Macron boutéfliké?

Un dessin du génial Willem montre, ce jour, Emmanuel Macron, assis sur un trône, ciglé "en marche", les yeux hagard, le visage marqué. Une femme passe est dit "Il s'est drôlement boutéfliké". Ce petit dessin, vaut mieux qu’un long discours, pourtant j'écris, ici, un trop long billet à son propos

Démission du Président Algérien capturée sur le journal d'ARTE Démission du Président Algérien capturée sur le journal d'ARTE
Willem nous oblige avec raison de faire la comparaison entre l’Algérie et la France, il a raison de nous souligner la ressemblance. Pourquoi les éditorialistes ne soulignent-ils pas cette similitude? Depuis 20 ans, le président algérien « dirige » l’Algérie, malgré un AVC. Le régime, le « système » n’évoluera après sa démission que si le peuple - qui tente une révolution pacifique – continue à manifester.

En France, nous avons depuis le 17 novembre 2018 des manifestations pacifiques (dans leur immense majorité) pour s’en prendre au « système ». Willem nous souffle que nous vivons la même situation ou presque.

Sauf qu’en France, la même idéologie néolibérale sévit depuis 1983 (c'est plus que 20 ans) et que malgré les alternances, c'est toujours la même politique d’affaiblissement de l’état, de rigueur budgétaire et de destruction des services publiques qui continue… Comme si un président, à l'apparence juvénile, fonctionnait comme un homme frappé d'un AVC,- et en fauteuil roulant. Comme si chaque Président français depuis la 1983 n’avait eu que des initiatives à la marge, et qu’on aurait pu faire l’économie de tous ces changements de nom, de toutes ces élections comme en Algérie. Le roi est nu, c’est certain, qu’il soit en fauteuil roulant ou fringuant et quadragénaire. Devant le dessin de Willem on pense au vide abyssal des discours et des pratiques des deux côtés de la Méditerranée.

Certains candidats à l’élection européenne qui soutiennent Emmanuel Macron, ont chuté récemment dans le vide quand l’échafaudage, sur lequel ils avaient pris pieds, s’est écroulé. Joli symbole de l’impréparation de cette liste et du vide intellectuel qu’il représente. Même une photo très scolaire se passe mal.

Emmanuel Macron voulait une « Révolution », il a «brisé les lignes », d’autant plus facilement que la voracité pour le pouvoir permet à bon nombre d’hommes ou de femmes politiques d’oublier leurs convictions et de trahir leurs amis.

Emmanuel Macron se disait « ni de droite, ni de gauche », mais sa pratique montre qu’il n’est qu'un praticien d’une idéologie né autour de la Société du Mont-Pèlerin fondé le 10 avril 1947. Il n’a rien inventé et applique comme tous ces prédécesseurs - certes avec un peu plus de zèle- les recettes de Friedrich Hayek, puisque selon eux, il n'y a pas d'alternative. 

Bref le candidat Macron qui se voulait ni chèvre, ni chou, se révèle être un loup pour l'homme si on croit les fables libérales qui méconnaissent la vraie nature du loup (emphatique et solidaire). 

Le dessin de Willem a peut-être aussi été inspiré par l’annonce de la « mauvaise passe de Macron » dans Le Parisien (1)du 30 mars 2019, qui le décrit « proche du burnt-out », « rincé », « isolé ». Même si ce n’est pas la première fois que ce genre d’article paraît (2).

Personnellement j’ai trouvé que le Président, s’il n’écoute pas vraiment les doléances, pendant le Grand Débat, dépense une énergie folle à nous montrer qu’il sait tout, qu’il pense tout, qu’il maîtrise tout. Ces accès dépressifs, précédés de période de grande agitation, ne nous raconte t’elle pas ce qu’est le Macronisme? Au fond, ce n’est pas un mouvement d’équilibre entre droite et gauche mais probablement plutôt un mouvement bipolaire, qui passe de l’agitation la plus grande (avec contentement de soi) au doute le plus total (avec un silence radio inquiétant) sinon comment expliquer l’incroyable non sens du tempo pendant cette « crise » des Gilets Jaunes?

Emmanuel Macron restera probablement dans l’histoire de la République, comme le Président qui avait promis le changement le plus radicale, et qui de fait conduit une contre réforme absolue. Il nous ramène à une situation correspondant au capitalisme triomphant où les grandes entreprises, les grands patrons, et les ultra-riches pouvaient s’adonner à la plus grande des avidités, presque deux siècles en arrière. 

La différence c’est que cette voracité - nous le savons aujourd’hui (enfin depuis 1947) - mène au dérèglement climatique, à la destruction de la biodiversité et à la sixième extinction, c’est à dire, la fin de toutes les espèces animales et végétales et la notre avec.

C’est cette responsabilité historique qu’il est entrain d’endosser et on comprend qu’il soit déprimé… Suivons l’exemple de l’Algérie et continuons à pousser pour changer vite de système pour éviter qu’Emmanuel Macron ne soit accusé, dans quelques années, d'être responsable de la disparition prochaine de l’humanité. Il faut qu'il « rende les clefs » ce serait mieux que son image boutéflikée

Comme disait Greta Thunberg il faut déclarer l’état de panique avant qu’il ne renforce l’état d’urgence. Il y va de notre survie.

(1) http://www.leparisien.fr/politique/proche-du-burn-out-rince-isole-la-mauvaise-passe-de-macron-30-03-2019-8043147.php

(2) https://www.rtl.fr/actu/politique/comment-l-elysee-a-gere-le-coup-de-fatigue-d-emmanuel-macron-7795387098

 

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