Nicolas Sarkozy administre lui même la preuve de sa mauvaise foi sur TF1 et Europe 1

Nicolas Sarkozy dénonce un complot. Son intervention le dément si tant est qu'il accorde lui-même un soupçon de vérité à ses propres déclarations et  qu'on les apprécie à la lumière de la procédure pénale, dont il faut souligner, d'après ce qu'il affirme, qu'elle a été respectée d'une façon scrupuleuse à Nanterre et au palais de justice. Sans préjuger du fond et de l'innocence de Nicolas Sarkozy, avocat de profession et donc expert du droit, ses critiques sont donc de mauvaises foi et elles ne peuvent tromper qu'une opinion ignorante de la procédure. Cela ne contribue qu'à confirmer un doute très sérieux. C'est très dommage pour Nicolas Sarkozy qui soulève par ailleurs des interrogations sur la direction actuelle de l'UMP et le Conseil constitutionnel. Enfin, c'est une erreur de se focaliser sur l'ancien président. Sa personne a peu d'importance au regar de l'affaire qui  la dépasse parce qu'elle interpelle sur la nécessité de garantir la sérénité et l'indépendance de l'autorité judiciaire. Cela impose aussi de s'interroger sur la profession d'avocat comme l'affaire Sarkozy amène à le faire.

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Nicolas Sarkozy dénonce un complot. Son intervention le dément si tant est qu'il accorde lui-même un soupçon de vérité à ses propres déclarations et  qu'on les apprécie à la lumière de la procédure pénale, dont il faut souligner, d'après ce qu'il affirme, qu'elle a été respectée d'une façon scrupuleuse à Nanterre et au palais de justice. Sans préjuger du fond et de l'innocence de Nicolas Sarkozy, avocat de profession et donc expert du droit, ses critiques sont donc de mauvaises foi et elles ne peuvent tromper qu'une opinion ignorante de la procédure. Cela ne contribue qu'à confirmer un doute très sérieux. C'est très dommage pour Nicolas Sarkozy qui soulève par ailleurs des interrogations sur la direction actuelle de l'UMP et le Conseil constitutionnel. Enfin, c'est une erreur de se focaliser sur l'ancien président. Sa personne a peu d'importance au regar de l'affaire qui  la dépasse parce qu'elle interpelle sur la nécessité de garantir la sérénité et l'indépendance de l'autorité judiciaire. Cela impose aussi de s'interroger sur la profession d'avocat comme l'affaire Sarkozy amène à le faire.

Nicolas Sarkozy énonce en préliminaire deux points justifiant son intervention médiatique.

Il dénonce une instrumentalisation politique de la justice.

Who are you ? © The Who

C'est l'arroseur arrosé.

Il se plaint de ce qu'il a fait (Le pouvoir s'emploie à verrouiller la haute magistrature). Il a oublié la nomination de Jean Claude Marin au parquet général de la Cour de cassation (Jean-Claude Marin nommé procureur général à la Cour de cassation) ou celle de Philippe Courroye au parquet de Nanterre (Philippe Courroye, le nouvel argument de l'ElyséeBettencourt: le procureur use et abuse de l’espionnage téléphonique, Parquet de Nanterre: un rapport épingle la gestion de Philippe Courroye, Le CSM est d'accord pour muter le procureur Courroye). Il a oublié l'action du garde des Sceaux contre le juge Van Ruymbeke (Un juge trop indépendant est traîné devant le CSMLe juge Van Ruymbeke rattrapé par le CSM, en pleine affaire Karachi, Van Ruymbeke réhabilité, symbole de la faillite du sarkozysme judiciaire) et le parquetier de Bobigny (Michel Mercier sacrifie un magistrat à la police, Michel Mercier renonce à blâmer le magistrat de Bobigny, Michel Mercier renonce à blâmer le magistrat de Bobigny). Il a oublié ...

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Il dénonce une recension dans la presse qui n'est pas conforme à la vérité.

Il a totalement raison de s'en émouvoir mais il ne dépose pas plainte pour violation et recel du secret de l'instruction, dont on ne sait rien de particulier, d'ailleurs. A-t-on vu ou lu un PV sur cette affaire dans la presse ? Non. Les critiques et les plaintes de Nicolas Sarkozy sont étonnantes venant de la part d'un président qui poursuivait systématiquement tout le monde, jusqu'aux petits escrocs (Les pirates du compte de Sarkozy condamnés,Sarkozy : les enregistrements de Buisson) avec plus ou moins de succès (Poupée vaudou : un échec judiciaire inédit pour Sarkozy).

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Il dénonce aussi dans le même point l'atteinte à l'Etat de droit.

Là encore, il a totalement raison de soulever cet argument essentiel dans un Etat démocratique moderne. C'est cependant une prise de conscience tardive après qu'il ait été le promoteur d'une longue liste de lois répressives (Les lois répressives s’empilent) - dont il déplore aujourd'hui les effets de la mise en oeuvre quand elle le touche. Il est oublieux de cet aspect  et montre que son discours répressif n'était destiné qu'à un groupe de la population, dont il s'exclut.

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Il laisse entendre avoir fait l'objet d'une garde à vue anormalement longue.

Le délai de garde-à-vue est de 24 heures, reconductibles une fois, soit 48 heures. Il a fait 15 heures de garde à vue. Il est donc évident qu'il n'y a pas eu d'abus et qu'il a été gardé que pour la durée nécessaire de ses auditions, qui ont été très substantielles et complètes puisqu'il affirme lui même dans son exposé via TF1 et Europe 1 que les PV font 45 pages !

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La procédure pénale interdit de retenir une personne dans un local de police au-delà d'un certain délai sans qu'il soit procédé à une notification de garde-à-vue, laquelle donne des garanties et des droits à la personne entendue, comme l'assistance d'un avocat, ce qu'a refusé Nicolas Sarkozy. Des auditions de 45 pages sans qu'une mesure de garde à vue et les droits afférents soient notifiés à Nicolas Sarkozy étaient une cause de nullité de la procédure, ce que n'ignore pas Nicolas Sarkozy. Il revendique sa qualité d'avocat et son expertise juridique à propos de l'affaire Bygmalion : "Je suis moi-même avocat". Il se plaint donc de mauvaise foi.

Ca, c'est vraiment toi

Une mesure humiliante aurait été de le garder au-delà de la durée nécessaire à ses auditions, de le faire dormir sur place, par exemple, comme le subissent la plupart des personnes gardées à vue. Au contraire, les deux juges d'instruction ont témoigné d'une grande attention à son égard en le convoquant aussitôt au Palais de justice et lui ont notifié sa mise en examen. Nicolas Sarkozy se plaint donc de mauvaise foi du comportement des magistrats.

Ce qui peut se déduire de la présentation rapide de Nicolas Sarkozy au regard du code de procédure pénale et qui n'est pas dit.

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Le code de procédure pénale ordonne l'interruption des auditions par les policiers dans le cadre d'une commission rogatoire dès que le témoin reconnaît les faits ou qu'il découle de ses déclarations des éléments établissant la commission de l'infraction. Le mis en cause doit donc être aussitôt conduit devant le juge pour que celui-ci lui signifie sa mise en examen, laquelle est garante des droits de la défense et du respect d'une procédure contradictoire. C'est donc dans l'intérêt de Nicolas Sarkozy, de ses droits de la défense, que les juges d'instruction l'ont mis en examen.

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La comparaison est fallacieuse avec l'affaire Cahuzac.

Nicolas Sarkozy invoque son absence de casier judiciaire pour reprocher à la justice son comportement en se comparant à l'affaire Cahuzac. Celle-ci n'est pas jugée. Il n'y a donc pas eu de condamnation de prononcée. Jerôme Cahuzac n'a donc pas de casier judiciaire, comme le laisse entendre les déclarations de Nicolas Sarkozy. Il ne peut pas se dire plus mal traité en se comparant avec cette affaire et en invoquant son absence de casier. Il ne peut pas non plus comparer une affaire de fraude fiscale avec une affaire de corruption active. Le droit pénal interdit les raisonnement par analogie; c'est un très grand principe qu'il sait, puisqu'il est avocat. Nicolas Sarkozy se livre donc délibérément à un sophisme juridique qui confirme la mauvaise foi.

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Interrogé sur une procédure de dessaisissement des magistrats qu'il critique de façon discriminatoire - puisqu'il fait reposer sa critique sur une appartenance syndicale, ce qui est interdit par la loi  - il élude la question des journalistes. Il n'y répond pas malgré des relances. Nicolas Sarkozy fait du délit d'opinion contre ses juges et s'abstient d'énoncer clairement qu'il va prendre la mesure qui s'impose. Comble de la mauvaise foi, Nicolas Sarkozy invoque l'existence d'une animosité alors qu'il a fait la démonstration d'une absence d'estime publiquement (Sarkozy défend le droit des victimes et attaque les magistrats, Nicolas Sarkozy, les juges et les petits pois) ou en privé (Quand Sarkozy et Herzog évoquent "ces bâtards" de juges).

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Affaire Tapie : les liens privilégiés entre M. Sarkozy et l'homme d'affaires (Le Monde)

Il conteste la mise sur écoute dans l'affaire Kadhafi et stigmatise François Hollande, Christiane Taubira et Manuel Valls dont il s'étonne de l'appréciation du premier ministre (Sarkozy mis en examen : "les faits sont graves", juge Valls) alors qu'il avait traité de coupable Dominique de Villepin en direct à la télé (Clearstream : Sarkozy traite Villepin de «coupable»Présomption d'innocence: Villepin va assigner Sarkozy).

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Nicolas Sarkozy a invoque la responsabilité de la commission des comptes de campagne, qui n'a pas été capable de voir ce que Jérôme Lavrillieux a dénoncé. Il soulève ainsi la question de la compétence de la commission des comptes de campagne et du Conseil constitutionnel. Il demande de compare sa campagne à celle de François Hollande qui a fait le même nombre de meetings en relevant que personne ne s'interroge sur les dépenses du PS (Et si Sarkozy devait 17 millions à l'Etat ?).

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Enfin, Nicolas Sarkozy évoque la possibilité des dirigeants de l'UMP à déposer plainte dans l'affaire Bygmalion. Ce qui se jusitifierait et que permet l'article 7 de la loi n° 88-227 du 11 mars 1988 relative à la transparence financière de la vie politique. L'ancien président affirme qu'il appartient à Jérôme Lavrilleux de s'expliquer devant la justice.

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Photo : Jérôme Lavrilleux pour un retour de Sarkozy  - l'Aisne Nouvelle

Nicolas Sarkozy renvoie donc Juppé-Fillon-Raffarin à leurs responsabilités et à leur incohérence de dénoncer une chose qu'ils ne poursuivent pas. « Le problème dans ce milieu, c'est qu'il y a des gens morts de l'intérieur : Baroin, Juppé. Copé ne l'est pas. Fillon non plus, lui, il est complexé de l'intérieur, il est dans l'auto-émasculation tout en ayant besoin de prouver sa virilité. Wauquiez, c'est une raclure. NKM, ce n'est pas une belle personne. Le Maire est très sympa et vivant, alors qu'il a l'air d'un poisson froid. Sarkozy, c'est le plus vivant de tous, mais à quoi ça sert ? » (source : Bygmalion : Lavrilleux flingue les ténors de l’UMP  Par L'Aisne Nouvelle).

Enfin, la prestation de Nicolas Sarkozy pose la question de l'égalité de tous devant la justice.

TELEPHONE Juste Un Autre Genre © mon éléphant

TF1 et Europe 1 sont-ils disposés à accueillir dans les mêmes conditions les 600.000 gardés à vue annuels ? De même pour tous ceux ui contestent le comportement de la justice, de la police ou de la gendarmerie ? TF1 et Europe 1 ont participé à une opération de communication politique qui s'est déroulée sur le terrain du mis en cause, dans un ordre d'argumentation préétabli sur les conseils de spécialistes réputés de la propagande électorale. Cela pose la question de la crédibilité des médias, quand ceux-ci reprennent à leur compte des déclarations faites dans un contexte scénarisé. Je ne peux qu'encourager tous les gardés à vue de France à demander un droit de réponse à TF1 et à Europe 1 et exiger une même couverture médiatique.

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Il ne semble pas que cette opération de communication soit une réussite (Sarkozy mis en examen : 63% des Français ne croient pas à l'acharnement judiciaire), sinon de voir comment est installé Nicolas Sarkozy.

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Les photos illustrent la question de la nécessité à séparer strictement le pouvoir exécutif du pouvoir judiciaire comme la pose l'affaire en cours, ce qui est la question essentielle dont l'attention de l'opinion ne doit pas être détournée. Il faut savoir voir au-delà de la personne de Nicolas Sarkozy dans l'affaire Sarkozy qui soulève la question du fonctionnement de la justice et sa nécessaire adaptation aux standards européens.

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Cette affaire soulève également des questions sur les limites et l'exercice professionnel des avocats, question que soulève le Canard enchaîné : " Ces avocats d'affaires qui mangent à tous les rateliers " (voir aussi sur ce dernier point : Quand les avocats d'affaires écrivent les lois, Le traité transatlantique, un typhon qui menace les EuropéensEtats-Unis, république des avocats).

L'affaire Sarkozy révèle un comportement stupéfiant des avocats auprès des magistrats que le Barreau devrait s'employer à dissiper. L'image de la justice en France dépend aussi et peut-être même avant tout des avocats. Ils sont les premiers interlocuteurs des justiciables et c'est à travers eux que s'apprécie le fonctionnement de la justice. Tout le monde n'a pas un avocat à la maison quand on en a besoin. Il doit y avoir de l'urgence dans l'air.

Cocaïne

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Bettencourt, Taubira, "Sarkothon"… Les approximations de Nicolas Sarkozy

Mis en examen, l'ancien président de la République a pris "les Français à témoin", lors d'une interview diffusée mercredi sur TF1 et Europe 1. Francetv info vérifie ses déclarations.

 

"C'est grotesque", la ligne de défense préférée de Nicolas Sarkozy

"Ces chefs d'accusation sont grotesques", a réagi l'ex-président après sa mise en examen. Un élément de langage qu'il utilise régulièrement devant les caméras. Corruption et trafic d'influence : des chefs d'accusation "grotesques" ; Soupçons de financement libyen : "C'est grotesque" ; Affaire Karachi : "C'est grotesque, voilà ma réponse"

 

Dossier: Sarkozy et affaire Bettencourt

 

L'ancien président passe aussi aux aveux...  Par Hubert Huertas

De bout en bout, sur TF1, Nicolas Sarkozy a tenté de retourner l’opinion en la prenant à témoin, mais ses mots disent le contraire de son message. Ils sonnent comme des aveux. Face à la justice, l’ancien président de la République ne demande pas de privilèges. Il les exige.

La droite prise dans le piège Sarkozy  Par Ellen Salvi

Empêtrés dans l’affaire Bygmalion, les ténors de l’UMP attendaient l'intervention de Nicolas Sarkozy pour en savoir un peu plus. Impuissante, la droite se voit condamnée à suivre le calendrier judiciaire, politique et médiatique de son ancien mentor.

Sur TF1, Sarkozy rejoue le grand air du martyr de la justice  Par Michel Deléan

Mis en examen pour corruption et trafic d'influence, l'ex-chef d'État s'en prend vivement à la justice et au pouvoir socialiste, espérant ainsi faire oublier les graves soupçons dont il est l'objet.

Face aux juges, à la manière de Silvio Berlusconi  Par Antoine Perraud

Nicolas Sarkozy tente, à la manière de Silvio Berlusconi, de se poser en victime de juges illégitimes, terrorisants, cruels et iniques. La magistrature serait obsédée par la paille dans l'œil du pouvoir politique. La fable est ainsi servie, sur un plateau télé. Petit manuel illustré.

Mise en examen de Nicolas Sarkozy : les quatre failles juridiques du dossier  Le Figaro par Paule Gonzales

Mise en examen de Nicolas Sarkozy : 5 questions pour comprendre  Le Monde Par Maxime Vaudano, Samuel Laurent, Diane Jean et Simon Piel

Comment Nicolas Sarkozy pourrait faire annuler sa mise en examen Par Caroline Politi

Il n'y aucun avantage à faire annuler sa mise en examen. Nicolas Sarkozy se priverait de l'accès au dossier et de participer à la procédure, ce qui serait dommageable à l'exercice des droits de la défense. Cette annulation n'empêcherait en rien les juges d'enquêter et de contiuer leur instruction.

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