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Billet de blog 20 oct. 2021

Brésil : À Rio, le bolsonarismo exécute, aussi, les écrivains étrangers engagés

Ce mercredi 20 octobre au matin, la police de Rio de Janeiro n'a pas de pistes sur les identités des tueurs, le 10 octobre en soirée, en pleine rue, de Leuvis Manuel Olivero Ramos, 38 ans, écrivain américain d'origine dominicaine, installé au Brésil depuis 2011 et qui avait publié onze livres, dont huit en 2020/2021. Il avait confié se sentir menacé.

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Lu Olivero.

" Il était très impliqué dans les causes sociales et combattait les préjugés de toutes formes, religieux, raciaux, sociaux. C'était un type positif, un pacifiste et il était très impliqué dans les causes pour lesquelles il se battait. En dehors de son militantisme, il était un grand père, il était avec sa fille dans tous les coins. Un grand homme, super intelligent, serviable et qui aidait tout le monde ".
" Il a vécu une vie d'aventures et sa soif de connaissances, des communautés, de l'art l'a amené jusqu'au Brésil ; là, il a embrassé l'histoire du pays, la politique, la capoeira et principalement la vie ".
Tels sont les premiers témoignages des amis de l'activiste et écrivain américain Lu Oliveiro, de son vrai nom Leuvis Manuel Olivero Ramos, qui vivait au Brésil depuis une dizaine d'années.
Parmi ces amis, quelques uns ont raconté qu'il leur avait confié se sentir menacé ("perseguido").
Compagnon d'une Brésilienne, père d'une fille, il avait publié onze livres, dont deux en portugais sur la force graphique des graffitis, que ce soit contre le président Jair Bolsonaro - " une des figures les plus connues et méprisées du Brésil ", comme il écrivait - titré " Enquanto o Ódio Governava, a Rua Falava " et un autre ouvrage, en 2020, après l'exécution en mars 2018 de la conseillère municipale Marielle Franco et de son chauffeur Anderson Gomes, intitulé " Memória Viva ".

" Enquanto o ódio governava, a rua falava ", (" Pendant que la haine gouvernait, la rue s'exprimait ") de Leuvis Olivero © DR
" Memória Viva ", de Lu Olivero © DR


Le dimanche 10 octobre 2021, ver 19 heures, alors qu'il sortait, à pied, rue Baltazar Lisboa, d'un restaurant entre le quartier de Tijuca et celui de Vila Isabel, au nord de la ville de Rio de Janeiro,  une voiture - au coût onéreux il semble nécessaire de préciser - de la marque Hyundai, modèle HB20, s'est portée à sa hauteur et plusieurs balles l'ont atteint à l'abdomen et à la tête. Arrivés sur place vers 19h28, les pompiers n'ont pu que constater son décès.
Leuvis Olivero était né en République Dominicaine et avait ensuite émigré aux USA puis acquis la nationalité américaine. Il était de la ville de Lawrence, dans l'Etat du  Massachussets. Il était diplômé en Etudes internationales, au Trinity College dans l'Etat du Connecticut (USA).
En 2014, il avait publié son tout premier livre, " Graffiti City : The History of Art and Vandalism on Rio's Streets " qu'il décrivait ainsi : " Une plongée au cœur de la culture carioca à travers son prisme le plus controversé : la rue. Entre art et vandalisme, Graffiti City explore la relation entre Pixação et Graffiti (art du graffiti), et la manière dont ces deux cultures cariocas distinctes reflètent ce que signifie être carioca. Graffiti City examine les innombrables formes d'expression visuelle qui se disputent également l'espace sur les murs de Rio de Janeiro et montre comment les rues sont devenues un véritable espace de dialogue. Graffiti City est le premier livre à présenter une chronologie historique détaillée des arts urbains et des cultures de vandalisme de Rio de Janeiro, et examine les pressions sociales et politiques qui ont contribué à façonner l'art et le vandalisme dans les rues de Rio de Janeiro. "
En août 2020, paraissait " The Streets That Live Inside of Me ".
En octobre 2020, Leuvis Olivero avait publié un essai de 420 pages ; "Black Spaces White Faces: an essay on the whitening of capoeira in Rio de Janeiro " (Espaces noirs, visages blancs ; un essai sur le blanchissement de la capoeira à Rio de Janeiro).
Au mois de novembre 2020, c'était le tour d'un livre autobiographique, cette fois en portugais du Brésil, qui s'étirait sur 165 pages : " Afogo num rio ".

" Afogo num rio " (2020) de Leuvis Olivero © DR


En avril 2021, Leuvis a également auto-édité son dernier livre, un hommage à sa fille : " 3085 Days and couting " .
L'écrasante majorité de ses livres sont vendus sur la plateforme Amazon.
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Un site - Help Bring Lu Home - pour aider financièrement au rapatriement de son corps a été ouvert. ICI.

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