Comment mémorer?

Il est tout à fait normal, sain et obligatoire de se souvenir du génocide Arménien, mais les commentaires – du Pape, ou aujourd’hui même des journalistes de France-Culture pendant le journal de 12h30 – m’oblige à écrire ces quelques mots. Non le génocide arménien n’est pas le premier du XXème siècle. Oublier le massacre des Nama et des Herero, commencé en 1904, par les colons allemands dans le territoire qu’ils avaient baptisé Sud-Ouest africain, en Afrique australe, (Namibie actuelle) c’est ne rien vouloir comprendre à la logique des génocides.

Monument en mémoire du Génocide Arménien (Paris) © pol Monument en mémoire du Génocide Arménien (Paris) © pol
Il est tout à fait normal, sain et obligatoire de se souvenir du génocide Arménien, mais les commentaires – du Pape, ou aujourd’hui même des journalistes de France-Culture pendant le journal de 12h30 – m’oblige à écrire ces quelques mots. Non le génocide arménien n’est pas le premier du XXème siècle. Oublier le massacre des Nama et des Herero, commencé en 1904, par les colons allemands dans le territoire qu’ils avaient baptisé Sud-Ouest africain, en Afrique australe, (Namibie actuelle) c’est ne rien vouloir comprendre à la logique des génocides.

Le général Lothar von Trotha déclara « Moi, le grand général, j'envoie ce message au peuple héréro. A l'intérieur des frontières allemandes, chaque homme héréro avec ou sans armes, avec ou sans bétail, sera abattu ; je n'accepte aucune femme, aucun enfant ; qu'ils s'en aillent ou je laisserai mes hommes leur tirer dessus. » Un ordre d'extermination qui sera étendu aux Nama en 1905 et appliqué en regroupant les populations dans des camps de travail forcé, ou les rations de nourriture, les mauvais traitements étaient infligés pour que chacun meure dans les délais les plus brefs. Les Allemands – avec quelques fois les mêmes personnages – se sont construit là une expérience de nettoyage ethnique qu’ils allaient perfectionner pendant la deuxième guerre mondiale.

Ne pas comprendre les liens de violence, et de nécessité économique qui ont poussé les peuples les plus « civilisés » à « génocider » d’autres peuples c’est ne rien comprendre à ce que nous vivons aujourd’hui.  Ne pas comprendre que s’il y a des différences,  il n’y a pas de  hiérarchie entre les différents  génocides, c’est préparer les prochains.

 

Ces commémorations, pour la plupart – et je ne juge pas de celle d’aujourd’hui – sont sacralissantes et stériles, selon les mots mêmes de Tvetan Todorov. (Les abus de la mémoire, Paris, Arléa)

 

Comment ne pas rire à entendre les hommes politiques avoir des trémolos dans la voix à propos d’un génocide pratiqué il y a cent ans, alors qu’ils n’agissent pas selon les principes universels – traités, signés – pour recueillir les réfugiés politiques fuyants les guerres qui se noient par milliers dans notre Méditerranée.

Il ne faudrait pas commémorer, un jour, le génocide arménien, un autre, la destruction des juifs en Europe, ou une autre fois, la boucherie au Rwanda. Il nous faudrait une journée universelle de réflexion sur les génocides, non pas pour dire « plus jamais ça » (on n’a vu que cela n’a pas de sens) mais pour essayer de comprendre qu’il n’y a aucune concurrence mémorielle et analyser les racines du mal : racisme, colonialisme, profit.

L’esclavage négrier n’est pas un génocide, mais le discours qu’il a fallu inventer pour que la pratique marchande puisse être réalisé – et la prospérité capitaliste en même temps- est probablement le fondement des génocides futurs. Comme notre cécité actuelle préfigure les prochains génocides.

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