Hypothèse d'une manipulation?

Un homme noir (au moins un) a proféré des insultes antisémites durant la manifestation anti-raciste organisée par le comité qui réclame Justice pour Adama. En tout cas c’est l’information que j’ai reçu. Cet événement est tout de suite « médiatisé » par la Préfecture de Police qui se fend d’un Tweet, pendant la manifestation.

Personnellement, dés que je prends connaissance de cette histoire, mon sang ne fait qu’un tour. Je suis à la fois effondré et très en colère… Je me dis que ce n’est pas la peine de lutter contre le racisme s’il n’y a pas unité de tous et solidarité de chacun… Je crois bêtement à la vérité des faits.


Si, je comprends bien pourquoi le comité qui réclame la vérité à propos de la mort d’Adama Traoré ne veut pas se retrouver avec SOS racisme qui est - selon eux - une émanation du Parti Socialiste, je ne peux imaginer que des personnes, au sein de ce groupe, soient antisémites. Je me souviens qu’Adama Traoré est mort le 19 juillet 2016, pendant la Présidence de François Hollande, et que le Ministre de l’Intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve, pour ne pas le nommer, a déclaré le 25 novembre 2016, que la famille Traoré « a droit à la vérité sur les circonstances du décès de celui-ci, ce à quoi s'attache l'autorité judiciaire ». Paroles immédiatement suivies de rien qui aille dans ce sens. Bla bla, bla. Je comprends la colère et je suis bouleversé depuis le début de cette affaire comme j’ai pu l’être pour la mort de Bouna et Zyed, et pour tous les autres drames qui abondent. Et évidemment l’antisémitisme me touche, et je dirais même que la mort tragique de Georges Floyd m’a profondément touché, comme si l'évènement faisait remonté mes traumatismes personnels refoulés. Bref J’en pleure.

J’étais donc triste, et j’ai voulu savoir d’où venait ses cris de haine "scandés par des manifestants", selon la Préfecture, ce samedi 13 juin 2020… Ce n’est qu’en fin de soirée que j’ai pu voir une vidéo - encore une - où l’on entend distinctement au moins 4 fois un homme crié: « Sales Juifs ». Cette vidéo est accompagné d’un texte où il est écrit qu’il crie « Sales Juifs ». J’entends « Sales Juifs ». (voir le lien à la fin du billet)
Et comme je suis cinéaste, je regarde la vidéo hatentivement, et je m’étonne de ne voir aucune personne dans l’entourage de cet homme (la foule est compacte) qui s’offusque de ces propos condamnables… L’image elle même est à mon sens comme incompatible avec le son… Sauf à vouloir penser que tous manifestants pensent qu’il y aurait des Juifs sales en face sur le toit d’une immeuble entrain de manifester leur haine contre les noirs.

Le contexte souvent donne le sens… Cette vidéo, est prise par une personne, qui se trouve devant l’immeuble d’où est déployé une banderole qui dénonce le racisme anti-blanc. Celui (ou celle) qui filme a déclenché probablement la caméra de son téléphone portable pour filmer l’opération de ce petit groupe d’activiste d’extrême droite. (je le suppose) Mais la vidéo diffusée se détourne très vite du sujet et cadre (sans hésitation) l’homme qui va crier "Sales Juifs". L’effet du mouvement de caméra le désigne, dans cette version, comme le protagoniste principale. Ce qui à priori n’était pas l’intention du (de la) filmeur (se). C’est un premier point. Il est très étrange de voir un homme noir désigner des « fachos » par le mot « juifs ». Enfin pour moi je trouve cela même comique.

Je regarde alors plusieurs fois ce « plan » qui permet de décrire deux scènes, la caméra allant de l’un à l’autre, du toit, à l’homme. Il y a beaucoup de bruit, et pour avoir souvent - comme cinéaste - filmé des manifestations, je sais que dans ce genre de situation, le son est bien plus utile que l’image pour capter le sens. Souvent on entend pas sur la bande enregistrée ce qu’on cherchait à capter, parce que cela se perd dans le brouhaha. Là, l’homme est assez loin du téléphone pour que je remarque que sa voix porte tout de même très loin et qu’elle domine pas mal le reste des cris (nombreux). Coup de chance pour un (e) cinéaste que je suppose amateur (trice)… Un(e) cinéaste qui réalise une séquence sur le vif, en ayant conscience de l’incongruité du propos de « l’antisémite » alors que personne ne semble le remarquer autour, c'est fort. Il a du donc entendre avant cet homme, pour en faire son  héros principal du plan, sinon les allez-retours successifs indiqueraient plus à une mise en scène concertée (il faut avoir de sacré réflexe pour saisir ces deux choses en même temps avec cette dextérité, capter son et image, et analyser en direct) ce que je n'ose envisager . Il y a eu - un avant - un moment non filmé, ou alors il y a connivence entre le (la) filmeur (euse). Je me refuse à le penser à ce stade là de la réflexion. Et j'écris ces lignes pour demander une enquête approfondie. D'autant que le Tweet de la Préfecture dénonçait plusieurs personnes et une rafale scandée de propos antisémite.


Et puis à force de regarder en boucle la vidéo, mon cerveau qui est bien plus intelligent que mes oreilles me fabrique une illusion auditive… Je me mets à entendre au lieu de « Sales Juifs! » un simple « Fascistes ! »… Mon cerveau qui est de fabrication naturelle et culturelle s’est forgé une conviction qu’il m’impose… Si cet homme crie au fascisme, il se fond dans la foule, il est à sa place, et alors il n’est plus besoin de revenir sur lui pour le « dévisager ». Sa réaction est normale.  Et donc pourquoi ce plan?
À ce moment de mon cheminement, je m’étonnerais plus de la « chance » de la personne qui filme, d’être à la bonne place (juste en face d’une action subite et imprévue et juste à côté d’un antisémite, à la bonne distance pour filmer en même temps un plan large et un plan moyen en panotant de l’un à l’autre). Je me dis que ce (cette) cinéaste amateur (trice) a eu du bol et de bon réflexe… et je repasse la bande pour réécouter le son… j’entends à nouveau «  Sales juifs! » et plus « Fascistes! ». C’est comme si mon intelligence, me transformait ma capacité auditive alternativement au gré de mes doutes.

Je fais une petite pause dans ce récit de mes doutes… Je suis rentré à l’école de cinéma en 1974, et j’ai réalisé mon premier cours métrage en 1982, comme j’ai entièrement financé ,ce tout premier film, tout seul, et que je n’avais pas beaucoup d’argent, j’ai fait une chose qui est bien étrange, j’ai réalisé des interviews sans images, seulement au son… et pour ne pas perdre de temps au montage, j’ai fait une transcription complète de tous les interviews pour choisir les passages précisément, de façon à faire des économies et ne choisir que ce qui allait être monté, pour ne pas avoir trop de « repiquage de bande sonore » et monter le film après moult réflexions. À l’époque je gagnais ma vie comme assistant monteur et je montais le soir sur les tables de montage des films sur lequel j’étais engagé.

Bref, depuis 1982, quand je réalise un film je fais transcrire non seulement les interviews, mais toutes les scènes qui sont enregistrées. Ce qui est cher, fastidieux et très utile. Et je peux vous affirmer que très souvent, quand on réalise cela, on ne transcrit pas toujours ce qui a été enregistré. Notre cerveau analyse la scène et nous suggère ce qui est vraisemblable, et pas forcément ce qui existe… Sur tous les films (nombreux) que j’ai réalisé depuis 1982, je me retrouve encore à la fin des travaux, après des mois de montage, à rectifier un mot ou un autre, par ci ou par là, qui a été compris de travers. Le fait de faire cet exercice, long, pénible, me permet d’éviter de faire des erreurs d’appréciations et de sens… Si moi j’ai du mal à entendre mes rushs, le spectateur aura plus de mal encore… à comprendre mon film. Au montage souvent je réorganise les phrases, pour qu’elles soient plus audibles en supprimant des hésitations et des bruits de bouches… évidemment je ne change pas le sens, je manipule pour que cela soit plus audible. Pour certains films, les hésitations et les silences constituent la matière essentielle, pour d’autres (ceux dont je parle là) ce n’est pas le cas. Il faut essayer d’être le plus précis et efficace possible. Je sais donc bien qu'on manipule extrêmement facilement le son et les paroles d'un film et je dis toujours à ceux qui sont mes personnages qu'avec les techniques actuelles on peut faire dire à quelqu'un n'importe quoi et surtout ce qu'il n'a pas dit... Donc il faut vraiment que vous envisagiez que souvent dans les reportages journalistiques, ou les documentaires, on entend un mot pour un autre… Et souvent la voix off permet de « remettre » en ordre et les professionnels savent comment TAIRE. Et j’ai 1000 exemples à donner , où l’image dit le contraire de ce que le commentaire prétend - chacun connaît l’excellent exemple du commentaire multiple dans une séquence d’un film de Chris Marker, Lettre de Sibérie. Les images et les sons sont donc particulièrement manipulables… Mais vous le savez très bien, comme vous savez que nous en sommes au temps de la fabrication de faux! De Gaulle pourrait discuter dans la même image avec le Donald Trump d'aujourd'hui, sans que nous puissions rien voir de la manipulation, sauf à avoir une documentation ou une culture qui prouverait l'absurdité d'une telle rencontre. 

Je ne dis pas que cette vidéo est un faux, je dis que techniquement c'est très facile à faire dire "Sales Juifs!" à un homme qui a dit "Descend si tu es un homme! Fasciste!"

Donc en regardant hier soir très tard cette vidéo, je me mets à regretter de ne pas avoir un autre point de vue, et je cherche dans l’unique image que je possède, pour voir s’il n’y aurai pas par hasard quelqu’un d’autre, mieux placé… qui pourrait avoir un autre son. Et je me dis qu’il faudrait que je lise sur les lèvre de cet homme pour trouver une solution définitive. Est-ce qu’il dit « Sales Juifs! » ou « Fasciste! ». Et là je suis déçu, parce qu’en fait ces mots là sont - comme par hasard - off. Je ne peux voir la bouche de l’homme quand il prononce ces mots. Le soupçon me vient.
Je n’accuse personne, et je pourrais bien me tromper, et je ne dis pas cela pour me protéger juridiquement, j’aimerais bien qu’une enquête précise soit réalisé sur cette séquence. Tout cela est bizarre. Trop pour que cela soit vrai...


Voilà mes questions:

1- Est-ce que la Préfecture de Police a l’habitude de produire ce genre de Tweet?
2- Est-ce que la Préfecture de Police n’a pas twitter très vite? Est-elle si efficace?
3- À mon sens, il n’y a qu’une seule personne qui crie? Y en avait-il d’autres?
4- Il y aurait une logique a crier « fasciste » pendant que la banderole est déployée, quelle est la logique de désigner les jeunes gens du toit comme des Juifs? Est-ce qu'il y a des Juifs dans ce groupe? Ou dans ce genre de groupe? 
5- Est-ce que cette « injure raciale » ne rappelle pas la discussion de policiers diffusé sur ARTE RADIO et MÉDIAPART, qui prônait la guerre entre les races?
6- Qui est la personne qui filme? Est-ce qu’elle est là vraiment par hasard?
7- Il faut analyser la bande son pour voir si elle a été manipulée et si on aurait pas mis un mot pour un autre?
8- L’homme qui crie est reconnaissable, Est-ce facile de le retrouver?
9- Pourquoi une vidéo telle que celle-ci n’a pas été envoyé à BFMtv, ou à Mediapart par exemple, alors qu’on la retrouve dans les colonnes du journal Valeurs Actuelles qui n’est pas à priori favorable au comité pour la vérité sur la mort d’Adama Traoré.
10- Il y a urgence à authentifier tout cela.

Suis-je naïf?

tweet tweet

https://www.valeursactuelles.com/societe/sales-juifs-des-insultes-antisemites-proferees-lors-de-la-manifestation-pour-adama-traore-120550

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