Le Darwinisme sans estomac (IV)

Chacun pourra constater ici l’inélégance avec laquelle je règle mes comptes.Chacun pourra constater ici l’inélégance avec laquelle je règle mes comptes. Cependant, j’ai laissé faire et ai attendu bien assez comme ça. Il s’agit seulement de rétablir un équilibre, sinon une forme de justice, face à des interventions mal renseignées, voire mal intentionnées, face à des tombereaux de calomnies restées sans réponse (encore que, une forme de travail taiseux suffit parfois comme réponse). Il s’agit aussi de descendre aussi bas que ces gens-là, pour voir quel effet ça fait, de se vautrer dans cette bassesse ; et effectivement, ce n’est pas complètement désagréable (dans la rubrique, flatterie des bas instincts). On passe sa vie drapé dans sa dignité : un peu de naturisme de site internet, ça détend.

Aujourd’hui, je dirai quelques mots de M. Pascal Picq. M. Picq est un maître de conférences au Collège de France, anciennement rattaché à la chaire de M. Coppens. M. Coppens étant aujourd’hui en retraite, j’ignore à quelle chaire M. Picq émarge aujourd’hui, je me demande si le Collège de France le sait lui-même, attendu que M. Picq n’apparaît nulle part sur le site du Collège (ou alors il faut vraiment chercher : passé un certain stade d’épuisement, on a l’impression réelle que M. Picq n’est pas particulièrement une figure du Collège). Pour les lecteurs qui ignoreraient ces subtilités, M. Picq n’est pas « Professeur » au Collège de France, contrairement à ce qu’on lit à peu près partout, comme ici :

 

 

 


Ah ben tiens ici aussi :

 

 



Et mince encore là :

 





Et là :







Et là :







Et là :





Et tralala. D’ailleurs il ne pourrait pas l’être (Professeur), n’étant pas habilité à diriger des recherches (sauf erreur de ma part ; pour ceux qui ne le sauraient pas, l’HDR est le sommet de la pyramide universitaire, elle ouvre au droit à diriger des étudiants en thèse, et à postuler aux postes de professeur ou de directeur de recherches ; on aime ou on n’aime pas le système universitaire mais enfin, si on croit encore à quelque chose, « Maître de conférences », sans l’HDR, c’est quand même moins bien que Professeur avec une HDR -correction : le Collège de France est le seul endroit où l'on a le droit d'être nommé professeur sans les diplômes requis).

Disons que M. Picq est devenu « Professeur » au Collège de France « Verbis causa » : pour services rendus par ses conférences (il est vrai fort nombreuses). On ne va certes pas lui reprocher les erreurs dans les programmes des personnes qui l’invitent, et je suis sûr-sûr qu’il s’empresse de faire rectifier ; vu le nombre de fois où ses hôtes se sont trompés, il pourrait même faire attention à lever toute ambigüité à l’avance… (évidemment, on me dira qu’il n’y est pour rien, que ces remarques liminaires sont bien minables, mais enfin, moi je sais ce qu’en pensent les autres –ceux qui sont vraiment professeurs au Collège de France). Une erreur qui est excusable, lorsqu’elle est faite par des webmestres de sites webs associatifs, devient moins claire lorsqu’il apparaît comme signataire d’une pétition pour la biodiversité :

 

 

 

Ou pire encore, comme orateur dans un colloque à propos de la vérité et de l’éthique :

 

 

Mais bon.J’avoue ne pas avoir lu, en tout cas pas dans leur totalité, les livres de M. Picq (ou peut-être faut-il dire les lâvres, comme proposait Beigbéder dans un autre contexte). Je les ai certes feuilletés sur les tables, autant qu’il est permis avant que le libraire vous regarde de travers, et j’ai aussi lu sur Internet les pages mises en libre accès. Ça me tombe des mains, et lorsque de surcroît j’y lis des méchancetés à l’égard de quelques personnes estimables, et des propos tendancieux au mien, je ne peux que prendre ça d’un peu haut ; je vous prie de m’en excuser. Bref : ce que j’y lis m’apparaissant comme nul, je traitais ça jusqu’ici par le mépris. Mais enfin, basta ! Le cave se rebiffe.M. Picq s’est lancé dans une croisade laïque (voire agnostique, c’est comme cela qu'il se qualifie lui-même) contre tout ce qui touche au créationnisme. Vieille rengaine, dont j’ai déjà parlé ici à plusieurs reprises. Ça fatigue un peu, mais reprenons : nous sommes (serions) de toutes part assaillis par les créationnistes ou les néo-créationnistes ; les obscurantistes sont là tapis parmi nous ; vous ne le savez pas vous-même mais votre laïcité est en danger, notre seul objectif est d’instaurer une théocratie en France (bigre, ça sonne très grave) ; et tout ça parce qu’ils (on, nous puisque Picq m'inclut dedans) attaquent Darwin, et donc, Darwin c’est extraordinairement vrai, et d’ailleurs si vous avez résisté à Darwin jusqu’ici c’est la preuve de votre nullité et de votre idéologie (je résume très succintement). Toute cette petite bouillie anti-créationniste (je n’ose pas dire de ron-ron, de crainte d’un procès en diffamation de la part des producteurs de nourritures pour animaux) part dans son livre « Lucy et l’obscurantisme » de ceci :

Il est vrai qu’un personnage assez bizarre (dont le nom d’emprunt est Harun Yahya), sur lequel je ne peux énoncer le fond de ma pensée sans courir le risque de poursuites judiciaires, envoie depuis un réduit Turc des ouvrages délirants et sans intérêt à des collèges français (enfin, une fois seulement il y a quatre ans, et en 2000 exemplaires, que tout le monde s’est empressé de foutre à la poubelle, sur ordre d’ailleurs du ministre dérangé dans sa torpeur par cet à peu près non-événement, à mon avis, il ne s’en souvient pas lui-même). C’est encore moins significatif que les prospectus annonçant la fin du monde, que les témoins de Jehova vous laissent dans votre boîte aux lettres une fois tous les dix ans (les dits prospectus de Jehova, qui, comme chacun sait, mettent la France entière face à un constant péril). Quelques interventionnistes français ont monté ce nano-événement en mayonnaise. Qui a du temps à perdre avec ça, franchement ? Rien que de vous en parler, et vous de me lire, je perds mon temps et vous le vôtre. Je m’arrange pour que ce soit vaguement drôle, histoire que votre temps ne soit pas complètement perdu. Quand je pense aux éditeurs, préparatrices, correctrices, imprimeurs, qui ont perdu leur temps à composer ça, j’ai mal à mon clavier.

Mais de fil en aiguille, avec un art consommé de faire monter la sauce, on construit de petites polémiques vicieuses, puisque les derniers chapitres du même livre sont consacrés aux néocréationnistes français selon Picq (dans un ouvrage intitulé « Lucy et l’obscurantisme », je le rappelle), pages dans lesquelles apparaît mon nom et celui de Mme Dambricourt-Malassé. « Io, Vincenzo creationisto et obscuranto ».

 

Donc M. Picq tisse très habilement une petite construction entre les islamistes intégristes canal-médiéval, Mme Dambricourt-Malassé, et moi-même un peu plus loin (je vais y venir). On remarquera avec quelle élégance M. Picq met entre guillemets le travail de recherche de Mme Dambricourt-Malassé (chargée de recherches au CNRS faut-il préciser) : ses « travaux » ont été soutenus par le magazine la Recherche… » écrit-il. Ah bon, travaux entre guillemets ? Ayant eu entre les mains les 600 pages de sa thèse d’Habilitation à diriger des recherches, je m’étonne de ces guillemets ; j’attends de lire celle de M. Picq, pour comparer, j’imagine qu’il doit être en pleine rédaction, sa soutenance ne saurait tarder, enfin en tout cas, il serait temps. Que dit encore M. Picq ? qu’elle cite même une note aux comptes rendus à l’académie de sciences ? Non, pas tout à fait : « qu’elle ne manque pas de se référer à une note à l’académie des sciences ». Quelle classe, ce M. Picq. Moi je comprends le français, et ne suis pas dupe de l’art et la manière d’instiller des perfidies.Ah, l’agréable satisfaction que de minimiser les travaux des gens ! de rabaisser, d’avilir, de sous-entendre. Moi aussi, je peux m’y mettre tiens : M. Picq, ce « paléontologue » (entre guillemets). L’auteur d’une « œuvrette » scientifique sans grande valeur. Ce « professeur » au Collège de France (entre guillemets, hein). M. Picq ce « conférencier » qui se fait passer pour un chercheur, alors que depuis bien longtemps il n’a plus écrit aucun article significatif dans le domaine (quel domaine d’ailleurs ?). On peut continuer longtemps comme ça, mon bonhomme.

Alors expliquons un peu pour ceux que cela étonne. Tout d’abord, M. Picq construit un grand fantasme de la France assiégée par les catholiques et les islamistes intégristes anti-darwiniens (ça fait un peu étrange d’ailleurs politiquement, mais je n’ai pas le droit de faire de la politique, moi quand je lis ça, et sachant l’état de siège dans lequel nous sommes, je sursaute).

Puis, il invoque le Darwinisme, et nous montre combien la lutte est féroce aux Etats Unis entre pro et anti-Darwin (notez bien : pas chez nous, hein, aux EEUU, il ajoute aussi en Australie, peut-être au Zimbabwe, ou quelque part par là). Enfin, il nous met en garde : il faut de toute urgence diffuser le Darwinisme, pour pouvoir mieux le protéger de ceux qui le mettent en cause, enfin, pas vraiment chez nous, et d’ailleurs, par des chercheurs ayant pignon sur rue, et … bref, on ne comprend pas grand-chose, sinon que M. Picq fait un gros contre sens : Découvrant qu’aux EEUU existe une lutte sans merci entre créationnistes et Darwiniens intégristes (sujet qui pourrait faire l’objet à la rigueur d’un reportage de seconde partie de soirée sur M6), M. Picq développe de gros efforts pour importer en France cette polémique, en la créant de toute pièce, et surtout, en analysant la faiblesse de la diffusion dans notre pays du Darwinisme, qu’il attribue au chauvinisme français etc. Le contre sens de M. Picq est que, justement, c’est parce que le Darwinisme intégriste n’a pas pris une ampleur démesurée en France (pour de nombreuses raisons, qui tiennent à l’esprit français, mais aussi à certains points faibles du darwinisme), que les créationnistes de tout poil ont finalement très peu d’écho (strictement aucun à mon point de vue : qui peut raisonnablement écrire que la France se « réveille à peine» du choc causé par le livre de Harun Yaya franchement, n’est-ce pas risible ?). Imposez un Darwinisme intransigeant, et vous verrez comment le créationnisme se libèrera (c’est mon point de vue).

Mais quel est le but conscient ou inconscient de tout ça, à part vendre des lâvres ? Diffuser des calomnies larvées sur des chercheurs qui travaillent dans le domaine des bases morphogénétiques de l’évolution (on essaie de comprendre comment sont faits les animaux). Ici, il convient d’insister sur ce point : le droit à l’erreur est consubstantiel de la recherche scientifique, les travaux de Mme Dabricourt-Malassé sur l’évolution du crâne, et les miens sur l’embryologie de la tête, interrogent les contraintes physiques de l’évolution (et d’ailleurs, quand M. Picq dans un passé lointain écrivait encore des articles scientifiques, ça parlait de la même chose, ce qui pourrait d’ailleurs être une explication alternative à ses sortes de calomnies molles dont il parsème son ouvrage). On a tous le droit de se tromper, figurez-vous. Quel que soit le résultat final de nos recherches, elles sont sincères, et elles feront progresser la connaissance des mécanismes de rotation de l’axe du corps, dans la région céphalique (rotations dont beaucoup parlent en ce moment, et c’est vraiment triste que M. Picq ne soit pas au courant, et d’autre part qu’il use de sa surface de « vulgarisateur » (entre guillemets, hein) pour propager des choses sans intérêt, plutôt que des choses intéressantes). Evidemment, si j’ai le droit de me tromper, M. Picq a aussi le droit de s’exprimer. Et moi de dire que ses cuistreries commencent à me chauffer les oreilles. Voici le paragraphe suivant le paragraphe où il est question de moi :

 © Pascal Picq © Pascal Picq

 

Il va de soi que les travaux analysant finement la rotation de l’embryon, notamment dans la région de la tête, au cours de l’évolution (Mme Dambricourt–Malassé), ou au cours de l’embryogenèse (votre serviteur) c’est de la recherche qui fait progresser les connaissances, même si on se trompe. Cela n’a AUCUN rapport avec du créationnisme ni avec des ouvrages délirants envoyés par des musulmans intégristes dont je n’ai rien à foutre, et vous non plus, mais rien du tout. Ce n’est pas là que « ça se passe » (je veux dire, le vrai débat scientifique).Faire ce genre d’amalgames est infect. Pourquoi M. Picq fait-il ce genre d’amalgames ? Pourquoi joue-t-il sur les mots, plutôt que de lire des articles scientifiques ? (D’ailleurs, si M. Picq ne lit pas d’articles scientifiques, on ne peut pas dire non plus qu’il en écrive beaucoup, pour ce que je sais, il n’a à peu près écrit aucun article scientifique significatif depuis quinze ans, ou bien je me trompe et suis parfaitement disposé à retirer cette phrase).

J’essaierai d’analyser ses motivations dans un prochain billet, attendu qu’il écrit à mon sujet (à propos, merci, des néo-créationnistes ») :

C'est dans le chapitre :

Cher collègue, je ne suis pas créationniste.

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