Elections régionales : la Bretagne sous tensions

En raison des conditions sanitaires, les élections régionales, initialement prévues en mars, sont reportées en juin 2021. Les régions se préparent, les programmes sont progressivement dévoilés, et la Bretagne ne fait pas exception. Alors que l’issue du scrutin est incertaine, une chose est sûre : la question écologique demeure au cœur des débats ! Tant mieux.

photo-1494172961521-33799ddd43a5

En janvier, le président sortant de la région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard annonçait sa candidature pour le renouvellement de son mandat. Et il n’est pas le seul dans les starting-blocks, plusieurs candidats aspirent à ce poste. 

Jusqu’à présent, les marcheurs – encore eux - comptaient sur la candidature de Thierry Burlot (actuel vice-président chargé de l’environnement à la Région). Sa candidature officialisée début février, ce dernier est soutenu par les macronistes et les centristes (dirigés par Marie-Pierre Védrenne). Il envisage un “rassemblement très large” : “Je souhaite le rassemblement le plus large possible. Certains socialistes ou ex-socialistes pourraient me rejoindre, certains écologistes pourraient être partants”, avait-il affirmé. 

Mais quelques jours plus tard, retournement de situation : Thierry Burlot annonce qu’il se présentera sans étiquette politique et c’est finalement le brestois Pierre Karleskind qui est élu tête de file LREM. Actuel président de la commission pêche au parlement européen (et déjà conseiller régional), le candidat a pour mission "d'élargir la participation à la démarche proposée par Thierry Burlot”. A part “élargir la participation” à un “rassemblement très large”, le leader LREM ne semble pas avoir de programme bien défini. Ça ne fait pas très sérieux… 

Moins sérieux en tout cas que l’alliance “Bretagne Avenir”, présidée par Claire Desmares-Poirrier et qui regroupe Europe Ecologie Les Verts (EELV), l’Union Démocratique Bretonne (UDB), et Ensemble sur nos territoires. Un rassemblement moins “large” cette fois-ci car même si l’alliance regroupe plusieurs mouvements, ces derniers sont bien définis. Et à en croire la présidente de l’alliance, “Bretagne Avenir” ne compte pas s’allier avec La France Insoumise qu’elle ne considère pas assez attachée au fédéralisme, et encore moins à LREM. 

Autre candidature remarquée pour ce scrutin, celle de Daniel Cueff. Cet ancien maire de Langouet (Ille-et-Vilaine), connu en partie pour son arrêté anti-pesticides, a officialisé sa candidature le 12 janvier, d’une manière plutôt singulière. Il propose une “liste sans parti politique”, pour relever les “enjeux climatiques, économiques et agricoles” de la Bretagne. Et Daniel Cueff n’est pas le seul à se soucier de la question écologique. Aujourd’hui plus que jamais, c’est un enjeu majeur qui pourrait faire bouger les pions. 

Daniel Cueff a longtemps été un candidat engagé. Déjà lorsqu’il était maire de Langouet, il entreprenait de nombreuses actions en faveur de la protection de l’environnement : lotissements avec des maisons en bois, production propre d’énergie, alimentation bio à la cantine, hameau écologique, autonomie énergétique, ferme permacole… Mais son action la plus remarquable est sans doute le combat juridico-médiatique qu’il a mené lors de son mandat en 2019. Daniel Cueff est le premier maire à avoir pris un arrêté interdisant les pesticides. Cependant, n’ayant pas représenté sa candidature aux élections municipales de 2020, la commune a retrouvé l’indifférence médiatique... et l’arrêté a été définitivement annulé. Aujourd’hui, Daniel Cueff poursuit son combat, à travers “Bretagne ma vie”, son mouvement transpartisan, sans étiquette politique, mais qui s’appuie sur ses réalisations écologistes passées pour promouvoir ses valeurs. 

Car l’écologie est au cœur des préoccupations actuelles. Et le parti EELV n'est pas en reste en termes d’innovations : du développement des matériaux de demain, des transports en commun et des nouvelles énergies à l’amélioration de l’autonomie et de la solidarité territoriale, en passant par le déploiement de l’économie circulaire, les idées fusent. Si bien que pour les écologistes, “l’attention est forte sur la Bretagne, car la région pourrait basculer”, anticipe Claire Desmares-Poirrier. 

D’autant plus que la région doit gérer des dossiers sensibles, à l’instar du projet d’installation d’éoliennes en mer dans la Baie de Saint-Brieuc. Ce dernier a à nouveau été évoqué par le Conseil régional de Bretagne lors de ses séances des 17 et 18 décembre 2020, et tandis que les premiers travaux se rapprochent, l’opposition (regroupant pêcheurs, riverains, ou encore défenseurs de l’environnement) se renforce. Un projet visant à donner une autonomie électrique à la région, mais qui, selon la partie adverse, ne semble pas tenir compte d’un point majeur : l’énergie éolienne, de nature intermittente, ne peut satisfaire l’ensemble de la demande, contrairement à la Centrale de Cordemais ou à la future centrale de Landivisiau. 

Un sujet sensible parmi d’autres, donc, mais qui pourrait bien être décisif dans les résultats du scrutin. Affaire à suivre...

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.