L'affairisme de Nicolas Sarkozy

Le dernier article de Fabrice ARFI et Karl LASKE s'intitule " Des mails révèlent l'affairisme secret de Sarkozy avant 2007 ". Dépasser la seule personne de Nicolas Sarkozy révèle l'étendue de la réflexion à laquelle invitent les deux journalistes de Médiapart.
PULP FICTION (Ma Scéne Préf) © MALKO
PULP FICTION (Ma Scéne Préf) © MALKO

Le dernier article de Fabrice ARFI et Karl LASKE s'intitule " Des mails révèlent l'affairisme secret de Sarkozy avant 2007 ". Dépasser la seule personne de Nicolas Sarkozy révèle l'étendue de la réflexion à laquelle invitent les deux journalistes de Médiapart. L'article n'apprend rien sur Nicolas Sarkozy.  Il confirme des faits qu'il faut mettre en perspective.

L'affairisme de Nicolas Sarkozy n'était pas secret. Il affirmait clairement sa volonté de faire fortune : "Je ne ferai qu'un mandat et j'irai faire fortune chez Bouygues" (Dailymotion) et il enviait les reconversions de Shröder, Blair, Clinton, Aznar et autres millionnaires de la politique.

Les observateurs attentifs de l'action politique de Nicolas Sarkozy pouvaient remarquer son goût pour les affaires avant même qu'il soit président et en informer l'opinion. Etonnamment, personne ne l'a fait (ou si peu et si discrètement). Un manque d'attention, peut-être, des grands médias.

Les proches de Nicolas Sarkozy et ses alliés à l'UMP l'ignoraient encore moins et auraient du écarter sa candidature, qui ne répondait pas au service de l'intérêt général. Il s'agissait peut-être plus de copains que de responsables politiques. Son équipe de campagne s'appelait la "firme" (anagramme de "frime", annonçant le "bling-bling" ? A rapprocher du "Gang" du PS ).

C'est donc en parfaite connaissance de cause et en toute conscience que Nicolas Sarkozy a été proposé à l'électorat et élu président de la République par, d'une part, des médias peu attentifs et, d'autre part, un parti politique peu consciencieux (Le PS a eu également son Nicolas Sarkozy).

Voilà la mise en perspective que propose l'article.

Dépasser la personne de Nicolas Sarkozy et l'appareil de l'UMP. Ne s'en servir que pour la démonstration en sachant que l'objet d'étude est bien plus vaste.

Fabrice ARFI et Karl LASKE rapportent le fonctionnement souterrain et la connivence d'un appareil politique au service d'égoïsmes et d'ambitions personnelles.  Il permettent d'apprécier la responsabilité de l'UMP dans le détournement des institutions au profit d'intérêts particuliers (Voir aussi leurs articles sur les affaires Karachi, Bettencourt, Woerth, ... ; ne pas négliger les affaires des autres partis ayant également fait l'objet d'une recension)

Evoquer la "responsabilité" entraîne sur le terrain du droit.

Les faits ne sont pas anodins. Des qualifications juridiques existent. Les auteurs de l'article auraient pu s'interroger sur la relation des faits et du droit.

L'article aurait peut-être gagné en intérêt à s'ouvrir sur une réflexion quant à la possibilité de qualifier "abus de confiance" le fait d'un élu détournant son mandat et les pouvoirs qui lui sont conférés dans son propre intérêt. Cette question ne se limite pas à Nicolas Sarkozy.

La réflexion pourrait se prolonger sur la complicité et la responsabilité de l'appareil politique par la fourniture des moyens mis en oeuvre pour permettre cet "abus de confiance", et sans lequel parti politique cela ne serait pas possible.

Michel DELEAN aurait pu contribuer en ce sens à la rédaction de l'article et ne pas le laisser se limiter à l'énumération des faits mais les mettre en perspective avec le droit, bien malmené, et pas seulement sur le plan pénal.

Le travail de Fabrice ARFI et de Karl LASKE montre que l'UMP méprise le droit constitutionnel.

Les faits rapportés établissent une violation de la Constitution.

L'UMP (est-ce la seule ?) (1) néglige l'article 2 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, qui est de valeur constitutionnelle (voir Bloc de constitutionnalité).

Cet article 2 vise précisément le rôle et les obligations des partis politiques et il devrait être respecté comme un principe fondamental de la République en matière électorale.

L'article de Fabrice ARFI et Karl LASKE illustre bien le caractère cocasse de la situation à laquelle la pratique douteuse politique française aboutit, au point de ridiculiser les institutions et finir de leur faire perdre leur crédibilité.

L'homme qui a violé l'esprit de la Constitution pendant dix ans va siéger au Conseil constitutionnel à vie et être payé pour cela par la collectivité dont il a manifestement négligé de défendre l'intérêt général (2).

La démonstration de l'atteinte délibérée aux valeurs essentielles de la république - par un homme aidé d'un parti politique - devrait logiquement interdire à ce parti de se présenter au suffrage.

N'aurait-ce pas été un questionnement utile à soulever à la veille du second tour des élections législatives ?

Le travail de Fabrice ARFI et Karl LASKE montre que l'UMP est animée, à partir d'un certain niveau (3), d'une mentalité qui trahit la confiance de l'opinion, en général, et de ses électeurs, en particulier.

Médiapart révèle que l'UMP n'a pas le monopole de ce détournement de la politique.

L'affairisme de Nicolas Sarkozy est une illustration contemporaine d'un phénomène historique (l'affaire de Panama, le trafic des Légions d'honneur, l'affaire des fiches du général André, l'affaire Stavinsky, etc.). L'inscription dans l'histoire d'une telle continuité conduit donc à tirer du dernier avatar de cette longue liste un enseignement qui dépasse le seul cas d'espèce.

Il revient au ministère public de poursuivre les dirigeants responsables des partis dont l'absence de vigilance à permis de tromper l'opinion et desservit l"intérêt général. C'est le rôle du pouvoir judiciaire.

Il existe une responsabilité pénale des personnes morales. S'applique-t-elle en l'espèce ? Il semble. Et sinon pourquoi ne pas en étendre l'incrimination ? C'est le rôle du pouvoir législatif.

Paul Quilès regrette, à juste titre, la désertion de l'électorat. Voilà, semble-t-il, un article propice au débat pour le mobiliser et lui permettre de retrouver la voies des urnes. Non ?

L'absence de politiques à la hauteur des idéaux républicains - quelle est leur légitimité dans ce cas ? - réduit les théories, les valeurs et les principes - privés de volonté - à des apparences. Les apparences ne résistent pas à la critique.

__________________________

NOTES :

 

(1) Voir les articles concernant Pascal Terrasse, les frères Guérini, Sylvie Andrieux, Jean-Pierre Kucheida

 

(2) Le président du Conseil constitutionnel trouvera dans le règlement intérieur les règles permettant d'apprécier la compatibilité du comportement du nouveau membre avec sa présence au sein de l'institution :

" Les membres du Conseil constitutionnel ont pour obligation générale de s'abstenir de tout ce qui pourrait compromettre l'indépendance et la dignité de leurs fonctions." et " Le Conseil constitutionnel apprécie, le cas échéant, si l'un de ses membres a manqué aux obligations générales et particulières mentionnées aux articles 1er et 2 du présent décret." et "Dans le cas prévu à l'article 5 ci-dessus [*manquement aux obligations*], le Conseil constitutionnel se prononce au scrutin secret à la majorité simple des membres le composant, y compris ses membres de droit."

 

(3) Le militant et l'adhérent d'un parti politique ne sont pas confondus ni assimilés à ces pratiques qui leur échappent et sur lesquelles ils n'ont pas pas ou peu de pouvoir pour y mettre un terme. L'adhérent et le militant de bonne foi est la caution morale des responsables du parti. Ce n'est pas la base qui est à stigmatiser.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.