Brésil: l'université américaine d'Harvard, fraudeur caché du cadastre à Bahia

De 2008 à 2016, les investissements agricoles et fonciers de l'université d'Harvard ont été mondiaux. Le Brésil a été la cible favorite. Via des offshores reliées à des différents opérateurs agroindustriels locaux. En 2016, ces structures avaient acquis plus de quarante propriétés rurales sur 400.000 hectares. Observons de plus près la région de la savane, au nord-ouest de Bahia.

Cotegipe, à Bahia, représenté en couleur jaune. © AidEnvironment Cotegipe, à Bahia, représenté en couleur jaune. © AidEnvironment
Le 8 septembre 2020, une condamnation a créé un tremblement de terre dans un ancien conflit foncier à Cotegipe (en jaune sur la photo satellite ci-contre), dans la région du cerrado (savane) de l'Etat de Bahia, à plus de 800 km au nord de la capitale Salvador. C'est seulement ce jour là que la 3ème chambre civile du tribunal de Bahia a compris que la société Caracol Agropecuária Ltda avait fraudé le cadastre, là, d'une superficie plus vaste que la municipalité de Rio de Janeiro.

Les procureurs et le gouvernement de l'État de Bahia considéraient depuis des années que la fazenda Gleba Campo Largo de Caracol comme le fruit d'un « festival de procédures irrégulières et illégales». Depuis décembre 2018, l'affaire était close grâce à une nouvelle condamnation, qui a interdit l'accusation et a même annulé l'affaire. Lors de la révision de sa position, la justice a décidé à l'unanimité de bloquer immédiatement les registres de la ferme, sur ses plus de 140.000 hectares. Mais la justice n'est pas venue pour tout le monde. La Harvard Management Company, un fonds de placement de la célèbre université américaine, a financé la société, désormais coupable, pendant de nombreuses années.

Caracol Agropecuária Ltda a été ouvert en août 2007 et vaut plus de 19 millions de reais (4 millions de dollars), un montant qui inclut possiblement la ferme fraudée de Cotegipe. L'un des gestionnaires des actifs de Harvard, Blue Marble Holdings, a été responsable des transferts financiers vers Caracol pendant près d'une décennie. Rien qu'en 2016, il a déposé plus de 2,4 millions de dollars, selon les autorités fiscales américaines. L'ONG Grain estime également que la même Blue Marble a alloué plus de 330 millions de reais (60 millions de dollars) dans le devis actuel.

Les soupçons sur Gleba Campo Largo existent officiellement depuis 2013, lorsque la Coordination du Développement Agraire de Bahia (CDA) a saisi l'affaire. L'organisme public a produit un rapport fulminant, révélant des signes de fraude au cadastre. Les preuves n'ont pourtant pas convaincu le juge Leandro de Castro Santos, de Cotegipe, qui a exclu la plainte et ordonné le rejet de l'affaire en décembre 2018.

La victoire préliminaire au tribunal a déclenché l'alerte rouge pour Harvard. Avec le processus bloqué dans l'ouest de Bahia, elle s'est empressé de couper ses liens avec Caracol Agropecuária. L'opération s'est achevée avec succès en juin 2019.

Selon le service des impôts de l'Etat (Receita federal), Caracol reste active et est dirigée par Alexandre Delmondes en partenariat avec deux firmes nord-américaines, Bromelia LLC et Guara LLC. Le secrétariat du gouvernement de l'État du Massachusetts rapporte que l'adresse des deux était la même jusqu'en juin 2019 : Atlantic avenue, 600, Boston. C'est là que se trouve le siège commercial du fonds de Harvard.

C'est également en juin 2019 que Bromelia LLC et Guara LLC ont été fermées aux États-Unis. Simultanément, Caracol s'est séparé des gestionnaires, la société Granflor Agroflorestal, de la ferme de Cotegipe. L'annulation de ce partenariat a été confirmée dans le rapport, par la même Granflor Agroflorestal, ex-gérant de l'exploitation.

La Harvard Management Company a prétendu alors « avoir et n'avoir jamais eu de relations avec Caracol ».

En 2008, lorsque Caracol a commencé à acheter des terres dans cette région nord-ouest de Bahia, des grands propriétaires terrriens et des pistoleiros se sont unis pour faire fuir les paysans et les travailleurs sans terre de la région. Plus de 200 familles occupent une partie du territoire. Selon une enquête de mai 2018 de l'Agência Pública il y a eu au moins quatre meurtres liés au différend depuis lors.

Les paysans affirment que les anciens partenaires de Harvard n'utilisent la ferme qu'à des fins de spéculation. Le rapport produit par le gouvernement de Bahia suit la même ligne, disant que « seulement par Caracol Agropecuária Ltda., les ventes [de terrains à Cotegipe] ont atteint des montants significatifs, indiquant la spéculation immobilière la plus cynique ». Les prix de la terre nue - le cerrado natif - dans les municipalités voisines suggèrent qu'il s'agit d'une tendance croissante dans l'ouest de Bahia.

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Traduction manuelle d'un article, remanié par nos soins, du 8/10/20.

Autre lien sur Harvard au Brésil:
https://www.grain.org/fr/article/6462-l-accaparement-des-terres-agricoles-bresiliennes-par-harvard-est-un-desastre-pour-les-communautes-et-un-avertissement-aux-speculateurs

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