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Billet de blog 26 sept. 2022

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«Les partis politiques du Brésil sont des environnements hostiles pour les Noirs»

Pour financer les campagnes, «la répartition des ressources est disparate lorsque le facteur racial est pris en compte, surtout pour les Noirs qui agissent dans la logique des mouvements sociaux. Tant qu'il y aura du racisme, il n'y aura de démocratie. Il faut comprendre pour qui est cette démocratie dont le Brésil parle tant», résume Vanessa Nascimento, directrice de l'association Peregum.

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Une enquête menée par le Laboratório de Estudos de Mídia e Esfera Pública de l'Instituto de Estudos Sociais e Políticos (IESP) de l'université de l'État de Rio de Janeiro (UERJ), en partenariat avec l'Instituto de Referência Negra Peregum, souligne que les hommes blancs, qui correspondent à 21 % de la population totale du pays, ont remporté 65 % et 61 % des sièges de député d'État en 2014 et 2018, respectivement. Pour les postes de député fédéral, les hommes blancs ont été élus en nombre 4 fois plus élevé que les hommes noirs, 6 fois plus élevé que les femmes blanches et plus de 20 fois plus élevé que les femmes noires.
L'étude, réalisée entre avril et mai 2022, montre également que les candidatures de députés locaux, fédéraux et de sénateurs sont concentrées sur des personnes ayant un niveau d'éducation universitaire. Du côté qualitatif, 27 personnes physiques de 24 à 60 ans ont été longuement interrogées.
 
La directrice exécutive de l'association noire de référence, Peregum, a donné récemment une interview à l'agence FolhaPress ; Vanessa Nascimento est la directrice de l'Instituto de Referência Negra Peregum. Traduction partielle, ci-dessous.
Vanessa a été membre de la coordination nationale d'Educafro et fondatrice de l'UNEafroBrasil (União de Núcleos de Educação Popular para negros/as e Classe Trabalhadora) en 2009.

Quelle est l'importance d'une représentation égale en politique ?

Vanessa Nascimento, de l'association noire Peregum © Karime Xavier / Folhapress (photographie de septembre 2022)

Nous avons besoin d'un gouvernement et d'un Congrès national qui représente réellement la population brésilienne, c'est-à-dire qui soit là pour défendre les intérêts de la majorité du peuple et pas seulement les intérêts des élites.
Et le mouvement noir a compris depuis longtemps que, pour garantir la défense des intérêts de la population noire, qui sont aussi les intérêts de la majorité de la population brésilienne, nous devons élire des représentants qui font partie de ce groupe.
C'est-à-dire des personnes qui ne sont pas seulement noires, mais qui font partie du mouvement noir, qui ont une trajectoire avérée de lutte antiraciste, de lutte pour la réalisation des droits de chacun, de lutte contre les inégalités.
Comme nous avons l'habitude de le dire, l'agenda du mouvement noir n'est pas un agenda pour les Noirs du Brésil, mais un agenda pour le Brésil avec les Noirs.
Tant qu'il y aura du racisme, il n'y aura pas de démocratie. Il est nécessaire de comprendre pour qui est cette démocratie dont le Brésil parle tant.

Comment se produit la violence politique contre les candidats noirs ?

Les élues noires déclarent que le sentiment d'insécurité est amplifié par la solitude de la représentation noire dans les chambres législatives brésiliennes, dominées par des hommes blancs, qui les soumet fréquemment à des contraintes racistes et misogynes, ainsi que par la négligence des structures du parti face à ces plaintes et risques de violence.
En outre, l'activité politique ajoute une plus grande visibilité et, par conséquent, un plus grand risque à une situation de violence, qui figure en bonne place parmi les obstacles identifiés par les candidats noirs. La peur de la violence est la plus grande peur ressentie par les candidats.

Les leaders noirs soulignent qu'ils souffrent du racisme au sein des partis politiques. Comment cela se fait-il ?

Le manque de ressources est l'un des principaux obstacles auxquels sont confrontés les leaders de notre cause. La fin des dons des entreprises et le passage au financement des campagnes presque exclusivement par le fonds du parti et le fonds électoral en 2015 ont donné aux partis l'occasion de distribuer leurs ressources de manière plus autonome et, donc, plus égalitaire.
Nous avons constaté que les nouvelles règles ont permis d'atténuer légèrement l'inégalité entre les sexes dans la répartition des ressources entre les candidats, mais n'ont eu aucun effet sur l'inégalité entre les races. En d'autres termes, la répartition des ressources est clairement très disparate lorsque l'on tient compte de la race.
Beaucoup de personnes ont signalé des problèmes pour combiner la logique de l'activisme dans les mouvements sociaux auxquels ils appartiennent avec la logique du fonctionnement des partis politiques, qui est souvent caractérisé par des conflits entre tendances.
La priorité accordée aux politiciens déjà mandatés dans la répartition des ressources au sein des partis finit également par entraver la participation des personnes noires, puisque la représentation est historiquement dominée par les hommes blancs, même dans le camp de la gauche. En d'autres termes, le simple fonctionnement de cette règle "conservatrice" fonctionne comme un obstacle à la montée de nouvelles forces au sein du parti.
Ce que nous observons, c'est que les partis sont généralement des environnements hostiles pour les Noirs, en particulier pour ceux qui sont issus du mouvement noir et qui agissent dans la logique des mouvements sociaux.

 

L'enquête menée par l'Uerj en partenariat avec Peregum montre que les Noirs renoncent à se présenter aux élections. Pourquoi cela se produit-il ?

D'abord, il y a la difficulté d'obtenir des fonds pour financer la campagne elle-même et, par conséquent, pour obtenir une visibilité, un minimum d'égalité de traitement avec les autres candidats. Les candidatures noires reçoivent en fait beaucoup moins de fonds que les candidatures blanches.
De plus, une grande partie des dirigeants ont déclaré avoir des difficultés à se maintenir financièrement pendant la période dite de pré-campagne, lorsque les fonds de la campagne ne peuvent pas encore être utilisés, et aussi pendant la période post-campagne, au cas où ils ne seraient pas élus.
Les personnes interrogées ont également indiqué qu'elles avaient abandonné parce qu'elles ressentaient un manque de soutien au sein de leur propre parti et qu'elles avaient compris que leurs mouvements ou organisations d'origine ne pouvaient pas se passer de leur présence pour le moment.

Les mécanismes de financement des candidatures féminines et noires, qui entreront en vigueur cette année, sont-ils suffisants pour améliorer la participation politique de ces groupes ?

Non. Les partis politiques en général, et même ceux de gauche, sont encore très peu sensibles aux demandes de plus de diversité dans la représentation politique.
En décembre 2021, le Tribunal supérieur électoral (TSE) a approuvé une résolution (n° 23.664) déterminant que les votes pour les candidatures des femmes et des Noirs à la Chambre des députés, pour les élections de 2022 à 2030, soient comptés double pour la distribution de 35 % du fonds électoral.
Mais la manière dont la répartition des ressources sera effectuée entre les candidats de chaque groupe n'est pas réglementée par celui-ci. En fait, nous ne pourrons évaluer le résultat de cette mesure que lors des élections municipales de 2024 et des élections nationales de 2026.
En fait, le nombre de candidats noirs a augmenté, ce qui est positif (...) Mais nous devons également envisager la possibilité que beaucoup de ceux qui se sont déclarés noirs cette année l'ont fait pour les avantages financiers que cela procure à leur candidature et à leur parti.
 

Les candidats noirs ont battu le record d'inscriptions, compte tenu des élections nationales. Peut-on s'attendre à l'élection de plus de Noirs cette année ?

C'est ce que nous attendons. Mais nous devons garder à l'esprit qu'il ne s'agit pas seulement d'élire des personnes noires. La représentation raciale est certainement importante, mais, pour nous, ce qui est crucial, c'est l'engagement envers les programmes que nous, dans le mouvement noir, défendons depuis des décennies. Tels que l'accès à l'éducation et à des soins de santé de qualité pour tous - y compris, pour rendre cela possible, des quotas raciaux dans [toutes] les universités publiques.
  
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Note : les passages des réponses mis en italique l'ont été par le traducteur.

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