Des révolutionnaires Impatients, critique, discussion

Le texte sous les yeux, j'essaierai de faire un point actualisé, non seulement sur l'histoire des révolutions en Amérique latine, mais aussi sur l'actualisation des techniques et des principes de la guerre révolutionnaire. Ce billet sera donc évolutif, en fonction de ma lecture et des commentaires d'autres lecteurs.

Page 0 : Citations :

Jose Marti avait tort, évidemment : Une situation doit être analysée complètement, et pas seulement ses hypothétiques promesses.

La citation de Mao (... l'homme ...), je voudrais qu'elle soit affichée dans toutes les écoles militaires, dans toutes les salles d'opérations de la planète, et surtout aux US. Cela économiserait des milliers de vie et de détraqués par le combat, et tous les dérapages américains. Il reste à expliquer comment, malgré les moyens actuels, l'homme est le facteur décisif, et comment il peut s'imposer : ce que ces moyens obligent à modifier dans les techniques de la guerre révolutionnaire (et contre-révolutionnaire : pour moi, c'est la même guerre, avec des moyens en plus).

Le Plan :

- La stratégie planétaire est devenue celle d'Al Qaïda, avec, en face, les US, qui voudraient eux aussi, imposer leur  stratégie planétaire. C'est cette volonté américaine d'amalgamer, comme toujours, terrorisme et guerres révolutionnaires qui représentent le plus grand danger pour la paix mondiale. L'adversaire, par exemple iranien, en profite pour engager les US dans de mauvaises querelles et pour camoufler son action.

- Le théâtre d'opérations est plus que jamais national, maintenant que "les bons et les méchants" ne sont plus séparés par leur "foi" (sauf pour les US, hélas).

- L'histoire montre, à profusion depuis 1967, que les vieux maîtres ont encore et toujours raison.

Première partie :

Pour Guevara, les frontières "imposées par le colonisateur" devaient disparaître avec la révolution. Il y a eu des révolutions, aucune frontière n'a changé depuis. Seule l'économie a proposé des regroupements en Amérique latine.

"Créer deux, trois Vietnam" : Cela aurait peut-être été possible, si on avait eu deux, trois N'Guyen Giap sur place, mais j'en doute : l'Amérique latine est une île, loin des bases communistes à l'époque, donc loin du soutien éventuel. Je ne pense pas que Giap aurait engager le combat dans ces conditions.

Les trois axiomes : Le premier est vrai, à condition que les chefs des "forces populaires" soient réalistes et n'engagent que des combats qui ont de bonnes chances de succès. Le deuxième est une monstruosité qui a coûté la vie à des milliers de combattants et surtout à des milliers de pauvres gens qui ne demandaient qu'à survivre. Le troisième doit être modifié comme suit, compte tenu de l'urbanisation du monde entier : "Le terrain fondamental de la lutte est la ville, mais le guérillero doit toujours avoir la capacité, physique et logistique, de reprendre le combat et la mobilité de la campagne".

Je n'entrerai pas dans la discussion du message de Guevara à la Tricontinentale. La "foi", le rêve, ne sont jamais de bonnes bases en matière militaire. Sauf sur cette phrase : "il faut mener la guerre ... chez lui ..." Al Qaïda a tenté, avec le 11/09, cette stratégie. On voit qu'elle est difficile, sinon impossible, malgré une défense imparfaite. Et celle-ci : "... un cri de guerre contre l'impérialisme ...les USA..." : Les US voudraient bien que perdure leur "impérialisme" unique. L'histoire en a décidé autrement, et c'est sur le terrain américain : l'économie, que la Chine et maintenant les BRIC, combattent le mieux "l'impérialisme américain".

Guevara rejoint ensuite l'analyse américaine des "guerres asymétriques" : Il faut détruire intégralement une guerilla (c'est évidemment impossible), alors qu'il suffit au révolutionnaire de mettre l'armée gouvernementale en déroute (même pas, maintenant : Irak, Afghanistan). Les deux adversaires oublient le principal acteur : Le Peuple, dont il faut s'assurer "... la coopération totale ...".

Aujourd'hui, la guerre révolutionnaire est exclusivement consacrée aux "libérations nationales", d'indépendance ou de dictatures. Et là, ses principes sont inchangés, à ceci près, qui est capital : Le terrain n'est plus seulement le territoire, mais l'espace des médias, le cyberespace. Cela change principalement  trois éléments : Le rôle de la population, la logistique et le rythme de la guerre révolutionnaire. J'y reviendrai en détail.

La première phase : "Survivre" doit maintenant être précédée d'une longue phase de "mise en place", complètement silencieuse. Elle doit permettre la création des réseaux nécessaires à la survie, les relais logistiques et médiatiques qui sont devenus nécessaires pour éviter la destruction. Elle doit aussi permettre de vérifier l'apparition des conditions indispensables, en particulier "la coopération totale de la population".

"L'armée ne doit faire qu'un avec le peuple, afin qu'il voie en elle sa propre armée, cette armée là sera invincible". Cette phrase de Mao est valable aussi bien pour les révolutions que pour les contre-révolutions : À terme, l'armée égyptienne devra céder le pouvoir et devenir, enfin, l'armée du peuple. En Tunisie, le problème ne s'est pas posé. À Madagascar, jusqu'en 2002, l'armée était un véritable recours du peuple contre les tyrans, le véritable garant des institutions, à travers les "révolutions"; depuis, Ravalomanana, a provoqué, volontairement, l'affaiblissement de la qualité de la formation.

Examinons brièvement quel avenir ont eu les révolutions en Amérique latine, de 1967 à nos jours :

Venezuela : pas de révolte jusqu'en 1989

Pérou : Dès 68, coup d'état militaire réformiste : c'est l'armée gouvernementale qui va appliquer la réforme agraire ! Ensuite des élections ramènent un semblant de démocratie, la corruption généralisée et les mafias.

Guatemala : La guerilla s'est en effet maintenue jusqu'en 1996, sans parvenir à ses fins !

Bolivie : plus de guerilla, mais un indien accède au pouvoir ... en ...2006 !

Colombie, les FARC sont toujours actives, comme l'a vérifié Romeo !

Je ne pouvais pas l'écrire, mais en 67, je pensais qu'aucune guerilla ne prendrait le pouvoir pendant au moins 10 ans ... je n'étais pas pessimiste.

 

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