FAIRE DIALOGUE ENTRE LE MOUVEMENT GILETS JAUNES ET LE MOUVEMENT DÉCOLONIAL : PARTIE 3

La pensée décoloniale propose de faire des liens entre luttes locales et relations internationales de domination globale. La polémique sur l' « islamo-gauchisme » révèle une censure de la critique de l'universalisme impérial républicain. Alors qu'un mouvement international de luttes se forme, en France, il est urgent décoloniser la gauche marxiste. Réflexions de Gilets jaunes anti-impérialistes.

PRATIQUE DE L’ANTI-POLÉMIQUE ET DE LA PENSÉE MATÉRIALISTE NON-BINAIRE : LES GRANDS INDUSTRIELS FRANÇAIS, LE POINT ET L’OBSERVATOIRE DU DÉCOLONIALISME

Une du Point paru le 14 janvier 2021

« Nous faisons face aujourd’hui à une vague identitaire sans précédent au sein de l’enseignement supérieur et de la recherche. Un mouvement militant entend y imposer une critique radicale des sociétés démocratiques au nom d’un prétendu « décolonialisme » et d’une « intersectionnalité » qui croit combattre les inégalités en assignant chaque personne à des identités de « race » et de religion, de sexe et de « genre ». […] Ce mouvement idéologique procède à une occupation méthodique des postes de prestige savant, ce qui l’a fait sortir de sa marginalité malgré l’extrémisme, l’intolérance et la vindicte qui le caractérisent. Les idéologues qui y sont à l’œuvre entendent « déconstruire » l’ensemble des savoirs. […] Tout savoir est exclusivement réduit à des enjeux de pouvoir, et les sciences sont systématiquement dénoncées du fait des dominations de race, de culture, de genre, qui seraient à leur fondement.[…] nous invitons toutes les bonnes volontés du monde de l’enseignement supérieur et de la recherche à contribuer aux travaux de l’Observatoire, à les diffuser et utiliser ses bases de données, pour constater avec nous le ridicule de ces discours dogmatiques qui ignorent tout de la distance à soi. Pour résister fermement aux intimidations idéologiques qui alimentent l’obscurantisme, il faut défendre le pluralisme et le goût de la discussion sur des bases rationnelles. »

Extrait de l’Appel de l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires publié par le Point le 14 janvier 2021

Éris, 19 février 2021

Une partie de la communauté scientifique française menacerait l’universalisme républicain de l’université française. Comment comprendre que des penseurs d’inspiration marxiste comme Stéphane Beaud et Gérard Noiriel s’inquiètent comme le font les néoréactionnaires de l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires, de l’institutionnalisation de la pensée intersectionnelle et décoloniale dans les universités ? En ce qui me concerne, c’est l’institutionnalisation de la pensée répartie en champs disciplinaires qui me pose problème. La pensée intersectionnelle tente, précisément, de déconstruire le mythe des spécificités. Quant à la pensée décoloniale, elle est presque inexistante dans les universités françaises. Institution qui a hérité sa forme actuelle de l’université napoléonienne encadrée par le droit positif sous le premier empire colonial français. Sans doute, est-il important de le rappeler. Au début du XIXe siècle, l’ensemble des ses enseignants devaient « prêter serment d’obéissance au […] régime impérial. »[35] L’université napoléonienne s’oppose alors à ce qu’elle dénomme les « idéologues » et prône la rationalité en faisant fi de l’histoire de la production des connaissances. L’université comme institution est un lieu de production des savoirs et des pouvoirs.

Exercer le métier de chercheur·e·s ou d’enseignant·e·s-chercheur·e·s implique de maîtriser l’art de la subversion pour faire exister une pensée critique de la domination des pouvoirs sur les êtres humains et non-humains, pour faire exister une pensée critique et empirique de l’accaparement des vies, des corps et des espaces transformés en marchandises, en ressources exploitables, en territoires d’implantation des industries agro-alimentaires, pétrolières, énergétiques, militaires. Cette pensée critique-là, qui fait réfléchir sur les souffrances vécues par des groupes sociaux et produites par des inégalités résultants de l’ère impériale industrielle sur le territoire métropolitain, les DOM-TOM, les anciennes colonies et territoires convoités, cette pensée est marginalisée par la République française. Cette pensée critique remet en question notre modèle de société moderne fondé sur l’universalisme de la condition humaine. Qu’est-ce que la condition humaine ? C’est une question de réflexivité philosophique passionnante et on pourrait en débattre éternellement. Pour autant, un débat sur l’universalité de la condition humaine n’est pas à même de faire société puisqu’il faudrait d’abord une reconnaissance internationale du racisme matérialiste dans lequel a contextuellement été pensé le concept d’universalisme.

Qu’est ce qui permet matériellement aux êtres humains et non humains - liés par la symbiose - de vivre ? La terre, l’eau, l’air, les minerais et ce que l’on peut désigner par les pratiques agro-pastorales et culturelles. Cet ensemble forme ce que le marxisme nomme les « conditions matérielles d’existence.» On peut simplifier en disant les matériaux qui permettent aux êtres humains d’exister. Que font les Empires et leurs États satellites ? Ils développent des liens de pouvoir à même d’organiser le contrôle par une minorité d’êtres humains sur l’ensemble de ces conditions matérielles d’existence puis ils organisent la manière dont ces ressources sont distribuées. Cette distribution s’organise le plus souvent par le droit dont le Code civil napoléonien est un représentant. Sans doute, est-il encore important de rappeler que ce Code civil s’écrit en même temps qu’est militairement conquis le premier Empire colonial français. Ce même Code civil est repris par le second Empire colonial sous la Troisième République, puis sous la Quatrième et depuis l’époque postcoloniale de la Cinquième. Que propose la pensée intersectionnelle ? Non seulement de comprendre les accaparements des conditions matérielles d’existence non seulement en termes de travailleurs et de patrons-propriétaires mais de montrer qu’il existe au sein des travailleurs, des inégalités notamment entre les hommes et femmes, et entre groupes sociaux hiérarchisés par exemple en fonction de leur race, de leur genre, de leur(s) sexualité(s). Que propose la pensée décoloniale ? Elle se situe dans le prolongement de la pensée intersectionnelle en montrant que la compréhension des inégalités exclusivement en termes de classe fait l’impasse sur l’histoire impérialiste de l’«État nation» dont la présence coloniale aux quatre coins de la planète s’est notamment fondée sur le droit positif moderne classifiant le réel en catégories identifiables (genre, race, ethnies, nation, sexualité etc). En ce sens, la pensée décoloniale interroge les catégories sociales, et donc la pensée binaire (hommes/femmes ; blancs/noirs ; hétérosexuel·l·e·s/homosexuel·l·e·s ; classe/race ; ethnie/nation, moderne/traditionnel etc.). Cette pensée propose une dimension réflexive sur la connaissance de soi, c’est-à-dire ce qui nous constitue en tant qu’individus et groupes au sein de la société dans laquelle nous vivons et nous façonnons notre manière de nous identifier et d’identifier les autres. Elle invite aussi à comprendre comment ces pensées catégorielles sont historiquement liées à la distribution des conditions matérielles d’existence. Il s’agit donc d’un courant de pensée qui s’interroge sur la vie sociale à partir de l’empirisme c’est-à-dire la pratique de la réflexion au sein et à partir des territoires où habitent des groupes vivant les inégalités. Autant dire que l’empirisme peut donc aujourd’hui se pratiquer à peu près partout sur la planète.

La polémique actuelle sur l’objectivité ou la subjectivité des recherches en sciences humaines est un faux débat philosophique. La réflexivité est à la base même de toute philosophie. Lorsque les néoréactionnaires ou les penseurs exclusifs de la classe s’inquiètent de la présence d’ « idéologues » ou de « militants » dans les universités, ils ne font qu’exprimer une conception napoléonienne, impériale, pour ainsi dire « franco-centrée » ou eurocentrée de la pensée. C’est cette conception aveugle de l’histoire impériale de la nation française qui provoque de l’anxiété chez les néoréactionnaires et les exclusifs de la classe. Quand l’Appel de l’Observatoire invite des personnes à démontrer le « ridicule » de la pensée décoloniale, mais aussi pour montrer que faire de la recherche c’est être dans la « distance à soi », les signataires ne font que dire leur appartenance à une histoire d’exclusion, de violence symbolique et d’aliénation de la méthode philosophique antique par la catho-laïcité napoléono-républicaine de la Nation impériale française. En refusant d’ouvrir la connaissance d’eux-mêmes, ils ne sont pas dans la réflexion scientifique mais dans la projection idéologique, et ils paniquent quand on parle d’identités, plutôt que comprendre que l’identité n’est pas une donnée essentialiste mais socio-historique (et donc évidemment géo-politique puisque située dans une géographie de la domination globale).

Tu utilisais donc à juste titre l’expression « panique dans les rangs des autoproclamés chevaliers de l’universalisme ». On retrouve bien le champ lexical de l’égocentrisme/ethnocentrisme/eurocentrisme (quand tu écris « autoproclamés ») et c’est ce que Ramon Grosfoguel , sociologue à l’université de Berkeley nomme « égo-politique du savoir » [45]. Et, on retrouve aussi dans tes propos le champ lexical de la guerre (quand tu écris « chevaliers »). L’historien John Darwin a écrit : « Peut-être n’est-ce pas la modernité européenne qui a triomphé mais sa haute capacité à la violence organisée ». Les mots que tu choisis font bien référence à cette « égo-politique du savoir » impériale. C’est ton passage à l’université française qui t’a conduit à choisir ces mots ?

Malick, 20 février 2021

Oui, ça a joué. Lorsque j’étais étudiant, les professeur.e.s de sciences humaines de mon UFR étaient globalement plutôt marqué.e.s à gauche, certain.e.s étaient même membres des Economistes atterrés ; cette expérience a fortement contribué à me faire penser que les professeur.e.s de sciences sociales n’étaient pas (dans leur grande majorité) spécialement hostiles aux études postcoloniales, intersectionnelles ou décoloniales. Par conséquent, lorsque j’ai vu dans les médias tous ces éminent.e.s professeur.e.s critiquer avec autant d’acharnement et de manière aussi grossière et peu renseignée les études décoloniales (et les domaines apparentés), j’ai tout de suite pensé qu’il y avait une sorte d’incompatibilité entre l’image que je me faisais d’eux et leur discipline. Prenons le concept d’intersectionnalité. En simplifiant à outrance on peut considérer que cette approche met l’accent sur le fait que dorénavant on ne peut plus se contenter d’étudier les dominations auxquelles sont sujets les individus de manière séparée, comme si elles ne faisaient que s’additionner ou se superposer ; il faudrait au contraire s’attacher à prendre en compte les liens qu’elles entretiennent entre elles. Concrètement, une femme noire n’est pas uniquement susceptible d’être victime de racisme ou de misogynie : elle peut aussi être victime d’une forme spécifique de misogynie, différente de celle subie par les femmes blanches. Cela revient à prendre en compte dans un premier temps le fait que les individus sont des êtres pluriels et multidéterminés (exemple « femme » et « noire »), dans un second temps à intégrer cet état de fait dans l’analyse des comportements humains (identification d’une forme spécifique de misogynie), et pour finir à en tirer les conséquences adéquates. A mes yeux, il s’agissait donc d’un simple appel à plus de rigueur, rien de plus. J’étais à ce moment-là très loin d’imaginer que cette approche serait la source de tant d’agitation dans la sphère scientifique.

La spontanéité apparente de cette vague de contestation et le manque de cohérence et de scientificité des attaques proférées m’ont ensuite amené à penser qu’on avait affaire à une réaction violente et irraisonnée, non explicable par la mobilisation des concepts fondamentaux (enfin ceux que j’avais en mémoire) de sciences humaines et sociales ; une sorte de panique morale en somme. Néanmoins ta réponse a contribué à mettre de la «cohérence » derrière tout ça, elle m’a également amené à m’interroger sur les différences entre le couple Beaud et Noiriel et la ministre de l’enseignement supérieur car contrairement à Frédérique Vidal qui semble se contenter de suivre l’agenda macroniste, Beaud et Noiriel semblent quant à eux être sincèrement attachés à défendre les classes populaires.

Eris, 21 février 2021

Oui, comme tu le dis, il y a un fort attachement à la défense des classes dites populaires. Ce qui est difficilement compréhensible c’est un attachement qui devient exclusif des autres ou peut-être qui souhaite être placé au-dessus d’autres formes d’attachements socio-historiques dont le culturel, le genre, la race font partie. Il y a fort à parier que Stéphane Beaud et Gérard Noiriel écrivent aussi pour contrer la récupération et la dématérialisation de ces études par le marketing politique, comme le Women Forum[37], le collectif Nemesis, le lobbying identitaire des industriels au travers des campagnes publicitaires des industries de la mode ou de l’agroalimentaire par exemple, dont on sait à quel point elles exploitent les Suds et les Nords. Essayons de proposer une réponse empirique aux deux chercheurs à partir d’une expérience militante en mouvement Gilets Jaunes.

Est-ce que les Gilets Jaunes forment une masse homogène, une classe populaire en soi ? J’en doute. Je crois que ce qui a formé les Gilets jaunes en tant que groupe, c’est précisément la volonté de dialogue entre revendications économiques, revendications sociales et écologiques. Des revendications compartimentées parce que la politique moderne industrielle fonctionne en divisant le social comme une machine organique, en catégories. Ce que le mouvement Gilets Jaunes a réussi à faire c’est du lien entre des revendications jusque-là éparses. Ce dont il faut se rendre compte c’est que c’est cela même que fait le mouvement décolonial depuis le début des années 2000 mais depuis un point de vue indigène, c’est-à-dire depuis les Suds colonisés, depuis une relation subalterne avec les Nords, les empires coloniaux, les États postcoloniaux satellites des empires agro-militaro-industriels contemporains. Le mouvement Gilets jaunes a mis en lumière une volonté de décompartimenter la vie politique divisée entre sphères sociale, économique, politique, écologique. C’est aussi un axe fort du mouvement décolonial qui propose de décatégoriser l’agenda universitaire actuellement organisé en grandes disciplines. Lorsque des chercheur·e·s invoquent le social au-dessus du racial, ils expriment qu’ils se situent dans l’uni-disciplinarité. Les décoloniaux, eux, revendiquent une transdisciplinarité fondée sur l’historicité du social, ce qui est totalement en opposition avec les agendas politiques de l’enseignement supérieur qui s’orientent vers l’expertise, vers la formation d’experts par domaine de compétences. Quand le mouvement Gilets Jaunes reprend la formule « tout est politique », il se réapproprie l’ensemble du vivant structuré en catégories, en domaines de spécialités par le pouvoir moderne. Il suffit d’aller consulter la galerie du collectif Plein le Dos et de consulter le livrequ’ils ont publié avec les Éditions du Bout de la Ville. On ne peut pas dire qu’il y ait une division organique naturelle des revendications entre le social et ce qui relève de la race, de l’ethnique ou du culturel. C’est une erreur de réaction face à la dématérialisation des revendications invoquant l’historicité de la race, de l’ethnique, du genre, des sexualités.

Il est vrai qu’il est parfois décourageant de voir que le marketing politique et industriel se saisit des luttes féministes, antiracistes et écologiques pour capitaliser sur la base de la couleur de peau, le genre, les sexualités, l’imaginaire de la nature. Mais, face à cette récupération des mouvements de luttes par les entrepreneurs du capitalisme global, le mouvement décolonial propose de renforcer la puissance analytique de la théorie marxiste en la décolonisant, c’est-à-dire en donnant plus de place aux théories philosophiques et politiques des intellectuels empiriques des Suds globaux. Karl Marx et Friedrich Engels ont cherché à comprendre, analyser les inégalités structurelles du modèle industriel sur lequel s’est enrichi la bourgeoisie blanche européenne. Mais, il y avait une forme de contradiction dans leur pensée. Ils estimaient que ce modèle bourgeois, qui s’internationalisait avec l’expansion coloniale/l’impérialisme, était un mal nécessaire dans les Suds afin de diffuser la philosophie européenne progressiste des Lumières aux barbares, pillards, orientaux[38], aux civilisations qui se situaient en bas de l’échelle évolutionniste[39]. La philosophie marxiste anticapitaliste intègre cette vision du monde en races, catégories, situées sur une échelle évolutionniste graduée par le degré de progressisme. Elle est imprégnée de la vision moderne du monde en classes, c’est-à-dire en catégories hiérarchisées. Des auteur·e·s de langue anglaise analysent cette contradiction depuis le début du XXe siècle. Mais le sentiment de supériorité imaginée de la nation française en compétition avec les autres empires nationaux a eu des conséquences réelles sur la traduction des publications littéraires et intellectuelles[40]. Des traductions sont peu à peu disponibles. Je pense particulièrement à celles de C.L.R James[41], penseur et militant marxiste anticolonial. Pour sortir de la sacralisation de la pensée marxiste, il faut décoloniser Marx qui appuie son analyse, comme la plupart des économistes du Nord des empires coloniaux européens, sur l’idée de l’existence de sociétés primitives fondées sur le troc. L’anthropologue David Graeber a dédié tout un ouvrage transdisciplinaire à l’invalidation du mythe du “troc” des Suds sur lequel s’est édifié le système capitaliste, c’est-à-dire celui de la dette[42]. Ce qui forme le « populaire », c’est le catégoriel économique moderne « pauvre ». Le « pauvre » c’est dans cette acception celui qui doit de l’argent, qui va en devoir, qui est lié au crédit, donc aux banques et aux états mais aussi celui qui n’a ni compte en banque, ni dettes. Les Gilets Jaunes se sont formés pour demander la démission du banquier mis à la tête de l’État français et se sont exprimés en sortant de cette vie catégorisée comme «pauvre» à laquelle le pouvoir bourgeois les condamne et les assigne . Les décoloniaux se forment pour faire reconnaître la dimension contextuelle et politique des revendications régionales, ethniques des peuples des Suds et de manière générale des collectifs en lutte contre les projets de développement, d’aménagement des territoires, d’accaparement des terres et des ressources, et contre l’essentialisation des identités qui se forment dans les luttes et non indépendamment de celles-ci. Luttons contre les néoréactionnaires, dialoguons avec les marxistes pour décoloniser la théorie des conditions matérielles d’existence.

Malick, 22 février 2021

On peut même affirmer que les décoloniaux procèdent à une revitalisation de la pensée marxiste ! Les fanatiques de Marx et Engels devraient être reconnaissants : antiracism is the new marxism. La mise en lumière des liens entre décolonialisme et marxisme me conforte dans l’idée que les néoconservateurs ont effectivement intérêt à maintenir ces oppositions factices entre classe et race ou essentialisme et universalisme, s’attaquer aux décoloniaux, c’est faire d’une pierre deux coups : freiner l’avancée des idées décoloniales et se débarrasser de gauchistes conséquent.e.s.

Eris, 23 février 2021

Tu es beaucoup plus doué que moi pour dire les choses en quelques mots ! On pourrait imaginer une série-documentaire “Antiracism is the new marxism” en jouant précisément sur l’épistémè de la modernité. Pour ne pas tomber dans le piège des polémiques opposant race et classe ou essentialisme et universalisme, il faut d’abord pouvoir les repérer. Si tu le veux bien, on peut prendre comme exemple empirique l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires. Comment créent-ils.elles des polémiques pour ne pas parler des structures matérielles et historiques de domination ? Comment font-ils.elles des identités un débat pour invisibiliser les accaparements des ressources et la destruction des vies terrestres ?

Une réponse simple à partir d’une analyse de la complexité de l’accaparements des conditions matérielles d’existence : ils sont dans l’analyse binaire. Soit la race existe, soit elle n’existe pas. Soit le genre existe, soit il n’existe pas. Ils ont comme tu le dis, une peur panique de réaliser qu’ils sont des êtres dont les identités ne sont pas essentielles mais produites par les institutions, par les pouvoirs, par les rapports et relations sociales. Il suffit de consulter la liste des signataires de l’Appel pour constater qu’une partie appartient à cet ordre militaire ou catho-laïque. Comme je ne veux pas rentrer dans cette dénonciation publique violente, je laisse les lecteur·e·s aller chercher par eux-mêmes en tapant dans une barre de recherche internet le nom des différent·e·s signataires. En revanche, ce à quoi nous pouvons nous intéresser sont les liens existants entre cet Observatoire et les éditions de l’Observatoire. Pourquoi faire le lien entre eux ? Parce qu’une figure centrale de la polémique sur l’« islamo-gauchisme » est Pierre-André Taguieff, membre fondateur de l’Observatoire et qu’il a récemment publié deux ouvrages chez cet éditeur qui a à son catalogue Gérald Darmanin, Nicolas Sarkozy, Carole et Carlos Goshn, Alain Duhamel, Raphaël Enthoven, Brice Couturier, Natacha Polony, Michel Onfray, Jean-Luc Mélenchon, François Beyrou et… le Pape François. Et que les Éditions de l’Observatoire donnent la parole à un certain nombre de représentant·e·s de la catho-laïcité qui s’ignore, qui nie l’histoire catholique du système politique républicain français.

Les Éditions de l’Observatoire, fondées en 2016, appartiennent au groupe Humensis dont l’actionnaire principal est la société Scor dirigée par Denis Kessler, ancien président du MEDEF. Denis Kessler est aussi membre du Fonds Stratégique d’Investissement, tout comme François Pinault, propriétaire du magazine Le Point qui a publié l’Appel de l’Observatoire du décolonialisme et publie régulièrement ses membres. Muriel Beyer est aussi directrice adjointe de Humensis, a été nommée directrice des Éditions de l’Observatoire. Je ne suis pas spécialiste des analyses économiques mais je souhaite simplement montrer que pour sortir des analyses binaires polémistes, on peut facilement chercher des données économiques et politiques qui montrent que ce sont le patronat dominant (MEDEF) et, les médias qu’ils détiennent, qui produisent de la propagande identitaire. L’Appel de l’Observatoire parle de « distance à soi ». Cet Observatoire qui souhaite dénoncer des « pseudo-scientifiques » ou encore des « activistes internationaux »[43] qui ne respecteraient pas la « distance à soi » pourrait s’engager dans un débat « rationnel ». Ils.elles veulent parler de «rationalités» ? Alors dirigeons nous vers le langage économique auquel appartient ce concept, et utilisons la rigueur de l’analyse économique marxiste pour « déboulonner » leurs propagandes « séparatistes » qui ne se fondent sur aucun empirisme philosophique réflexif. Quelle distance y-a-t-il entre Humensis, Le Point, Les Éditions de l’Observatoire, L’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires, le MEDEF et la République ?

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Malick, 24 février 2021

Concernant l’un de leurs outils, L’Observatoire du décolonialisme, je tiens à préciser pour nos lecteurs [2] [3] qu’il ne faut pas tirer de conclusions trop hâtives quant à la forme prise par son contenu : le mot « observatoire » est trompeur. Effectivement, on aurait pu s’attendre à ce qu’ils.elles s’inspirent concernant la forme de blogs de chercheurs ou de sites de vulgarisation scientifique tels que CNRS le journal ou La vie des idées. La stratégie aurait donc pu être la suivante : adopter un discours clair et l’associer à un ton faussement neutre, afin de montrer que la scientificité est de leur côté et qu’ils.elles ne font pas de « militantisme », contrairement aux décoloniaux. Il suffit de passer quelques secondes sur leur compte Twitter ou leur site internet pour se rendre compte qu’on a affaire à un objet purement cathartique.

Voici un exemple particulièrement parlant :

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Extrait du fil twitter de L'Observatoire du décolonialisme

Paradoxalement, c’est ce manque de sérieux qui en fait un outil de soft power particulièrement dangereux. En effet, c’est un excellent moyen de rendre son contenu plus digeste et attractif. D’ailleurs, c’est une formule qui réussit particulièrement bien au “YouTube de la haine”, si tu veux en savoir plus je te recommande cet article de Lucie Delaporte : “ Les youtubeurs de la haine: un néofascisme débonnaire”. On se retrouve donc avec des néoconservateur·rice.s qui (sans nécessairement former un tout homogène et concerté) jouent sur tous les fronts, essais scientifiques, blog lifestyle néoconservateur “ observatoire”, tribune dans des magazines qui font autorité tels que Le Point ou Marianne et interventions régulières dans les médias audiovisuels.

Éris, 23 février 2021

Oui, et ils disposent de moyens d’action et de disqualification des personnes qui postulent aux concours de recrutement aux métiers d’enseignant·e·s-chercheur·e·s dans les universités. Tu peux par exemple écouter cette vidéo (en particulier à partir de la minute 16) dans laquelle Ramon Grosfoguel explique comment les procédures de recrutement des enseignant·e·s-chercheur·e·s sont liés aux agenda politiques, au pouvoir et donc à l’encadrement des sciences sociales critiques dans un eurocentrisme choisi. Les réformes néolibérales actuelles risquent de renforcer la reproduction des élites conservatrices à l’université en faisant barrage à l’enseignement supérieur, à la recherche aux doctorant·e·s et docteur·e·s dans les analyses dérangent sous couvert qu’elles manqueraient de « distance » ou d’«objectivité». Récemment, à l’université Paris Est-Créteil on a bien vu comment le pouvoir avait les moyens de faire pression sur les fiches de poste publiées lors d’un recrutement.

Malick, 24 février 2021

J’ai regardé la vidéo dans laquelle intervient Ramon Grosfoguel. Il démontre effectivement brillamment que l’université française est depuis longtemps structurellement hostile aux études qualifiées “d’identitaires” (études de genre, postcolonialisme etc.). J’utilise le terme «structurel» car le pouvoir de barrage auquel Ramon fait référence découle au moins en partie de règles propres à l’institution universitaire — validation des thèses, recrutement des chercheurs, etc. Règles qui semblent, indépendamment des personnes en place, favoriser l’inertie du système universitaire français (ce n’est pas le seul pays à être concerné par ces règles) en faveur des champs d’études dominants.

Éris, 27 février 2021

Oui et en plus de cela, depuis une trentaine d’années, l’université est la cible de réformes néolibérales. La connaissance est devenue synonyme de compétences. Les mots revêtent des sens idéologiquement situés et le propre du pouvoir néolibéral, qui se situe dans la continuité historique des pouvoirs coloniaux européens, est de nier cette appartenance idéologique. Si des collectifs de pensée et d’actions se solidarisent à l’extérieur des murs de l’université, c’est parce qu’on assiste à un appauvrissement des conditions d’existence de la pensée critique à l’intérieur de ces murs[46].

Malick, 2 avril 2021

De plus, contrairement à ce que laisse entendre Frédérique Vidal, les recherches sur la question raciale restent ultra-marginales en France.

Extrait de l’article rédigé par Lucie Delaporte pour Mediapart : ”En France, les recherches sur la question raciale restent marginales”. Extrait de l’article rédigé par Lucie Delaporte pour Mediapart : ”En France, les recherches sur la question raciale restent marginales”.

Elle ne fait que respecter l’agenda d’Emmanuel Macron qui a par exemple récemment accusé les universitaires d’avoir « encouragé l’ethnicisation de la question sociale ». On fait face à une volonté manifeste de maintenir les structures de domination en place. Volonté qui n’est pas injustifiée, les études sur le genre ont par exemple malgré les obstacles fini par s’institutionnaliser ; à leur propension pour le déni des phénomènes raciaux s’ajoute donc la crainte suscitée par l’intérêt croissant des étudiants pour ces questions et leur mise à l’agenda par la nouvelle génération de militants antiracistes. Pour le dire autrement, ils.elles ont conscience que le train est en marche. D’ailleurs dans l’émission intitulée: “Quel est le vrai problème du gouvernement avec les facs ? ” la sociologue Kaoutar Harchi affirmait sur le plateau du média être plutôt optimiste quant à la capacité des études sur la race à s’institutionnaliser : même si cela ne se fera pas du jour au lendemain. La droite (de LR au PS en passant par LREM) et la gauche “universaliste“ sont unis par les liens sacrés du conservatisme…

J’ai apprécié l’article de Tariq Yaquis : “ L’université est un champ de bataille” et je le suis lorsqu’il affirme au sujet des thèses décoloniales que par : “ leur propension à opérer un dévoilement des structures de dominations. Elles contribuent ainsi au combat contre toutes les formes d’inégalités et d’oppressions, souvent présentées comme naturelles, intemporelles et éternelles.” Ici, Tariq fait référence au pouvoir de dévoilement des sciences sociales prises dans leur ensemble mais j’aimerais également m’attarder sur une spécificité propre aux mouvements et champs d’études qui interrogent les rapports sociaux de race.

Ces mouvements (en plus de constituer une porte d’entrée supplémentaire vers le militantisme et la remise en cause globale des rapports de domination) sont particulièrement à même de politiser des personnes racisées (ou des non-racisé·e·s particulièrement sensible à la question raciale) qui jusqu’à présent pour un certain nombre de raisons, n’auraient pas pris leurs distances avec l’idéologie coloniale et néolibérale. En effet, les thématiques traitées par ces mouvements entrent en résonance directe avec le vécu des personnes racisées. De plus, de par sa proximité avec les autres mouvements et champs disciplinaires classés à gauche (études de genres, marxisme, féminisme, anticapitaliste, anarchisme, mouvement climat, etc.) les mouvements décoloniaux ainsi que les autres courants affiliés contribuent à grossir les rangs des autres champs de luttes.

Il faut également prendre en considération le fait que les individus faiblement dotés en capital ( culturel ou économique par exemple) ont une probabilité plus faible de s’engager en politique or les racisé·e·s en France sont a priori proportionnellement plus nombreux à être faiblement dotés en capitaux. La politisation de la question raciale est donc potentiellement une aubaine pour les racisé·e·s les plus éloignés du champ politique.

Eris, le 10 avril 2021

Oui et en ce moment, le pouvoir n’est pas dans un moment confortable. Pourquoi en ce début d’année 2021, le ministère dédié aux universités fait-il vivre une telle polémique ? Je ne crois pas que l’invisibilisation de la précarité étudiante et des réformes libérales en cours soit la seule réponse. En France, dans les années 1990, un groupe d’une vingtaine de chercheur·e·s travaillant notamment sur les questions de race, de migrations, de discrimination ethnique, publient aux éditions Pluriel un ensemble de huit cahiers sous le titre de « Vocabulaire historique et critique des relations interethniques ». Pourtant, les Presses Universitaires de France (qui ont intégré le groupe Humensis lequel possède les éditions de l’Observatoire) publient en 2013, sous la direction de Pierre-André Taguieff, un Dictionnaire historique et critique du racisme. C’est le propre du pouvoir dominant que de falsifier le sens des mots. Les néoréactionnaires se saisissent des études universitaires sur les migrations, sur la race, sur l’ethnie pour publier un ouvrage sur la politique de la race afin de se saisir d’un mot qui circule et mobilise le corps social. Autre exemple, depuis le début de son quinquennat Emmanuel Macron multiplie les demandes de rapports d’universitaires sur les relations de la France avec ses anciennes colonies et plus globalement le continent africain (Guerre d’Algérie, relations Françafrique, génocide au Rwanda). Le 20 janvier, Benjamin Stora lui a remis le rapport intitulé « Les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie »[47]. Les 17 et 19 mars 2021, soixante ans après les Accords d’Évian ont eu lieu deux faits sociaux : le 17, la sortie d’un nouvel ouvrage de Pierre-André Taguieff aux éditions Hermann, « Liaisons dangereuses : islamo-nazisme, islamo-gauchisme » et le 19, l’inauguration à Perpignan, par le maire Rassemblement National, Louis Alliot, d’une exposition dans une salle municipale, sur les crimes commis par les «rebelles» du Front de Libération Nationale algérien.

Première image de la série de 45 photos et documents exposés dans l’Espace municipale des Libertés à Perpignan, 19 mars 2021. © Éris Première image de la série de 45 photos et documents exposés dans l’Espace municipale des Libertés à Perpignan, 19 mars 2021. © Éris

Deuxième image de la série de 45 photos et documents exposés dans l’Espace municipale des Libertés à Perpignan, 19 mars 2021. © Éris Deuxième image de la série de 45 photos et documents exposés dans l’Espace municipale des Libertés à Perpignan, 19 mars 2021. © Éris

Malick, 10 avril 2021

Je te rejoins au sujet de la falsification des mots ; d’ailleurs, cette position les conduits à inverser le sens du racisme, comme le souligne Eric Fassin dans une tribune intitulée : « Les coupables, ce sont les victimes » ; non seulement ils.elles s’échinent à nier le racisme structurel, mais ils.elles s’efforcent également à désigner les antiracistes comme étant les véritables racistes. Je pense notamment aux indignations de Jean-Michel Blanquer en 2017 qui en faisant référence aux termes suivants : « non-mixité », « blanchité », « racisé », affirmait : « les mots les plus épouvantables du vocabulaire politique sont utilisés au nom d’un prétendu antiracisme alors qu’ils véhiculent évidemment un racisme ».

Concernant les timides avancées effectuées sur le terrain de la réconciliation avec les anciennes colonies, disons qu’elles me laissent plutôt perplexe. Prenons à titre d’exemple la récente reconnaissance du meurtre du militant Ali Boumendjel par Emmanuel Macron le 2 mars 2021, décision prise à la suite de la remise du rapport Benjamin Stora sur l’Algérie (auquel tu faisais référence plus haut). C’est une très bonne nouvelle et je pense sincèrement qu’il faut s’en réjouir mais quid des autres propositions du rapport ? L’historienne Malika Rahal a accueilli ce dernier de manière critique. Elle émet notamment des doutes quant à la bonne volonté du gouvernement : « Il propose également une série de gestes, dont certains sont importants, mais le risque du catalogue dans lequel les politiques viendraient faire leur marché mémorial est élevé », confie-t-elle à Rachida el Azzouzi dans les colonnes de Mediapart. Je partage son pessimisme : a priori notre cher président, histoire de pouvoir se défendre de n’avoir rien fait, va très probablement se contenter du minimum syndical.

Eris, le 11 avril 2021

Au moment où un mouvement social post-covid pourrait prendre corps, maisons d’éditions, gouvernan·t·e·s, expert·e·s et propriétaires de capitaux s’organisent pour parler de « races », de « musulmans », de « terroristes », d’« ennemis de la république » et non de racisme. Il ne faut pas tomber dans le panneau. Comme tu l’as souligné, les études intersectionnelles et décoloniales sont à même de mobiliser parce qu’elles parlent aux enfants et petits-enfants des groupes colonisés. On a bien vu une place de la République bondée contre le racisme et les violences policières, le 13 juin 2020.

Rassemblement contre le racisme et les violences policières le 13 juin 2020, Place de la République, Paris. © Éris Rassemblement contre le racisme et les violences policières le 13 juin 2020, Place de la République, Paris. © Éris

Rassemblement contre le racisme et les violences policières le 13 juin 2020, Place de la République, Paris. © Éris Rassemblement contre le racisme et les violences policières le 13 juin 2020, Place de la République, Paris. © Éris

Ces enfants et petits-enfants des territoires colonisés commencent à parler d’où ils sont, en activant les mémoires familiales, en faisant parler les membres de leur groupe, en s’identifiant à l’histoire de l’esclavage et, le pouvoir blanc perd le contrôle de cette histoire/savoir eurocentrés. Il ne veut surtout pas que les générations dialoguent. Il ne veut pas non plus que les différents champs des luttes dialoguent, et c’est ce que font les études intersectionnelles et décoloniales. Le pouvoir blanc ne veut surtout pas que le Comité Adama dialogue avec les décoloniaux et avec le mouvement Gilets jaunes, il ne veut pas que les masques blancs tombent. C’est son pire cauchemar ! Comme tu l’as dit Antiracism is the new marxism !


35] Paul GERBOD, « UNIVERSITÉ NAPOLÉONIENNE », Encyclopædia Universalis [en ligne], URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/universite-napoleonienne/

[36]Jacques BILLARD, Jean LEFRANC, Jean-Jacques WUNENBURGER, « PHILOSOPHIE », EncyclopædiaUniversalis [enligne],

URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/philosophie/

[37] Voir leur site https://www.womens-forum.com et aussi l’audition au Sénat de Muriel Beyer (directrice des Éditions de l’Observatoire) en tant que membre du Women’s Forum.

[38] Pour une compréhension de la critique postcoloniale du marxisme et de l’orientalisme, voir SAID E., 1980, L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident, Paris, Le Seuil, 392 p. Et pour un dialogue entre les études postcoloniales et les marxismes, voir « L’eurocentrisme de Marx : Pour un dialogue du débat marxien avec les études postcoloniales. » de Kolja Lindner.

[39] Lire l’article « Marx et le colonialisme » d’Abdellali Hajjat dans lequel il analyse les écrits Karl Marx et Friedrich Engels sur le colonialisme, notamment ceux-ci : MARX K., ENGELS F., 2002, « Du colonialisme en Asie, Inde, Perse, Afghanistan », Paris, Mille et une nuits, 111 p. ; MARX K., ENGELS F., 1982, « Textes sur le colonialisme », Moscou, Éditions du progrès, 430 p. ; ENGELS F., 1971, « Le rôle de la violence dans l’histoire », Paris, Éditions sociales, 109 p.

[40] À ce propos lire l’analyse matérialiste et non binaire de Paul Preciado sur la polémique autour de la traduction de la poétesse Amanda Gorman. Chronique « InterZone », « Qui peut traduire ? Une question politique. », parue le 12 mars 2021 dans Libération.

[41] C.L.R James, 2018, « Histoire des révoltes panafricaines », Paris, Éditions Amsterdam, 160 p. ; RENAULT M, 2016, « C.L.R James : La vie révolutionnaire d’un « Platon noir » », Paris, La Découverte, 246 p.

[42] GRAEBER D., 2016, Dette : 5000 ans d’histoire, Paris, Actes Sud, 672 p.

[43] https://twitter.com/decolonialisme/status/1372565960389967874

[44] https://www.liberation.fr/idees-et-debats/a-luniversite-paris-est-creteil-letrange-caviardage-dune-fiche-de-poste-20210303_JATL7MTURVGEVAJVD3JQVHT5E4/

[45] Qui n’est pas un disciple d’Edward Said comme il est écrit dans l’encadré dédié du Point mais disciple d’Immanuel Wallerstein, Giovanni Arrighi, Kyriakos Kontopoulos et Sherri Grasmuck entre autres.

[46] https://qgdecolonial.fr/2021/03/02/luniversite-est-un-champ-de-bataille/

[47] Lire aussi cette lettre ouverte à Benjamin Stora

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