Groenland

Le paradoxe d'Achille et la tortue étant résolu depuis longtemps, oui, nous allons droit dans le mur…

Groenland

Lu dans Libération ce matin : « Une certitude donc : seule la réduction des émissions de gaz à effet de serre atténuera la fonte du Groenland et ses multiples conséquences. On en est loin. » (Fonte du Groenland : vers le «point de non-retour» Florian Bardou — 16 septembre 2020)

Non, je ne crois pas.

Pour vous expliquer la chose, il faut que je fasse un retour sur du “connu”. La température est une donnée. Le réchauffement (ou refroidissement) est la vitesse d’évolution de cette donnée dans le temps. Pour réduire le réchauffement, il faut donner une accélération négative à cette donnée.

Prenons une image : vous êtes dans une voiture à une certaine vitesse, v. Vous voyez un obstacle surgir devant vous à une certaine distance, d. Si vous ne changez pas de vitesse, vous toucherez l’obstacle au bout d’un temps facile à calculer, c’est d/v. Si vous ne voulez pas toucher l’obstacle, il faut changer de vitesse, décélérer, donc donner une accélération dans le sens opposé. En général, pour cela, vous utilisez les freins de la voiture, en avion, on parle “d’inverser la poussée des réacteurs”, en bateau, on met le moteur en marche arrière. Alors la vitesse va réduire et, si elle réduit suffisamment, vous ne toucherez pas l’obstacle.

Revenons à la température au Groenland. Elle croît, c’est le réchauffement. Qu’est-ce qui la fait croitre ? Le rayonnement du soleil (qui ne varie pas beaucoup), les gaz à effet de serre (dont la quantité augmente), d’autres facteurs, qui peuvent être négligés (le goudron qui retient la chaleur…). Les gaz à effet de serre augmentent drastiquement dans l’atmosphère. De l’ordre de 4ppm de plus par an pour le CO2 par exemple. Ces gaz augmentent non pas la température, mais le réchauffement, la vitesse. Ils agissent comme une accélération. De la même manière qu’il ne suffit pas d’appuyer un peu moins sur l’accélérateur pour s’arrêter avant l’obstacle, il ne suffit pas d’augmenter un peu moins la quantité de gaz à effet de serre pour éviter le mur qui est devant nous, il faut en enlever. Il faudrait que la quantité de CO2 baisse un peu chaque année. Pas qu’elle augmente moins vite ! Merci, M. Bardou, de rectifier.

Mais, d’ailleurs, avez-vous entendu parler, dans certains programmes politiques, de rembourser la dette ? C’est exactement la même chose qui se passe, ceux qui agitent l’idée d’un remboursement ne proposent en fait que de réduire la vitesse à laquelle la dette se creuse. Pour rembourser la dette il faudrait que le budget ne soit pas en déficit. Absurde me direz-vous avec raison. Non, la dette est auto-alimentée : plusieurs fois par an nous remboursons des emprunts et empruntons de nouveau, mais un peu plus. Droit dans le mur vous dis-je…

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