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Billet de blog 25 janv. 2022

Brésil: débattre du racisme anti-blanc, infâme choix de la Folha de São Paulo

Malgré le consensus, pour les sciences humaines, que le racisme est depuis l'esclavage construit avec l'objectif de maintenir les Noirs dans des positions politico-économiques inférieures afin de maintenir les privilèges pour les Blancs, le quotidien centenaire a choisi d'installer ignominieusement dans ses colonnes un débat, à huit mois de l'élection présidentielle, sur le "racisme anti-blancs".

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Antonio Risério, anthropologue et écrivain. © DR

En cette année 2022, la loi sur les quotas raciaux - appliquée à l'université, dans les administrations publiques - sera révisée par les députés puis les sénateurs. C'est le moment exact qu'a choisi le quotidien dirigé par le banquier Luiz Frias, comme l'écrit The Intercept Brasil, pour "traiter la discrimination présumée à l'encontre des Blancs comme un problème social à débattre à une époque où l'extrême droite raciste est installée au pouvoir est immoral et malhonnête. C'est le négationnisme scientifique à l'état brut travesti en opinion ".
 
Le quotidien papier au plus fort tirage du Brésil a choisi, pour instiller ce nauséabond débat, de publier le samedi 15 janvier 2022 et imprimé dans l'édition du dimanche 16 janvier, un texte * de l'anthropologue Antonio Risério, né à Bahia en 1953 et auteur de nombreux ouvrages polémiques. Le titre de l'article est édifiant : " Le racisme de noirs contre des blancs prend de l'ampleur avec l'identitarisme - Sous un discours antiraciste, le racisme noir se manifeste via des organisations suprémacistes ". Risério y affirme que le mouvement noir reproduit un projet suprémaciste blanc, créant une sorte de “néoracisme identitaire”, qui serait, selon lui, "un racisme à l'envers ". Et commence son texte ainsi : " Le dogme supplie ["reza"] que, comme les noirs sont opprimés, ils ne disposent pas du pouvoir économique ou politique pour institutionnaliser leur hostilité antiblanche. C'est une connerie. Personne n'a besoin d'avoir du pouvoir pour être raciste, et les noirs ont déjà, oui, des instruments de pouvoir pour institutionnaliser leur racisme ".
  
Déjà, en 2012, quand la Cour suprême (STF) avait décidé de reconnaître, à l'unanimité des onze ministres, la loi sur ces quotas raciaux, la Folha de São Paulo avait publié un éditorial ("Quotas raciaux, une erreur") critiquant la mesure.
 
Après la publication, en 2022, du texte de Risério, la réaction, négative, des journalistes du quotidien a été ample. Et 186 d'entre eux ont publié, le 19 janvier 2022, un manifeste (reproduction ci-dessous) adressé au conseil éditorial de la Folha de São Paulo contre la récurrente publication de textes qui relativisent le racisme.
 

© DR
© DR


 
Tandis que le même 19 janvier 2022, des entrepreneurs et des professeurs, dont aucun nom n'est donné, ont pourtant pris la défense de Risério. Leur texte, en portugais, est ici.
  
Précédemment, en 2021, l'anthropologue bahianais Risério avait choisi de défendre, dans les colonnes du quotidien Folha de São Paulo, le chercheur Leandro Narloch qui avait écrit un texte qui, partiellement, " romantisait " l'esclavage. Dans sa critique positive d'un livre - As Sinhás Pretas da Bahia: Suas Escravas, Suas Joias - du même Risério, Narloch avait détouré le fait que quelques femmes s'étaient élevées socialement pendant la période de l'esclavage.
 
Sur son article du 15 janvier 2022, devant les critiques qui fusent de toutes parts, dans une réponse publiée sur sa page Facebook, le 19 janvier, Risério a martelé sa position, sous le titre "Première petite note d'éclaircissement" : " le racisme structurel est une illusion. Une abstraction confortable - mais surtout un malin positionnement, trompeur volontairement. Essentiellement malhonnête. Qui prend cela au sérieux ne peut pas être pris au sérieux, encore plus s'il prend la pose comme théoricien, comme  scientifique ". 
 
 
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(*) Le texte du 15 janvier 2022 de Antonio Risério, en portugais, est à lire ici :
https://www1.folha.uol.com.br/ilustrissima/2022/01/racismo-de-negros-contra-brancos-ganha-forca-com-identitarismo.shtml

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