Jean-Pierre Mocky dénonce les réseaux de pédophilie et le silence de la justice et des médias © rikiai
Jean-Pierre Mocky dénonce les réseaux de pédophilie et le silence de la justice et des médias © rikiai

Luc Ferry connaît un revers de fortune. Le philosophe apprécié des médias fait l'objet de révélations depuis son audace à parler sur Canal + de la pédophilie admise au sommet de l'Etat. Le philosophe fait la démonstration de l'absurdité dramatique de l'information.

L'apport essentiel de l'intervention de Luc Ferry réside dans son affirmation , es-qualité d'ancien membre du gouvernement se référant aux propos reçus d'un premier ministre - qu'un (autre) ministre de la République pédophile a bénéficié de la caution et de la mansuétude jusqu'au sommet de l'Etat, avec la collaboration de l'administration.

 

Le philosophe confirme une intuition sourde encline à faire à adhèrer l'opinion à ses protestations. L'audacieux, après avoir fait le bonheur d'annonceurs audiovisuels de publicités à péage, les voit s'abstenir de tout commentaire intéressant sur un crime grave.

Un autre ancien ministre qui dénonçait les turpitudes d'un (autre) ancien ministre juge inapproprié le comportement de Luc Ferry.

L'élite initiée invoque un carcan juridique la privant de liberté d'expression pour ne pas se prononcer. Elle laisse donc l'audacieux seul se débrouiller avec cette histoires de viol d'enfant.

La logique voudrait pourtant que soit les médias savent que c'est faux et le disent, soit que c'est vrai et le confirment.

Rien.

C'est donc ni faux, ni vrai.

Etonnant, non ?

 

Les médias préfèrent regarder ailleurs et exercer leur perspicacité sur les revenus du philosophe. Des révélations mettent en doute, maintenant seulement, sa probité sur des faits connus depuis plusieurs mois - comme si cela n'aurait pas pu faire déjà l'objet d'une communication témoignant ainsi de l'existence de cette fameuse mansuétude. La presse ne peut pas se limiter à n'être que l'outil de la gestion opportune des "boules puantes".

La gravité des faits dénoncés par Monsieur Ferry sont éclipsés par des informations sans aucune commune mesure.

L'importance donnée aux revenus du philosophe - qui ne sont pas irréguliers - est disproportionnée.

D'un point de vue purement moral, la nature des rétributions d'un particulier ne justifie pas d'oublier le viol ou l'abus sexuel commis sur enfant. Une infraction de cette gravité ne relève pas de la vie privée, au contraire des fiches de paye.

Ce glissement s'opère après la transgression sur un média public à une heure de grande écoute d'un tabou violant l'omerta républicaine qui, jusqu'alors, faisait passer ceux qui l'évoquaient pour des personnes peu crédibles.

C'est peut-être ce qui lui est reproché le plus.

Il a apporté la caution officielle d'un ancien ministre.

La notoriété de Luc Ferry est venue soudain confirmer des propos qui ne devaient, semble-t-il, jamais l'être.

La coïncidence amène l'intéressé à s'interroger, mais à tort surement, s'il n'y a pas de la vendetta dans l'air.

La Raison, éclairant le philosophe, le conduit à ne pas croire à "la théorie du complot".

Luc Ferry le dit d'ailleurs assez souvent. Il n'y croit pas.


L'opinion bercée dans l'illusion des affirmations du philosophe s'entend maintenant appelée par le même à chercher derrière les apparences la vérité qu'on lui cacherait.

 

Qu'en penser ?

L'actualité sur le philosophe fait qu'on ne parle plus de ce qu'il a dénoncé ; au grand désespoir des familles des victimes qui ont pu espérer, un moment, que la chappe de plomb qui couvre leurs souffrances soit enfin levée.

Le traitement de l'affaire Ferry montre combien ces familles sont reléguées dans l'indifférence.

Le lecteur s'interrogera peut-être à savoir si la cause réelle des révélations décrédibilisant Luc Ferry n'est pas à chercher au-delà de sa seule personne.

Les protestations du philosophe donnent à penser qu'il dénoncerait une stratégie visant à rétablir l'ordre des apparences, dont il s'accomodait pourtant jusqu'alors.

En disqualifiant le philosophe, les interrogations sur la pédophilie qu'il a réhabilitées se trouvent également disqualifiées ; replaçant ainsi ce comporterment dans son cadre et ses limites traditionnellement supposées et communément admises : la pédophilie comme l'inceste sont une conséquence de la misère sociale, réduite au fait divers. Une dégénérescence de pauvres. La presse n'avait pas pas pris beaucoup de précaution avec les inculpés d'Outreau.

En revanche, pour les classes supérieures, si le philosophe montre la Lune, la presse parle de son doigt.

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