Dans la chaleur de Lussas

Je suis à Lussas, comme chaque année, ou presque. Hier soir j’ai vu le long-métrage de Luc-Leclerc du Sablon : Les temps changent. Un film tourné entre septembre 2006 et mai 2007 pendant la campagne électorale qui vit la victoire de Nicolas Sarkozy.

Je suis à Lussas, comme chaque année, ou presque. Hier soir j’ai vu le long-métrage de Luc-Leclerc du Sablon : Les temps changent. Un film tourné entre septembre 2006 et mai 2007 pendant la campagne électorale qui vit la victoire de Nicolas Sarkozy.

Vous pourrez probablement découvrir, en salle, à Paris, au début de l’année prochaine, cette peinture de la conscience politique d’un petit échantillon des habitants de notre beau pays. Juste avant les prochaines élections, le film pourrait efficacement joué le rôle de piqûre de rappel à un peuple qui avait, il n’y a pas si longtemps, la mémoire courte.

 

Luc-Leclerc du Sablon © pol Luc-Leclerc du Sablon © pol
Il est assez rare aujourd’hui d’avoir le plaisir d’assister à la projection d’un vrai film de cinéma, d’un véritable film politique. Luc-Leclerc du Sablon part à la rencontre des gens d’en bas que certains méprissent en les nommant ainsi. Il le fait avec empathie, j’allais écrire avec amour. Il réussit à nous faire entendre la profondeur de la pensée des ses interlocuteurs : un cafetier, un poissonnier, une coiffeuse, tous ces gens si peu ordinaires. Chaque élu, en France, du petit maire au petit président,devrait se précipiter pour écouter et voir ces personnages, individuellement hors du commun, et pourtant, chaque fois, si semblable à nous tous. Les citoyens de ce film sont précis, ilstiennent des propos intelligents et mesurés avec de bien belles formulations. Mon plaisir de spectateur, ne m’a pas permis de retenir ces mots justes qui résonnent dans ma petite mémoire, sans assez de précisions pour que je puisse en citer un seul. Un personnage lit une citation dans le journal Le Monde que je retrouve Vous avez raison, mais vous avez tort d’avoir raison. Nous n’avons que pauvrement raison d’avoir tort. C’est de la politique on vous dit !

Et croyez moi ! C’est le talent du réalisateur de réussir ainsi à nous faire écouter ces propos. Il ne faut pas être un grand devin pour penser que ce film, assez souvent drôle et grinçant, fera les délices des chercheurs, s’ils en existent encore dans un siècle. En attendant, il faut être documentariste comme moi, pour savoir que toutes les qualités de ce film, ne l’aideront pas à être diffusé. Précipitez-vous, le jour où le film sort.

Le portrait partiel d’une France – non pas profonde –mais filmé avec profondeur, nous offre certains moments authentiquement jubilatoires. Il faut voir et entendre cette jeune femme issue de l’Allemagne de l’Est nous parler du communisme, avec ses silences, sa pudeur, ses petits sourires si étonnant. Même ceux qui ne parlent pas, comme le pâtissier, nous offrent une image de leur savoir faire. Le premier personnage du film, accoudé au comptoir se moque de lui-même avec une belle ironie, serait-elle communicatrice ? Luc-Leclerc du Sablon a su nouer des liens avec ces personnages, il sait aussi nous montrer tous ces lieux communs que nous avons traversés, si souvent, sans les voir : un arrêt d’autobus, un parking de supermarché. Une étonnante suite de propos qui ne sont pas des brèves de comptoir, une suite de paysages qui n’ont rien à voir avec des clichés, ni des cartes postales. Un film politique qui ignore la langue de bois.

 

Vous comprenez à la lecture, que j’ai quelques sympathies pour ce réalisateur. Mais mon amitié ne me rend pas aveugle, précipitez vous, pour comprendre que la rupture, comme la mythique Guerre de Troie n’a pas eu lieu. Si ce n’est pas du prêt-à-porter idéologique, si c’est aux antipodes du film militant, c’est un authentique film politique qui vient occuper sa place dans un paysage audiovisuel qui lui se désertifie.

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