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Le Club de Mediapart jeu. 5 mai 2016 5/5/2016 Dernière édition

Observatoire du suicide

Des personnalités du monde médical ont lancé un appel pour la création d'un observatoire du suicide destiné à permettre d'apprécier la gravité et l'évolution du phénomène suicidiare en France. Cet appel trouve peu d'écho dans le débat électoral alors qu'il soulève un effet dramatique de la dérive sociale.
© L'Obs

Des personnalités du monde médical ont lancé un appel pour la création d'un observatoire du suicide destiné à permettre d'apprécier la gravité et l'évolution du phénomène suicidiare en France. Cet appel trouve peu d'écho dans le débat électoral alors qu'il soulève un effet dramatique de la dérive sociale.

Le succès de cet appel est essentiel pour la prévention de la souffrance au travail qui, si elle dispose d'un outil juridique, manque de connaissance factuelle. Le droit est insuffisant sans les faits pour apporter une réponse à un grave phénomène de société et celui-ci  reste étonnamment méconnu, malgré son importance. Il faut briser le tabou du mal-être des Français.

En prenant le suicide de façon globale (c'est-à-dire sans le limiter au monde du travail) Christian Baudelot, Roger Establet et Saadi Lahlou ont écrit en 1987 que "l'expérience statistique accumulée depuis cent ans enseigne que le taux de suicide est un indicateur social particulièrement sensible à la nature des relations que nouent entre eux les membres d'un groupe social  ou d'une société. Plus les facteurs de cohésion et d'intégration seront forts, moins les suicides seront nombreux. Et réciproquement." (Données sociales de l'INSEE 1987 p. 456)

Ces auteurs relevaient une augmentation du phénomène passant de 15 pour 100 000, entre 1950 et 1976, à 21 pour 100 000 à partir de 1982 et de conclure "La montée du suicide au cours des dix dernières années en France renvoie donc à une dégradation ou un affaiblissement dans notre société des éléments de cohésion et d'intégration". Malgré une baisse, le taux de suicide en France aujourd'hui reste deux fois plus élevé qu'en Espagne ou qu'en Grande Bretagne.

L'enquêt mensuelle de conjoncture auprès des ménages de l'INSEE montre que le moral des ménages a chuté depuis 2007 et qu'il ne réussit plus à retrouver le niveau où il était.

Le suicide des travailleurs atteste que l'emploi n'est plus un élément de cohésion et d'intégration, mais qu'il s'est dégradé au point de porter en germe un facteur de morbidité à l'opposé du rôle que l'on prête traditionnellement au travail (émancipation, confort, consommation, bien-être).

Ce constat interpelle une France connaissant une régression sociale dans les faits (retraites, pouvoir d'achat, ...) que le président souhaite poursuivre et accentuer. Ce constat de la dégradation du travail et de son incidence devrait trouver place dans le débat des élections. Force est de constater qu'il est évité.

D'où l'appel et la nécessité de l'entendre.

L'observatoire des suicides en France s'impose d'autant plus aujourd'hui qu'il y a eu une prise de conscience sur la nocuité du management par le stress dicté par les indicateurs de profitabilité (suicides à France Télécom, La Poste, etc.) : " si le fait d'avoir un emploi est reconnu comme un facteur protecteur vis-à-vis du suicide, certaines situations professionnelles caractérisées par une exposition à des contraintes psychosociales (généralement désignées sous le terme de "stress") sont reconnues comme délétères pour la santé psychique, et pourraient constituer un élément déclencheur dans la survenue de syndromes dépressifs et/ou des conduites suicidaires " (Source).

L'alerte est sérieuse.

L'inertie du politique, parfois mis en cause, est paradoxale quant on considère que l'INSEE a mis en lumière le phénomène suicidaire et son importance depuis 1987 et que l'opinion s'émeut de l'amplification dramatique du phénomène jusque dans le travail, qu'il soit privé ou public.

Le suicide est un phénomène de société trois fois plus dramatique, au moins, que les accidents de la route. Le politique s'intéresse étonnament plus aux seconds qu'au premier, dont il ne parle jamais. Des morts transparents. Pourquoi ?

Selon les services officiels, un accident de la route coûte très cher à la collectivité ; un suicide : rien, apparemment. Il n'existe pas d'étude.

Le suicide n'intéresse donc pas l'Etat-comptable, qui n'est pas solidaire mais calculateur. Il ne voit pas le phénomène suicidaire comme un gâchis humain. Didier Lombard s'en satisfaisait comme d'une variable d'ajustement des résultats et en a parlé comme d' "une mode". Il témoignait ainsi de la logique de réification comptable de la ressource humaine.

L'appel à la création de l'observatoire des suicides contribue à renverser cette mentalité qui martyrise les peuples et conduit beaucoup de gens au désespoir (crise de la dette en Grèce).

Signer l'appel permet d'exprimer le refus de la conception financière de la société à laquelle les puissances de l'argent veulent convertir l'opinion et réduire le débat politique.

Faîtes circuler et signez l'appel : http://www.observatoiresuicides.fr/

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Tous les commentaires

Merci POJ, je relaie/relaye, et pense aussi ici aux suicidés Indiens.

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