L'obole, d'Ilias Papadimitracopoulos

Une nouvelle de l'essayiste et nouvelliste grec Ilias Papadimitracopoulos (1930).

papadimi

Ma mère souleva les assiettes vides de la table.

– Le repas t’a plu ? me demanda-t-elle.

– Tu prends toujours la meilleure place, lui lançai-je.

– J’appelle Costas, en face ; quand il a du chevreau, il m’envoie le cou et l’épaule.

Au moment où je lui disais au-revoir sur le seuil de la porte d’entrée, elle mit sa main dans la poche de sa robe de chambre – exactement comme avant, quand elle économisait quelques pièces qu’elle nous donnait comme argent de poche.

– Prends ça, dit-elle la tête baissée, tu prends le bus, toi.

C’était trois tickets de transport urbain. Je compris le sens de son geste : ma mère m’annonçait qu’elle ne pouvait plus prendre le bus.

En effet, ce printemps-là, elle tomba malade et, brusquement, mourut au point du jour.

– Moi, je m’en vais, m’avait-elle dit la veille au soir, à l’hôpital.

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