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Billet de blog 1 oct. 2022

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BRÉSIL Exorbitantes retraites pour policiers militaires exterminateurs de masse

Dix policiers, des 74 qui ont participé activement au massacre (111 tués) de la prison de Carandiru à São Paulo le 2/10/92, sont aujourd'hui retraités et perçoivent une pension plus forte -égale ou supérieure à 20 salaires minimum- que le traitement du gouverneur de São Paulo. Pourtant, selon la loi, un fonctionnaire, même retraité, ne peut recevoir un salaire supérieur à celui du gouverneur.

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Wanderley Mascarenhas de Souza, officier de la police militaire : "j'ai la conviction que j'ai agi avec professionalisme" à Carandiru. Il a été accusé de 10 homicides et 3 tentatives d'homicides à Carandiru. Dans sa carrière, la justice lui a "attribué" 34 homicides. © DR

Une enquête réalisée par le journal en ligne Brasil de Fato montre que dix officiers de la police militaire qui ont participé au massacre de Carandiru il y a 30 ans, le 2 octobre 1992, reçoivent à la retraite une somme supérieure au salaire du gouverneur de São Paulo, Rodrigo Garcia (PSDB, droite), qui s'élevait en août 2022 à 23.048,59 R$ (6.300 €).
 
Sur les 74 officiers de la police militaire qui ont été identifiés et accusés du meurtre de 111 hommes à l'intérieur de prison de Carandiru, 47 ont été mis à la retraite par le gouvernement de l'État de São Paulo, 5 sont décédés, 11 ont demandé leur démission, 2 ont été expulsés de la corporation, un a été exonéré, et 8 ne reçoivent pas de retraite de la police militaire, mais leurs localisations actuelles n'ont pas été trouvées par les enquêteurs de Brasil de Fato, pour deux d'entre eux car ils ont des homonymes parmi les agents de la police militaire.

Les dix policiers qui reçoivent un salaire supérieur à celui du gouverneur sont, en montants décroissants : Wanderley Mascarenhas de Souza (33 462,26 R$, et par ailleurs accusé de 34 homicides lors de sa carrière), Arivaldo Sérgio Salgado (31 588,26), Valter Alves Mendonça (29 492,53), Armando da Silva Moreira (29. 220,55), Marcelo de Oliveira Cardoso (28 271,41), Aércio Dornelas Santos (27 614,94), Salvador Modesto Madia (27 014,17), Ronaldo Ribeiro dos Santos (26 033,15), Marcelo Gonzales Marques (25 323,81) et Walmir Correa Leite (25 260,18).

Outre ces dix, dix autres officiers de la police militaire reçoivent des montants de retraite supérieurs à 10.000 R$. En décroissant, ce sont les suivants : Marcos Ricardo Poloniato (20 447,29 R$), José Carlos do Prado (20 150,77), Edson Pereira Campos (19 341,33), Joel Cantílio Dias (19 182,64), Roberto Yoshio Yoshikado (15.115,24), Jair Aparecido Dias dos Santos (12 954,27), Haroldo Wilson de Mello (12 683,57), Luiz Antonio Alves Tavares (12 255,47), Marcos Gaspar Lopes (12 195,74) et Roberto Alves de Paiva (10 438,87).

Selon la loi, les employés de l'État ne pouvaient recevoir un salaire, même à la retraite, supérieur à celui du gouverneur. Toutefois, les spécialistes de l'administration affirment qu'il est légalement possible que les pensions de retraite des policiers soient plus élevées, à condition que cela soit déterminé par un tribunal, avec des primes ou des droits acquis reconnus dans un procès, si celui-ci est définitif et sans appel (dernière étape d'un procès, plus aucun appel n'est possible, et la décision devient définitive).

Le gouvernement de São Paulo, par l'intermédiaire de l'agence de santé publique São Paulo Previdência (SPPREV), a informé "que toutes les pensions de retraites gérées par la SPPREV ont été accordées conformément à la législation en vigueur au moment de l'octroi." Toujours selon l'agence, "il y a des cas dans lesquels il y a une décision de justice qui a accordé un plafond différencié en raison d'une activité d'enseignement."

Pour l'avocat Ariel de Castro Alves, spécialiste des droits de l'homme et de la sécurité publique, diplômé de l'université PUC de São Paulo (Pontifícia Universidade Católica de São Paulo) et président du Grupo Tortura Nunca Mais à São Paulo, la retraite élevée des policiers militaires, même s'il n'y a pas de problème juridique, est un problème moral et "un véritable affront à la justice".
Et de Castro Alves de poursuivre : "Cela montre que les policiers militaires sont au-dessus des lois. Ils font ce qu'ils veulent et sont favorisés par le corporatisme. Cela génère un énorme embarras national et international. Ils n'ont pas été punis pour les meurtres qu'ils ont commis lors du massacre, après 30 ans, et sont toujours récompensés par des salaires et des pensions élevés. Ils se sont enrichis alors que la majorité des familles des victimes n'ont pas été indemnisées par l'État. Ces salaires élevés que reçoivent les tueurs sont une véritable récompense pour la barbarie."


Les peines infligées aux 74 policiers militaires par le tribunal vont de 48 à 624 ans de prison *. Les verdicts ont été déterminés courant des années 2013 et 2014. Cependant, le tribunal de São Paulo (TJ-SP) a suspendu le procès en 2018, considérant que les policiers ont été condamnés en désaccord avec les preuves présentées au tribunal.

Le 4 août 2022, le ministre Luis Roberto Barroso, de la Cour suprême (STF), [nommé là en 2013 par la PR Dilma Rousseff] s'est prononcé pour le maintien de la condamnation des 74 policiers militaires, révisant la décision du tribunal de São Paulo.

Auparavant, le 6 juin 2021, le ministre Joel Ilan Pacionirk, de la Cour supérieure de justice (STJ) [nommé là en 2016 par la PR Dilma Rousseff] avait déjà rétabli la condamnation des policiers. Dans sa décision, le magistrat a décidé que le tribunal de São Paulo reprenne le procès des appels déposés par la défense des 74 policiers militaires. Jusqu'à aujourd'hui, il faut le rappeler, cet épisode sanglant - 111 détenus tués par des agents de l'Etat - est considéré comme la plus grande violation des droits de l'homme dans le Brésil post-dictature.

 
Le 2 août 2022, la Commission de la sécurité publique de l'assemblée nationale a approuvé un projet de loi visant à amnistier les officiers de la police militaire poursuivis ou sanctionnés pour leur participation au massacre de Carandiru. Le texte du projet de loi a été rédigé par le député fédéral d'extrême droite, surnommé Capitaine Augusto (PL, parti de Bolsonaro). 

 
Dans la justification de son projet de loi, José Augusto Rosa, dit "Capitaine Augusto" soutient qu'il n'y a pas de "support constitutionnel pour la condamnation de ces professionnels sans éléments individualisés qui indiquent la relation entre les faits criminels et la paternité". Il affirme aussi que le principe de " l'individualisation de la peine " ne s'applique pas lorsque les épisodes liés au massacre sont jugés et que les policiers finissent par être condamnés "uniquement parce qu'ils étaient sur les lieux du fait".

(*) L'ex-policier militaire Cirineu Carlos Letang Silva a été condamné le 10/12/2014 à ... 624 ans prison ferme pour avoir tué .... 52 prisonniers qui étaient au 3e bloc du Pavillon numéro 9. 

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