes de conduite. Nous rejetons avec véhémence tout type de harcèlement, de pratiques illégales et d'actes discriminatoires dans nos locaux, y compris notre siège administratif et nos magasins. Notre code d'éthique et de conduite, distribué à tous nos employés, est le guide qui régit toutes les actions de l'entreprise, et son application est contrôlée par des audits indépendants.
Nous sommes également signataires de plusieurs accords et engagements qui fournissent des paramètres institutionnels pour nos stratégies de responsabilité d'entreprise, comme, par exemple : Principes d'autonomisation des femmes, préparés par ONU Femmes ; Coalition des entreprises pour lutter contre la violence à l'égard des femmes et des filles, dirigée par Avon, ONU Femmes et la Fondation Dom Cabral ; Coalition des entreprises pour l'équité raciale et de genre, dirigée par l'Institut Ethos, le Centre d'études des relations de travail et des inégalités (CEERT) et l'Institut des droits de l'homme et des affaires (IHRB), avec le soutien du Movimento Mulher 360 et de la Banque interaméricaine de développement (BID). "


Ciro Barros, Clarissa Levy, Mariama Correia, Rute Pina, Thiago Domenici, Andrea DiP

(Agência Pública, le 15 avril 2013)

------------------

(*) Nom d'emprunt.

Mise à jour à 18 heures le 15 avril 2021 :
Après la publication de cette enquête, le bureau de conseil de la famille Klein, qui n'a d'abord pas souhaité faire de commentaire, a transmis la note suivante, que nous publions dans son intégralité :

" C'est avec une grande tristesse que la famille Klein a appris la publication d'un article sur Samuel Klein, fondateur de Casas Bahia, décédé en 2014. Immigrant polonais, juif et survivant de l'Holocauste, il a toujours enseigné qu'il faut travailler dur et faire preuve de courage pour relever les défis de la vie. C'est une honte qu'il ne soit pas en vie pour se défendre contre les accusations mentionnées. En ce qui concerne les deux procès en cours, ils se déroulent dans le secret de la justice et les décisions seront prises en compte. "

--------------------

 

Une fête en 1994 dédiée à Samuel Klein, organisée par Mme Lemos et d'autres employés. Plus de " 150 amies " de Samuel Klein ont assisté à la fête. © Agência Pública


https://www.youtube.com/watch?v=Ot9LtTdNnXo










Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.