Je ne suis pas votre nègre

Il y a des moments où je suis juste heureux qu’il existe encore des gens qui pensent, qui réfléchissent et qui agissent. La chaîne ARTE ce soir, mardi 25 avril, diffuse une soirée thématique qui commence avec un film de Raoul Peck dont le titre est « Je ne suis pas votre nègre » sur des textes originaux de James Baldwin.

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Le fait que ARTE diffuse, aujourd’hui, ce soir, entre les deux tours des élections pour la présidence de la République, ce film, est une initiative qui mériterait qu’on donne la médaille (celle que vous voudrez) à ceux qui ont eu cette idée et à tous ceux qui ont permis à ce projet d’aboutir.  Le film sortira en salle le 10 mai 2017. À Toronto et à Berlin, il a reçu le Prix du public (ainsi que la mention spéciale du jury œcuménique). Il a aussi été finaliste aux Oscars 2017 dans la catégorie du meilleur documentaire.

À un moment, on voit James Baldwin parler au cours  d’une émission télévisée américaine, il explique combien il a pu écrire sereinement à Paris, en France,  alors qu’il n'y arrivait pas dans son pays, parce que tenu par le sentiment qu’il pouvait mourir à tout moment, simplement parce qu’il était noir. (Je n’ai évidemment pas eu le temps de noter la phrase exact et qu’on excuse ici, mon imprécision due à mon émotion qui ne m’a pas quitté pendant toute la projection de cette œuvre)

 

Si vous avez la curiosité de regarder en replay ce film, vous pourrez comprendre combien la télévision est, et a toujours été un outil de connaissance et de réflexion, quand elle se donne les moyens d’assumer son rôle. Comment le cinéma vous change.

 

Vous pourrez peut-être penser que je suis trop lyrique, et que j’écris ici dans l’emphase… Mais j’y suis bien obligé.

 

Nous sommes en France comme anesthésié, comme oublieux, comme inconscient du danger qui nous menace et ce film à l'air de n'avoir été réalisé que pour nous, pour ce jour.

 

Quand on regarde ce film qui ne parle « que » de la question des droits civiques aux USA, « que » de la place des noirs dans cette « grande démocratie », il est facile de comprendre que les mots de James Baldwin – qui n’ont évidemment pas été écrit pour cela- nous touche au cœur directement et parle de notre situation présente, du danger que le racisme et la ségrégation s’installe à nouveau dans notre pays-… Si jamais les élections présidentielles tournaient mal,  cela empêcherait certainement un écrivain noir américain de trouver la paix à Paris pour y écrire, et bien d'autres catastrophes.

 

Laissez moi vous raconter une petite anecdote de ce film qui m’a particulièrement touchée Le texte dit par Joey Starr (Samuel L. Jackson dans la v.o.) était bien évidemment plus beau que ce que j’écris ici, mais ce que décrivait James Baldwin, je peux le raconter également : Il avait une petite amie à New York - une blanche -. Quand ils sortaient tous les deux, aux cinémas ou chez des amis,  ils avaient vite compris que la nuit, pour rentrer chez eux, sa copine était plus en sécurité si elle faisait le trajet seule. Lui partait quelques minutes après elle, et la retrouvait sur le quai du métro, en se gardant bien de faire comprendre à qui que ce soit qu’ils étaient ensemble.
Laissez moi vous faire un aveu, quand dernièrement j’ai vécu une belle aventure amoureuse avec une personne de couleurs (c’est comme cela que notre société les appelle) je dois avouer que pour notre confort, notre sécurité, à tous les deux, même à Paris, nous prenions les transports en commun en étant éloignés l’un de l’autre, pour ne pas montrer que nous formions un couple mixte. Certes nous ne risquions pas notre vie, juste un désagrément et le devoir de répondre à des remarques désobligeantes.

 

Le film de Raoul Peck est très fort pour tout ce qu'il exprime et tout ce qu'il raconte de la violence raciste qui sévit aux USA mais il conclut bien sur le fait que le « nègre » n’existe pas, ou seulement dans les yeux de certains blancs. Je me sens un peut bête de devoir écrire qu'on pourrait tout autant le dire pour le « juif » ou « l’arabe ». Le texte de l'écrivain précise qu’il n’y a jamais eu dans l’histoire de l’humanité un monde blanc. Le monde est évidemment largement bigaré. James Baldwin ne savait pas en écrivant ses lignes que les dernières

Capture d'écran. Capture d'écran.
recherches sur la génétique montre que tous les blancs sont seulement des personnes qui ont perdus leur mélanine. Il ne savait pas que cette perte, est très récente,  et remonte à seulement 8000 ans. Mais c’est une autre histoire et le film n’en parle pas. Parce que le film tiens un discours de réconciliation et raconte que tout cela provient de la peur des blancs, et d'une certaine immaturité américaine... 

 

 La peur et la réconciliation, nous voilà bien dans l’actualité la plus brûlante.

 

 Elisabeth Franck-Dumas écrit dans Libération  et le dit moins brutalement que moi  « Quels enseignements tirer d’un tel film? Ils sont innombrables et ne concernent pas seulement les Etats-Unis. Mais on aimerait aujourd’hui rappeler la puissance d’une idée toute simple, et pourtant trop rarement énoncée : qu’en maltraitant les siens, un pays tout entier s’avilit et se condamne à la catastrophe. C’est ce message passé de mode que ce beau film martèle, et que Baldwin lui-même martelait, refusant que le «problème noir» soit vu autrement qu’un problème américain, un défi lancé au pays tout entier. »

 

Je me sens fier et heureux d’avoir souvent travaillé pour une chaîne qui propose, au bon moment, le film qui sait poser les vraies questions, de celle qui devraient nous mobiliser tous, sans détour, sans calcul. On aimerait que prés de 7, 7 Millions de Français prennent le temps de regarder ce film dont ils ont un besoin urgent... comme chacun d'entre nous pour nous déterminer.

 

«Quoi que vous pensiez des relations entre Blancs et Noirs ou plus exactement entre la toute-puissance blanche et ses opposants aux États-Unis, ce film vous obligera à les repenser et peut-être aussi à changer d’avis » écrivait le New York Times en Février dernier.

 

 Vous avez jusqu’au 3 mai pour le regarder en replay sur ARTE.

 

http://www.arte.tv/fr/videos/051638-000-A/je-ne-suis-pas-votre-negre

 

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