Catastrophisme

Pascal Brucknerdans le Monde, daté du premier mai, écrit un petit plaidoyer pour pourfendre tous les Philippulus. En 1947 au début de l’Étoile mystérieuse dans la bande dessinée d’Hergé, apparaît un personnage, tout de blanc vêtu, prototype d’illuminé, qui frappe sur un gong pour se faire remarquer. Ce prophète de malheur - alors qu’une météorite va s’écraser sur la terre- annonce des jours de terreur et la fin du monde. Pascal Bruckner participe ainsi à une campagne commencée, il y a bien longtemps, sur le théme: tout va très bien madame la marquiseuuu.

les larmes du conseiller. les larmes du conseiller.
Pascal Brucknerdans le Monde, daté du premier mai, écrit un petit plaidoyer pour pourfendre tous les Philippulus. En 1947 au début de l’Étoile mystérieuse dans la bande dessinée d’Hergé, apparaît un personnage, tout de blanc vêtu, prototype d’illuminé, qui frappe sur un gong pour se faire remarquer. Ce prophète de malheur - alors qu’une météorite va s’écraser sur la terre- annonce des jours de terreur et la fin du monde. Pascal Bruckner participe ainsi à une campagne commencée, il y a bien longtemps, sur le théme: tout va très bien madame la marquiseuuu.Quand je cherche une illustration de ce personnage je la retrouve dans un blog à propos d’un autre article du Monde du 24 juin 2005, qui racontait comment la circulation du Tramway de Strasbourg avait été pertubée par la fonte des joints des rails. Mais je ne vais pas faire dans l’humour ! Je ne placerais pas non plus l’image de Philippulus, parce que j’ai bien trop peur que ceux qui possèdent les droits d’Hergé, viennent me chercher querelle.

Pascal Bruckner écrit : Dans cinq ans, dans dix ans, la Terre sera devenue inhabitable, les températures auront monté, séismes, inondations, sécheresses se multiplieront, les guerres opposeront les peuples, toutes les centrales nucléaires auront explosé. L'homme a péché par orgueil, il a détruit son habitat, ravagé la planète, il doit expier. " La fête industrielle est finie ", avertissait déjà en 1979 le philosophe allemand Hans Jonas qui plaidait pour un usage éclairé de la peur et une nouvelle responsabilité envers la nature. Le pathos dominant dans notre vieille Europe est celui de la fin des temps. L'Apocalypse est inéluctable. La peur est comme une enzyme, elle s'empare de tous les sujets, s'en nourrit, les abandonne pour de nouveaux qui seront bientôt délaissés. Voyez Fukushima : le drame n'a fait que confirmer une inquiétude qui la précédait et cherchait un aliment pour se justifier. Dans six mois, un nouveau thème, pandémie, grippe aviaire, craintes alimentaires, fonte de la banquise, ondes maléfiques, antennes paraboliques, nous mobilisera. Double étonnement à cet égard : le catastrophisme règne surtout dans les pays occidentaux, comme s'il était la résidence secondaire des peuples privilégiés, le soupir de gros chats ronronnant dans le confort.

Il écrit une jolie diatribe, bien tournée contre tous ceux qui tirent la sonnette d’alarme. Et à un moment du texte, au lieu de faire de la littérature, de l’humour ou de la morale, il sort un argument.

Le catastrophisme ? Le meilleur instrument de résignation politique et philosophique. Nulle question de nier la gravité des problèmes qui se posent à nous. S'il est au moins une leçon à tirer du Japon, c'est de ne jamais construire de centrales nucléaires dans une zone sismique. Mais l'affolement, la paranoïa ont toujours été les outils favoris des dictatures avides de déposséder les citoyens de tout moyen d'action. Une démocratie ne peut en user durablement sans se saborder.

J’ai donc enfin compris, grâce à notre bon nouveau philosophe : Quand j’écris sur le dérèglement climatique je fais le lit du fascisme. Enfin la lumière m’apparaît, heureusement que Pascal Bruckner a frappé lui aussi, au coin du bon sens, sur le gong de la raison. Je vais pouvoir dormir tranquille !

 

Si j’écris ces lignes, ce n’est pas seulement pour dire : C’est celui qui dit qui l’est. Ce serait enfantin.

 

Mais en lisant les lignes de Pascal Bruckner, j’ai été pris d’une certaine lassitude, ce papier il aurait pu l’écrire dans les années 70, s’il avait été un peu plus éclairé sur la question. Dans les débats sur le dérèglement climatique, ou le Nucléaire, il serait temps d’arrêter ce genre de bêtises, seulement stigmatiser la position adverse. Pascal Bruckner, fait semblant de prendre la posture de l’opposant à la dernière nouvelle vague. Alors que depuis quelques années derrière Claude Allègre, une campagne de dénigrement du travail du GIEC a été organisé. On sait bien à qui profite ce genre de propos ? Non ?

Débattre loyalement, donner des faits, faire la synthèse – travail de romain – être modeste, calme, se serait si bien ? Non ?

J’ai été invité en Septembre 2010 dans un congrès de cinéma scientifique, en Chine. Les films montrés, réalisés par les Chinois, pour les Chinois, étaient bien plus apocalyptiques que ceux fabriqués en Occident. Je me suis fait la réflexion, je ne pourrais jamais réalisé un film sur le dérèglement climatique en France en racontant la moitié de ce que les réalisateurs chinois présentaient.

Je propose donc à Monsieur Bruckner de lire un autre article du Monde, paru dans le même numéro que son billet. Il pourra ainsi imaginer que la question du Nucléaire ne tourne pas seulement autour de problèmes de séisme.

 

http://www.youtube.com/watch?v=uXwpU78h93Y

 

Je cite intégralement: La démission du conseiller spécial Toshiso Kosako porte un sérieux coup à la gestion de la crise nucléaire par le gouvernement japonais. M. Kosako, de l'université de Tokyo, est un expert reconnu de la radioprotection. Sollicité le 16 mars par le premier ministre, Naoto Kan, pour l'épauler, il a renoncé à son poste le vendredi 29 avril, estimant que ses conseils n'étaient pas pris en compte. En conférence de presse, M. Kosako, en larmes, a critiqué le manque de vision des autorités. Depuis le début de la crise, estime-t-il, " le gouvernement a ignoré les lois et décidé des mesures improvisées qui ont retardé la reprise en main de la situation ". Toshiso Kosako juge problématique le retard pris pour rendre publiques les prévisions de diffusion des émissions radioactives, réalisées par le Centre des technologies de sûreté nucléaire (Nustec). Il reproche au gouvernement d'avoir élevé de 100 à 250 millisieverts (mSv) par an la dose admissible pour les travailleurs de la centrale de Fukushima. Il considère également comme " absurde " la décision prise le 19 avril par le ministère de l'éducation (MEXT) de porter à 20 mSv par an la dose de contamination admissible pour les élèves des écoles primaires de la préfecture de Fukushima. Ce niveau est le maximum généralement autorisé pour les travailleurs du nucléaire. La décision du MEXT fait l'objet d'une pétition lancée par plusieurs organisations comme Greenpeace. " Ces mesures sont sans rapport avec celles prises au niveau international et qui sont de bon sens, explique M. Kosako. Elles ont été fixées uniquement pour servir les intérêts de l'administration. "

 

...

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.