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Le Club de Mediapart mer. 28 sept. 2016 28/9/2016 Édition de la mi-journée

L'imposture démocratique UMP/FN/PS

Marine Le Pen ne trouve pas son électorat chez les ouvriers mais dans un prolétariat post industriel. Elle profite de la faiblesse intellectuelle entretenue depuis trente ans et dénoncée à l'étranger. Cette situation convient parfaitement à l'UMP et au PS qui en tirent aussi avantage. Ce jeu est cependant risqué parce que l'alternance peut jouer sur les partis de gouvernement eux-mêmes, c'est-à-dire voir s'affirmer un nouveau leadeship à gauche et à droite, aux dépends de l'UMP et du PS. François Hollande est en mesure de tout gagner ou de tout perdre s'il ne s'attache pas à se démarquer clairement de ce système tripartite UMP/FN/PS.

Des analyses livrent les classes modestes au FN. Il n'y aurait plus de classe ouvrière en France quand il y a 8 000 000 d'ouvriers (25% des actifs) (1). Marine Le Pen ne trouve pas son électorat chez les ouvriers mais dans un prolétariat post industriel. Elle profite de la faiblesse intellectuelle entretenue depuis trente ans et dénoncée à l'étranger. Cette situation convient parfaitement à l'UMP et au PS qui en tirent aussi avantage. Ce jeu est cependant risqué parce que l'alternance peut jouer sur les partis de gouvernement eux-mêmes, c'est-à-dire voir s'affirmer un nouveau leadeship à gauche et à droite, aux dépends de l'UMP et du PS. François Hollande est en mesure de tout gagner ou de tout perdre s'il ne s'attache pas à se démarquer clairement de ce système tripartite UMP/FN/PS.

L'erreur consistant à croire qu'il n'y a plus de classe ouvrière valut déjà à Lionel Jospin de connaître un échec. François Hollande ne peut pas l'avoir oublié.

S'il y a moins d'industries, il y a de plus en plus de "petits boulots" aux particuliers et aux collectivités, embauchant une main d'oeuvre dont la qualité de l'emploi, l'avenir, l'évolution et la rémunération sont très inférieures à l'ouvrier. L'incertitude entretient la crainte d'une génération perdue. Les sans abris ne sont pas que des chômeurs, des salariés ont des difficultés pour accéder au logement. Si la France "s'est considérablement enrichie", la richesse s'est concentrée dans le mains de quelques privilégiés. 50% des salariés en France touchent moins que 1644 euros nets par mois en France (67% < 2000€ ; 88% < 3000€).

Un couple de la jeune génération actuelle ne parvient pas au niveau de leurs parents, voir de leur grands-parents (où, souvent, un seul des deux seulement travaillait). Cela témoigne de la paupérisation. Il s'agirait moins de parler de "classes populaires" mais plutôt de prolétariat, ou de prolétarisation des classes modestes et moyennes. Ce phénomène n'est pas nouveau, il se manifeste depuis le surendettement des ménages (Loi Neiertz 1989), qui explose avec la crise.

La classe ouvrière existe toujours. Ce qui a changé est la régression sociale. Ce qui fait qu'un cadre d'aujourdhui vit à peine un peu mieux que son père ouvrier il y a trente ans, et qu'un ouvrier d'aujourd'hui a l'impression d'appartenir au lumpen prolétariat.

François Hollande ne peut donc pas faire la sourde oreille à sa gauche et rejeter les aspirations d'une frange très importante de la population, qui porte la croissance.

 

Il n'y pas de mystère ni de fatalité Marine Le Pen.

Elle emploie une stratégie "attrappe-tout". Elle fait parler d'elle (et vendre du papier).

Marine Le Pen fait du buzz, comme Mickaël Vendetta.

© Tele-Loisirs.fr

 

 

 

 

 

Mais de proposition et de programme politique construit sur le long terme, le FN n'en a pas ; comme s'applique à le souligner régulièrement Marine Turchi

Au pays des aveugles, les borgnes sont rois.

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Une éventuelle perte de sens critique - qui profite aussi à l'UMP et au PS - pourrait être une explication de la prétendue adhésion des classes populaires au FN, si tant est qu'elle soit scientifiquement vérifiée et établie. Les sondages sur des panels réduits n'ont aucune crédibilité scientifique.

Le niveau scolaire de la population française étant ce qu'il est grâce à ceux qui rognent les budgets ou ferment les établissements, Marine Le Pen cherche à instrumentaliser l'indignation légitime d'une frange de l'opinion. Elle peut envisager d'y réussir d'autant mieux en visant la population privée d'instruction suffisante pour acquérir l'esprit critique nécessaire à démasquer l'incohérence de son discours. Une instruction publique faible fait une démocratie faible.

 

Ceci a bien profité aux partis aux pouvoirs pour éviter toute controverse ou difficulté électorale. Les conséquences de la casse de l'éducation nationale profite aujourd'hui à l'extrême droite qui utilise la même tactique : le bluff, l'effet d'annonce, ... C'est du (vieux) marketing politique (en attendant bientôt le neuromarketing).

 

Marine Le Pen prospère d'autant plus facilement que les deux préférés des sondages font comme elle. Les trois s'accordent d'autant mieux que la science politique commet peut-être une faute en plaçant, un peu trop vite, le FN à l'extrême-droite.

 

Le national socialisme serait en fait un centrisme comme le démontre Fabrice Bouthillon dans son ouvrage "Nazisme et Révolution" (un livre qui a échappé aux média, comme l'a déploré Edwy Plenel à propos du livre de Paxton : "Le fascisme en action").

Ecouter la radio de l'Académie française sur "Nazisme et Révolution"

Le FN ne se place donc pas à la droite de l'UMP mais entre celle-ci et le PS, l'ensemble des trois formant un "parti cartel" monopolisant le débat et les rapports entre la société civile et l'Etat, comme semble le confirmer l'essentiel des commentaires de la politique française, qui se limitent très souvent à ces trois partis (voir mise à jour infra)

Le fait que le FN prenne des idées tant à gauche qu'à droite confirme l'analyse centriste.

Le FN serait ainsi le pivot de "l'alternance unique" depuis près de trente ans.

Ce rôle lui convient d'autant plus qu'il lui garanti sa survie politique.

Il semble bien convenir également à ses deux alliés objectifs comme le montrent des échanges de références audacieux : l'UMP invoque Jaurès, le PS la rigueur économique et le FN les références traditionnelles des deux premiers.

Le plus formidable est que l'UMP et le PS ne critiquent pas le FN mais mais accusent d'extrémisme les autres partis (des idées que Marine Le Pen leur plagie) malgré les protestations.  Le FN est le complice objectif très opportun de l'UMP et du PS dans cette stratégie de disqualification (des communiquants du Fn se reclassent à l'UMP).

 

Le FN apparaît donc comme le chevau-léger du PS et de l'UMP, le prétexte au "vote utile", à " l'union" ; l'épouvantail permettant de s'éviter promesse, engagement ou programme. Pas le temps, l'ombre du FN mobilise trop l'attention.

C'est à ce carnaval que les caciques de la science politique et les commentateurs invitent et entretiennent encore l'opinion pour mai 2012.

Force est pourtant de considérer que l'UMP, le PS et le FN forment bien un "parti cartel", une alliance objective d'intérêts dans la préservation et la conservation d'un monopole du pouvoir ; qu'elle se caractérise par une même absence commune de programme et un discours se réduisant à l'invective. Celle-ci est facile - et inoffensive - quant elle s'exerce entre-eux (malgré la gravité des scandales qui les éclaboussent). La critique est en revanche plus sournoise quand elle s'exerce à stigmatiser la concurrence du cartel. C'est toujours la même : comparer et rapprocher l'adversaire du FN, grand refouloir contre lequel l'UMP et le PS ne disent pas grand chose.

Cette entente tripartite paralysie la campagne et empêche le Modem, le Front de Gauche, EELV et les autres à se faire entendre. 

 

UMP/FN/PS forment un triumvirat, une troïka.

Suffit-il de sactionner l'un d'eux seulement en mai 2012 pour que le système change ? C'est peu probable.

L'indignation que Stéphane Hessel a promue vise aussi à mettre fin à l'imposture démocratique et consacrer le droit de vote, l'expression populaire.

Ce mouvement profond de contestation, cette frustration et cette lassitude de l'électorat font que l'élection est très ouverte et que l'alternance peut très bien s'incarner dans le changement des partis majoritaires, laisser envisager l'hypothèse d'un deuxième tour Mélechon Bayrou.

Un tel risque d'alternance menace François Hollande. Il peut cependant y échapper s'il évolue clairement dans son discours et témoigne d'une rigueur suffisante dans le choix des personnes dont il s'entourre. L'électorat attend qu'il s'affirme en prenant un engagement solide et raisonnable.

François Hollande est le candidat du PS qui a la plus grande chance historique de gagner les présidentielles, parce que les Français rejettent la droite majoritairement. Sa victoire est donc à gauche, avec le Front de Gauche et EELV. 

Il ne devra s'en prendre qu'à lui-même d'avoir négligé sa chance, en cas d'échec.

 

Mise à jour : Seule la démocratie peut sortir l'Europe de la crise

(1) L'INSEE évalue à 21% de la population active le nombre des ouvriers ICI (et 30% demployés). Les ouvriers représentent le plus fort contingent social. Un article de LA CROIX parle de 6.000.000 d'ouvriers en France ICI - Il existe aussi des ouvriers ailleurs que dans l'industrie, chez les artisans. L'INSEE évalue l'emploi dans l'artisanat à 1.819. 963 personnes.

Ces chiffres ne prennent pas en compte les ouvriers en intérim ou en CDD, non comptabilisés comme emplois fixes dans l'industrie ni dans l'artisanat.

L’équipe Hollande dans les starting-blocks... et le brouillard

André Vallini, monsieur justice, qui confie : "Ce qui m’arrange, c’est que ma thématique n’est pas sujette à discussion au PS. Donc à part des ajustements très techniques, je sais ce que je dis." Et de reconnaître : "C’est sûr que c’est plus confortable pour moi que pour d’autres." Avec une pensée spéciale pour les titulaires des pôles "économie", "industrie" et "fiscalité", pour qui "ça doit être autre chose" !

Claude Guéant s'en prend au FN, "nationaliste et socialiste"

Claude Guéant aurait-il repris à son compte l'analyse de Fabrice Bouthillon ?

" Le masque tombe, Marine Le Pen a essayé de donner des nouvelles couleurs au Front national (...) mais de temps à autre on sent que l'armure se fend et que le naturel revient", a-t-il dit, rappelant que Marine Le Pen s'était rendue dernièrement à un bal fréquenté par des néo-nazis à Vienne.

Il remarque que la candidate d'extrême-droite manie par ailleurs des thèmes à ses yeux socialistes sur les sujets sociaux. "Ce n'est pas un parti républicain de mon point de vue, c'est un parti qui est nationaliste et socialiste", a-t-il dit. "

A ce sujet, le caractère nazi des associations ayant organisé le bal auquel s'est rendue Marine Le Pen que vous évoquez dans votre article "Marine Le Pen valse à Vienne : le récit" semble trouver sa confirmation dans un ouvrage de Christian Ingrao : "Croire et détruire, Les intellectuels dans la machine de guerre SS" (Éditions Fayard 2010).

Le qualificatif des associations étudiantes (Olympia se présente elle-même comme une  Akademische Busrschenschaft) organisatrices de ce bal se retrouve dans le livre "Croire et détruire" de Chrisitan Ingrao. Les Burschenshaften ont été les pouponières des cadres - die Akademicker (les niveaux universitaires) - de la SS dans lesquelles s'est échaffaudée la doctrine purificatrice et exterminatrice nazie.
Le livre de Christian Ingrao montre que Marine Le Pen cautionne un type d'associations perpétuant un phénomène connu de l'histoire qui porte une part de responsabilité importante dans le crime génocidaire nazi.

Lire :

La présentation de l'ouvrage sur le site Clio : ICI

"L'extermination comme raison politique" de Georges-Arthur Goldschmidt, La quinzaine littéraire, N°1054 p.20

 

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