Élections régionales : Loig Chesnais-Girard s’arrime au rafiot Arkéa

« Il faut que le groupe reste indépendant ». C’est par ces mots que le candidat à sa propre succession à la présidence du conseil régional de Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, a apporté son soutien à la filiale bretonne du Crédit Mutuel, Arkéa. Un choix qui n’est pas des plus avisés.

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Comme tout bon candidat en campagne qui se respecte, Loïg Chesnais-Girard a multiplié les annonces fortes au cours des derniers mois, espérant faire pencher l’opinion publique bretonne en sa faveur d’ici juin 2021, date à laquelle l’actuel président de la région bretonne espère bien être conforté à son poste.

Parmi les sorties du plus jeune président de conseil régional de France, on trouve bien évidemment la question de l’emploi, une thématique centrale pour une région qui vient de voir son taux de chômage grimper de 1,2 point pour atteindre 7,5 % de la population active, soit son plus haut niveau depuis 2 ans. Et ce dernier n’y est pas allé avec le dos de la cuillère, notamment en ce qui concerne l’épineux dossier Arkéa : « il faut que le groupe reste indépendant, c’est une condition indispensable pour que les emplois et l’activité restent en Bretagne », a-t-il ainsi déclaré lors de ses vœux 2021 à la presse, avant d’affirmer être très engagé « aux côtés des équipes et de la direction ».

Pour rappel, le Crédit Mutuel Arkéa nourrit, depuis plus de 5 ans maintenant, l’espoir de se détacher un jour de sa maison mère, la Confédération Nationale du Crédit Mutuel. Cinq années mouvementées durant lesquelles la filiale bretonne a multiplié les coups de comm’ douteux, en témoigne cette manifestation de salariés — plus ou moins contraints par leur direction — à Paris, entièrement financée par les fonds de la banque (et donc de ses sociétaires). Mais aussi ponctuées de scandales en tout genre, portant notamment sur les rémunérations colossales et surtout « illégales » des dirigeants d’alors : Jean-Pierre Denis et Ronan Le Moal, le second ayant depuis démissionné, officiellement pour se reconvertir, officieusement en raison de l’échec du projet d’indépendance d’Arkéa et surtout pour le bien de sa réputation.

Une question d’image que Loïg Chesnais-Girard ne s’est semble-t-il pas posée avant de prendre position en faveur de la banque bretonne. Car outre les scandales liés à la rémunération du président d’Arkéa, Jean-Pierre Denis, et son goût prononcé pour les somptueux vignobles, qu’il satisfait avec les fonds de sa banque, la défense de l’emploi en Bretagne à travers la banque Arkéa est en proie à de dangereux paradoxes.

Aussi belle soit-elle, la région bretonne souffre en effet d’un triste phénomène de désertification de ses centres-villes, qui se vident les uns après les autres, et qui est intimement lié à la question de l’emploi sur le territoire. Problème, Arkéa, que son ex-directeur général n’hésitait pas à appeler « l’Amazon de la banque », n’est pas étrangère à cette tendance : les communes de Plougonvelin, Trégastel, Landéda, Etel ou encore Locmaria-Plouzané ont ainsi vu disparaître leur seule agence Crédit Mutuel de Bretagne (Arkéa) au cours des dernières années. Un coup dur pour ces centres-villes qui engendre souvent d’autres fermetures dans son sillage (Poste, boulangerie…), favorisant encore un peu plus leur désertification. À tel point que la presse bretonne n’hésite pas à parler « d’hémorragie ». Les Bretons auront dès lors du mal à croire l’élu lorsque celui-ci clame qu’Arkéa est l’un des garants du maintien de « l’activité » en Bretagne.

Mais qu’importe, le grand écart entre la préservation de l’emploi en Bretagne et la défense d’Arkéa n’effraie pas l’élu. Pas plus que les éclaboussures liées aux différentes polémiques dont fait l’objet son président. Plus motivé que jamais, celui qui vient récemment d’affirmer son ancrage à gauche — un autre paradoxe quand on connaît l’histoire politique du chiraquien Jean-Pierre Denis, auprès duquel l’élu a affirmé être très engagé — entend bien conserver son siège. Reste désormais à savoir si les Bretons passeront outre les nombreuses incohérences dont souffrent ses récents choix. 

 

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