Ce soir sur Médiapart

Rentrant de ma journée de montage, je découvre en ouvrant le site de Mediapart que mon film y est diffusé ce soir... Dommage que je n'ai pu prévenir mes amis... pour le reste parlons de l'étonnant film de Pierre Goetschel que j'ai vu récemment sur Tënk, la plateforme de diffusion de documentaires... j'improvise ici quelques lignes.

image du film. image du film.
Brieuc Mével, le programmateur de "la plage" écologie sur Tënk a eu la bonne idée, reprise ici, de ressortir le film de Pierre Goetschel des tiroirs... L'actualité, en jaune, depuis plus de 13 semaines, permet de voir ce film d'un autre oeil, si le votre est encore valide, malgré la présence policière.

Ma première remarque c'est donc qu'une œuvre cinématographique, peut être regardée différemment, et voir son sens modifié, du fait de l'actualité. Un film n'appartient plus au cinéaste délors qu'il est projeté (c'est un lieu commun, mais il faut en écrire puisque le rond-point en est un).

Ce film aurait dû être projeté par les Gilets Jaunes à chaque occupation d'une portion de route, pour réfléchir et comprendre un peu mieux, comment cette société tourne en rond. 

Le "Rond-point" est une invention récente, que nos savants ingénieurs auraient copiés chez les britanniques. Pourtant du temps du Roi Soleil, les rond-point ont été dessiné dans les forêts royales, et dans les jardins à la Française... Sur nos routes, il n'y avait avant que des croisements, qui avec l'accroissement de circulation, sont souvent devenus des points noirs où de sanglants accidents se produisaient. Le rond-point est alors un aménagement qui permet de fluidifier le trafic, et d'améliorer la sécurité routière, de quoi nous réjouir...

Seul le centre mis en valeur par la rotation des automobiles restait vierge. Les écologistes comme moi, auraient pu espérer que "nulle main humaine ne viennent plus fouler aux pieds ces espaces" parce qu'alors les plantes en voie de disparition et les insectes décimées auraient pu trouver un refuge sans pesticide, pour essayer de survivre à la grande destruction de la biodiversité... Mais le vide fut vite comblé... Les techniciens, les savants parlent de "giratoire", et autour du noyau central, l'imagination des élus a tournée comme le tambour d'une machine à laver en plein essorage... Le résultat est bien montré dans ce film indispensable.

Il montre avec beaucoup d'humour comment la "logique de rationalisation" permet l'apparition au centre des routes - sur ce terre plein central - de décorations aussi laides que prétentieuses. Les ingénieurs, puis les artistes, offrant aux différents conseillers municipaux l'occasion de combler ces espaces par des créations qui nous révèlent l'imaginaire surréaliste des élus locaux. En voulant casser l'uniformité stérile de ces lieux communs, ils nous permettent presque de lire à livre ouvert dans l'inconscient collectif de la commune. Combien ces non-lieux offrent l'image précise d'une société.

Mais aujourd'hui ces points fixes ont été heureusement détourné (les terroristes détournent les avions) le peuple occupe les rond-points (les prennent en otage diraient les journalistes mainstream). Le mouvement des Gilets Jaunes a su leur donner enfin une vraie valeur, en les habillant de jaune et en les transformant en lieu d'occupation. Ils ont rempli ces vides, creux de sens, d'une utilité sociale perdue. 

Même si les médias mainstream ont cherché à transformer l'image de mouvement qui dénonçait la dépendance à l'automobile d'une très grande majorité des Français. Même si les chaînes d'info tournent en rond autour d'un récit sur la violence séditieuse de ces gens qui occupent pacifiquement un vide inutile au milieu de la chaussée. Certes les rond-points ont retrouvé un peu leur vérité première, de point noir, puisqu'il y a eu des accidents et des morts. Mais ils sont devenus surtout de points de fixation, de refus de la fluidité, et surtout  des lieux de rencontre, de convivialité, de fraternité. Toute l'organisation sociale de notre société est construite autour de l'automobile. Ce modèle est en crise, l'atomisation de chacun - accélérée par les forces économiques qui condamnent les plus pauvres à l'exclusion - est remise en cause par ces occupations. Comme si cet endroit dont la vocation est de fluidifié le mouvement des automobiles, grâce un arrêt soudain, fluidifiait les rapports humains et permettait de vrais contacts, de vrais amitiés. Quoiqu'on en dise c'est comme si une grande partie des français avait retrouvé leur esprit frondeur, mais aussi le dialogue et la parole libre qui caractérisent tous les mouvements révolutionnaire depuis La Grande Révolution de 1789.

Le mouvement des Gilets Jaunes c'est d'abord  une remise en cause du "tout automobile" de ce modèle où tout a été planifié pour la bagnole et où l'urbanisme est dessiné pour elle. Un modèle que je ne vais pas décrire ici, mais où les pauvres sont éloignés des centres, de décisions, de pouvoir, de richesse et devraient se contenter de tourner en rond avant que de consommer dans le supermarché construit en périphérie. C'est un mouvement d'occupation pour arrêter ce tourbillon giratoire. 

Un bel hymne au rond-point donc que vous pouvez voir en vous abonnant à Tënk encore pour un moment... quand à mon film, je ne sais que dire...

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